posts dans la catégorie 'Critiques albums 2018'


Oh Sees – Smote reverser – 2018

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Au vu de la pochette de « Smote reverser » des Oh Sees, ex Thee Oh Sees, la crainte s’empare de moi. Auraient-ils viré métal? Que l’on se rassure il n’en est absolument rien. Le monstre terrifiant réduisant le monde en cendres de la pochette illustre cependant la puissance phénoménale de cet album, qui du chaos, fait naître une musique parfaitement en place où l’on reconnaitra 1000 références surtout tirées des 70’s. Car cet album, à l’image du groupe de John Dwyer ayant changé plusieurs fois de nom, brasse les styles dans un maelström foisonnant. On peut y entendre des relents de punk, de krautrock, de heavy metal, de rock progressif, de jazz rock, de rock psychédélique et de musique expérimentale chauffés à blanc dans cette marmite infernale qu’est ce disque en tous points abouti.
Dès le morceau d’ouverture qu’est « Sentient oona » à la batterie tellurique on mesure combien le groupe est capable d’alterner les atmosphères au sein du même morceau. On passe ici d’une espèce de heavy metal seventies avec ses giclées d’orgues à des plages planantes quasi Pink Floydienne avant la cavalcade finale toutes guitares dehors. Avec « Enrique El cobrador » on est propulsé directement chez le Deep Purple de la grande époque (In Rock / Machine head) avec solo de gratte et pulsation d’orgue. Ce même orgue qui dans un solo psychédélique rappelle cette fois-ci les Doors. Rock progressif, références évidentes aux 70’s, le décor est planté. « C » qui suit, est plus apaisé, sous la forme d’une espèce de space boogie, comme si ZZ TOP jouait en apesanteur. Je suis beaucoup moins client du court mais halluciné et dérangé « Overthrown » au riff de guitare ultra puissant couvrant presque les hurlements du chanteur. On reste cependant impressionné encore une fois par la capacité du groupe à partir dans des directions très différentes au sein du morceau, témoin ce pont instrumental presque calme avant que la foudre ne se déclenche à nouveau. Changement radical encore avec « Last peace » qui débute tranquillement avant d’accélérer à la moitié du morceau pour laisser la part belle à des guitares tantôt déchainées, tantôt plus contenues s’échappant dans une course folle. Le titre reste cependant un poil trop commun pour enthousiasmer ce qui n’est pas le cas de « Moon bog », magnifique et lente dérive nocturne sur coussin de nappes de clavier éthérés et sombres, lézardée de temps en temps par une guitare tranchante.
Mais c’est au début du disque 2 que se situe le très grand morceau de l’album, une folie instrumentale de 12 minutes intitulée « Anthemic agressor ». Il est quasi impossible de définir ce titre aux frontières de la musique expérimentale, du jazz fusion, du rock progressif et d’un psychédélisme à la Pink Floyd pré « Dark side ». Le trip est quoiqu’il en soit prodigieux, les sons vrillent, hurlent, se tordent, se catapultent en un tourbillon hallucinatoire dont on n’émerge que sonné. Il est du coup presque difficile de redescendre vers des contrées plus connues mais du coup moins excitantes. Et pourtant « Abysmal urn » qui suit est séduisant par son côté pop mais je regrette l’envahissant riff de guitare central, bien lourd. On enchaine avec le bouillonnant « Nail house needle boy » et ses paroles comme expirées dans un râle. Le titre tisse un impeccable canevas de guitares au feeling parfait avant que le somptueux « Flies bump against the glass » ne débarque. Titre instrumental et psychédélique il propulse l’album définitivement dans l’espace grâce à ses guitares concassées et hachurées mais surtout à ses nappes de claviers ultra planantes. «Beat quest » termine l’album de la plus belle façon qui soit, aussi subtilement qu’on l’avait commencé de façon fracassante. Les claviers sont toujours omniprésents et donnent sa couleur psyché à ce titre magnifique.
Vous amateurs de sensations fortes, de voyages imprévus et chaotiques, qui regrettez la liberté des 70’s ce disque est fait pour vous. On ne s’y ennuie jamais, on y est parfois irrités quand le ton s’alourdit quelque peu mais ce n’est jamais pour longtemps. Passionnant dans ses plages les plus aventureuses et expérimentales, planant souvent, rugueux parfois, il balaie tout un éventail musical pour notre plus grand plaisir.

