Karen O/ Dangermouse – Lux prima – 2019

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Voilà une rencontre pour le moins inattendue. Karen O, chanteuse énervée des Yeah Yeah Yeahs, groupe qui semble en sommeil et  Brian Burton alias Dangermouse, producteur en or massif, au CV impressionnant: Gorillaz, Broken Bells, Sparklehorse, Gnarls Barkley, Black Keys, The Good The Bad and The Queen, Beck et j’en passe. Cependant les deux semblaient dernièrement en perte de vitesse: Karen O tentant vainement de lancer une carrière solo et Dangermouse se perdant dans des productions boursouflées telles que les albums de U2 ou d’Adèle. D’autant plus que leurs univers respectifs sont très éloignés, je ne voyais absolument pas, au moment de poser le saphir sur la face A de leur album « Lux prima » vers quoi les deux énergumènes allaient m’embarquer. La surprise n’en est que plus divine.

Cette face A, donc, est une pure merveille à commencer par l’inaugural « Lux prima », fusée à plusieurs étages largués successivement en 9 minutes. L’intro façon Pink Floyd, synthétiseurs spatiaux en avant, arrache le titre du sol majestueusement. Dans sa deuxième partie, ultra sensuelle, Karen O nous enveloppe de sa voix chaude sur une batterie mate et une basse ronde (j’adore ce son!!) pour une mélodie irrésistible, lascive à souhait. Le morceau se termine de façon magnifique sur des choeurs fantômes superposés et des nuages de claviers. « Ministry » est un bijou de ballade mélancolique et ouatée, ultra cinématographique, un diamant noir conviant à la fois les grands espaces et l’intimité d’une chanteuse au sommet. Splendeur absolue à la ligne de basse parfaite. « Turn the light » débute comme du Electric Guest, voix féline et acérée sur une rythmique binaire et dépouillée jusqu’à ce que le refrain éclaire le morceau d’une lumière douce. Enfin, « Woman », un des sommets du disque conclut de la plus belle des façon une face quasi parfaite. On se croirait chez Phil Spector avec cette batterie réverbérée ultra 60’s. Là-dessus, Karen O atteint l’intensité des meilleurs titres de PJ Harvey, passant des feulements d’une chatte à des hurlements contrôlés et pourtant inimitables tant ils sont aigus.

Vite, tournons le disque et bim! Voila « Redeemer » à l’évidence pop rock immédiate. On pense aux Pretenders dans ce hit mid tempo impeccable puis nous sombrons lentement dans le beau et ralenti « Drown », enveloppé de choeurs et de cordes. « Let me drown » nous demande Karen ce que l’on ne peut décemment pas accepter. Plus féline que jamais, elle file la métaphore animale dans un « Leopard’s tongue » sautillant et formidable de simplicité mélodique. Ici encore, les cordes enrobent tout dans un cocon discret et soyeux. « Reveries » débute comme autour d’un feu de camp, sous une nuit étoilée, l’esprit dérivant au gré d’un titre débranché et onirique. Seuls quelques arrangements minimalistes viendront étoffer à peine ce beau titre nocturne. L’album se referme sur les six minutes de « Nox lumina », ode à la nuit, à son pouvoir quasi magique de faire naître en nous des rêves d’ailleurs, des mondes imaginaires et mystérieux. Presque uniquement instrumental, le titre clôt l’album comme il s’est ouvert en reprenant le thème d’introduction de « Lux prima ». Le disque se referme sur lui-même dans une parfaite circularité après avoir embrassé des sonorités à la fois vintage et actuelles par leur inspiration.On en peut que louer ce magnifique travail de collaboration, cette production à la fois discrète et pourtant incontournable tant elle met en valeur des titres tous aussi réussis les uns que les autres.