À écouter – Anthemic agresser – Moon bog – Flies bump against the glass

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Christine and The Queens – Chris – 2018

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Ce n’est jamais très bon signe quand à sa sortie, un disque fait parler pour tout autre chose que la musique qu’il contient. Avec « Chris » le deuxième album de … Chris, enfin Christine and The Queens pour être plus clair, il faut bien dire qu’on est servis. D’abord avec un plan marketing hyper efficace où Chris, donc, nous explique sa métamorphose médiatisée à outrance – que le changement de nom et de coupe de cheveux illustrent – à grands coups de justifications laborieuses du genre « Je suis une femme phallique tu vois, une femme puissante… » dont on se contrefiche. On y apprend aussi que Chris veut maîtriser le processus créatif, qu’elle a donc produit elle-même l’album. Une bonne idée? Pas sûr.
Côté visuel, l’objet est également « léché ». Pochette griffée, cheveux courts, regard par en-dessous du genre « Tu vas voir ce que tu vas voir! » et clip de « 5 dols » gentiment érotique (et toc), pseudo provoc avec bric à brac SM qui ne choque plus personne.
Bref l’emballage a été soigné, réfléchi, pensé comme pour tout produit qui se respecte. Il y a même une version anglaise assez douteuse pour l’export. Si l’on ajoute à cela une polémique à la noix sur l’utilisation de boucles prises sur Internet que Chris a utilisées, comme si créer n’était pas emprunter, pomper, recycler ce qui a déjà été fait par d’autres, avant, comme si certains découvraient enfin l’eau chaude, on a un tableau complet!
Bref, pour toutes ces raisons, « Chris » est un album dont on parle. Et aussi parce qu’il succède à un succès international, adoubé par Madonna herself, « Chaleur humaine », le multiplatiné premier album. J’avoue ne pas l’avoir écouté depuis longtemps mais il serait faux-cul d’en nier l’originalité et les qualités. Succès mérité.
Chris se retrouve donc devant le toujours difficile exercice du deuxième album ultra attendu, ultra médiatisé, obstacle sur lequel beaucoup se sont cassés les dents. On comprend dès lors un peu mieux tout ce cirque marketing, cette volonté de donner du sens, de théoriser l’album en quelque sorte de peur que celui-ci ne se suffise pas à lui-même, avec le risque que tout ça ne sonne qu’artificiel. Car « Chaleur humaine » s’est présenté avec ses seules chansons et ce sont les chansons qui l’ont fait aimer, reconnaître et exister au-delà de toutes les prévisions. Comme si cette fois-ci, Chris n’avait pas eu suffisamment confiance dans le contenu pour soigner outre mesure le contenant.
Tout ça ne serait finalement pas grave si l’album était à la hauteur. Et c’est là que le bât blesse.
J’ai vu Christine and The Queens en concert il y a un peu plus d’un an. J’en garde le souvenir d’un show hyper rodé, millimétré, ou rien, jamais, ne dépasse. De chorégraphies parfaitement exécutées, parfaitement ennuyeuses, d’une chanteuse qui s’énerve un peu devant le peu de réactions du public douché par le manque de … chaleur humaine. Peut-être était-ce un mauvais concert parmi d’autres bien meilleurs je ne sais pas mais à l’écoute de ce deuxième essai, je ressens à peu près la même chose que ce soir-là. « Chris » fait l’effet d’un disque calibré, pensé, trop pensé, au son ultra synthétique et technologique (bonjour Pro Tools), parfait tue l’amour pour celui qui recherche quelques frissons de plaisir. Les titres s’enchaînent sans que rien ne retienne vraiment l’attention, sans qu’aucun accident, aucune rupture ne vienne briser la monotonie ambiante. On se dit qu’elle aurait justement eu besoin d’un producteur, c’est-à-dire de quelqu’un capable de prendre du recul, de travailler chaque titre pour essayer d’en tirer le meilleur au lieu de les noyer dans une bouillasse lorgnant fortement vers les 80’s et certains relents de funk technoïde sans âme comme dans l’affreuse « Le G », pénible imitation de Michael Jackson période « Bad ».
Même dans sa manière de chanter Chris est souvent irritante avec sa façon de découper les mots n’importe comment jusqu’à être fréquemment incompréhensible sans parler de ce tic qui consiste à répéter les sy-sy-sy-sy-syllabes pour que ça rentre ou encore ces « baby » tellement kitsch qui parsèment ses textes et articulés « bèiiibè ».
Au début de l’album, les tubes s’enchainent mais des tubes bien fades comme « Damn, dis-moi » où l’on mesure le gouffre qui la sépare des Daft Punk ou « La marcheuse » dont le texte aurait mérité écrin sonore moins commun. « Doesn’t Matter (voleur de soleil) » tient son rang mais on est loin des hits de « Chaleur humaine » et le morceau risque d’irriter assez vite. Enfin « 5 dols » dont le son ne diffère en rien des morceaux précédents accroche à peine l’attention.
Par la suite, plus grand-chose à retenir, peut-être un gimmick de clavier-basse sur « Goya!Soda! » mais c’est bien un ennui profond que génèrent « Follarse »; « Machin-chose »; « Bruce est dans le brouillard » voire même la plus délicate mais trop fade « Les yeux mouillés ». Il faut finalement attendre le dernier titre « L’étranger (voleur d’eau) » pour un début de frisson, au détour d’un refrain. C’est bien peu.
Chris semble avoir quelque peu oublié les chansons sur ce deuxième album, préférant tout donner sur l’emballage mais même celui-ci est bien peu attirant, exhibant son process de fabrication avec ce son sans chair, sans personnalité? Un comble pour quelqu’un qui justement fait du corps un thème essentiel de son propos. On est bien passé de la chaleur humaine à la froideur technologique mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Héloïse Letissier, de son vrai nom finalement beaucoup plus sympathique que l’anonyme et désincarné Chris, devra, si elle veut réaliser ses ambitions d’artiste internationale, surfant sur l’air du temps, revendiquant une sexualité « moderne », confectionner un album bien au-delà de la platitude ambiante de ce décevant deuxième disque. J’ignore si elle en est capable et certainement pas toute seule. Espérons que son grand oeuvre ne soit finalement pas déjà derrière elle.