À écouter: Lux prima – Ministry – Woman

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Apparat – LP5 – 2019

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Berlin a toujours été un lieu d’expérimentations musicales depuis que David Bowie et Brian Eno y ont concocté ce qui reste un sommet indépassable qui allait donner le cap pour les décennies à venir, à savoir les albums « Low » et « Heroes ». C’est justement aux fameux studios Hansa popularisés par Bowie que Sasha Ring et le violoncelliste Philipp Timm sont allés élaborer le nouvel album d’Apparat « LP5 ». Depuis plusieurs années maintenant, Sasha Ring tient le fil difficile entre expérimentation et une musique toujours accessible. Nous n’avions pas de nouvelles de lui avec Apparat depuis le fantastique « The devil’s walk » de 2013, condensé foudroyant de tout son savoir-faire dans lequel, déjà, il produisait une musique subtile, en équilibre entre électronique et pop et faisait étalage de son savoir-faire mélodique et de créateur d’atmosphères. Ce « LP5 » est tout aussi fantastique même si plus doux et souvent contemplatif que son prédécesseur. On pense régulièrement à Thom Yorke en l’écoutant ou à Radiohead, particulièrement à l’album « A moon shaped pool » pour l’utilisation incroyable des cordes, pour la voix délicate et fragile de Sasha Ring, pour cette capacité à ne garder que l’essentiel, pour l’émotion, enfin et surtout, que cet album distille tout au long de ses 10 plages. Le travail de production y est, en particulier, de haute volée. Le disque fourmille de bruissements, de craquements, de beats subtils et travaillés à l’extrême, il mêle des guitares ultra travaillées, des synthés envoûtants, des cuivres et des pianos discrets à des sons électroniques, des samples et l’ensemble se superpose pour créer un univers à la fois doux et mélancolique dans lequel il suffit de se laisser dériver.

On ne peut vraiment isoler de titre en particulier tant le voyage est au long cours et nous transporte d’une plage à l’autre. Il débute par le merveilleux « Voi_Do » à la mélodie belle à pleurer et aux arrangement de cordes stupéfiants. Sasha Ring y double sa voix passée à travers un filtre marquant ainsi sa double appartenance au monde des hommes et des machines. Un trombone torturé sous-tend la chanson quand elle s’envole vers des sommets de beauté alors que les doigts crissent sur les cordes d’une guitare. Quelle entrée en matière! Il se poursuit avec l’exceptionnel « Dawan » qui se situe aux confins du jazz, de la pop et de la musique électronique. Encore un titre qui ferait plus que bonne figure sur un album de Radiohead. La batterie et la basse jouent une partition prodigieuse, les arrangements fourmillent de bruits, de choeurs samplés, les synthés font monter l’intensité au service de la mélodie. Non Thom Yorke n’aurait pas fait mieux. « Laminar flow » est porté par un chant, presque une incantation, maintenant en suspension un titre pourtant strié de fissures électroniques. Et ce n’est pas le superbe « Heroist » qui va faire baisser le niveau d’un album jusque là sans fautes. Entrecoupé de pauses, de retours au calme, le morceau porte cependant bien son nom et nous emmène dans une épopée de poche avant de mourir sur une plage. L’interlude instrumental « Means of entry » sert à la fois de clôture de la face 1 et de transition vers « Brandenburg » aux puissantes et majestueuses orchestrations de cordes avant que « Caronte » ne mette tout le monde d’accord. Sommet incontesté du disque, le titre déploie ses beautés multiples magnifiées par les incroyables arrangements de cordes signées Philipp Timm. L’intensité dramatique et émotionnelle du morceau semble n’en plus finir de monter et encore une fois c’est bien l’esprit de Radiohead qui est ici convoqué mais sans que jamais, on ne puisse y voir un plagiat. Le talent de Sasha Ring se suffit à lui-même. « EQ_Break » nous emmène au bord d’une plage extraterrestre au son du flux et du reflux de nappes synthétiques dans un titre contemplatif. Il faudra attendre plus de 5 minutes dans le cinématographique « Outlier » pour voir débarquer une batterie. Jusque-là, le morceau tient en suspens sur une nappe d’orgue synthétique et la voix presqu’emphatique. « In gravitas » part à peu près sur les mêmes bases contemplatives avant d’opérer un virage radical et de terminer l’album sur une cavalcade surprenante pour un disque aussi éloigné des dance floor que possible et qui, du coup, apparait comme un peu moins ouvragée que ce qui la précède. C’est cependant dans le calme d’un spoken words que se termine le titre par ces mots au ton quelque peu prophétique: « Point fingers and objects fall down ».

Brillant, fragile, délicat, ouvragé, mélancolique et profond: tels sont les adjectifs qui peuvent définir le travail d’Apparat sur ce dernier album. Un vrai travail d’orfèvre dont on n’a pas fini d’explorer tous les recoins et les secrets.

À écouter: Dawan – Caronte – Voi_Do

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