À écouter: 5 dols – La marcheuse – L’étranger (voleur d’eau)

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Paul McCartney – Egypt station – 2018

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« When I’m sixty-four » chantait Paul McCartney il y a un siècle. Paulo en a aujourd’hui 76. On ne présente pas Paul McCartney. Il n‘a plus rien à prouver. Sans lui, la pop n’existerait pas. « Abbey Road » des Beatles, album indestructible est certainement ce qu’il a fait de mieux, ce qui s’est fait de mieux. Depuis 1970, Macca mène une carrière solo, même au sein de ses Wings du début, faite de hauts et de bas, constellée de perles mais aussi de titres dont on se demande bien s’il n’aurait pas mieux fallu les garder au frigo. Mais on n’y croyait plus vraiment non plus quand en 2005, il nous a refait le coup du chef d’oeuvre absolu avec l’extraordinaire « Chaos and creation in the backyards », de loin son meilleur album post-Beatles, dont on ne le croyait plus capable, fruit d’une collaboration miraculeuse avec l’immense Nigel Godricht, l’homme qui, à l’instar de George Martin pour les Beatles, fut le 5ème Radiohead. Depuis, McCartney est retombé dans l’insignifiance avec des albums qu’on écoute par politesse puis qu’on range définitivement. Cependant, l’oeil est toujours brillant, l’envie est toujours là, il a gardé cet air éternellement adolescent dans le regard, dans le sourire alors Mc Cartney continue, parce qu’il aime ça, parce que c’est sa passion.
Aujourd’hui voilà qu’un nouvel album pointe son nez, voilà même qu’il est double. Son nom? « Egypt station ». Bon. Comme à chaque fois, j’écoute, d’autant plus qu’il est précédé de rumeurs plutôt positives sans qu’il soit possible de démêler avis sincères et slogans promotionnels. Alors allons-y, prenons le train à « Egypt Station » et voyons si le voyage vaut la peine.
Première crainte, le producteur s’appelle Greg Kurstin, celui d’Adèle, de Sia, de Shakira… pas fait pour rassurer le chaland. Son travail est loin d’être indigne sur cet album mais là où Nigel Godricht il y a 13 ans, magnifiait les chansons, n’en gardant que l’essentiel, poussait McCartney dans ses retranchements, le son est ici juste conventionnel. Et puis une chose frappe immédiatement au fur et à mesure que se déroulent les 16 titres de l’album: la voix. Elle a changé, semble recouverte d’un voile, est parfois chevrotante. Non pas que cela soit gênant, simplement pour la première fois, comme on pensait que cela ne le concernait pas, cela s’entend, il vieillit.
Passée la courte ouverture quasi ambient d’ « Opening station », le premier titre, « I don’t know » est une totale réussite. Dans cette très belle ballade West Coast mid-tempo, Paulo déroule une mélodie impeccable sur lit de piano et prouve qu’il a bien plus que de beaux restes, tout en émotion et sobriété. « Come on to me » qui suit fait retomber le soufflé. Cette espèce de rengaine rock sautillante, genre que McCartney affectionne depuis longtemps, semble bien longue et souffre du coup d’une production balourde et peu inventive. Et quand enfin on croit que ça s’arrête, eh bien ça repart pour un tour. On passe. « Happy with you », sans être renversante, rehausse le niveau. Cette ritournelle est portée par une guitare folk et, l’air de pas y toucher, finit par accrocher. « Who cares » pourrait être du ZZTOP unplugged, tant ce boogie assez banal fait parfois penser aux barbus Texans. Rien de très passionnant même si on ne peut nier le plaisir que semble prendre McCartney à jouer au rockeur. Quel dommage que le single « Fuh you » qui suit soit plombé par une production aussi laide que possible à grands coups de choeurs de stade qui tirent le refrain vers les pires moments de Coldplay. Et pourtant le titre a du potentiel mais.. C’est peut-être sur « Confidante » que la voix de McCartney fait le plus son âge. Mise à nu, sur cette honnête ballade mélancolique, elle hésite, chevrote quelque peu, et en devient touchante. Le violoncelle et les notes de piano aigües ne suffisent pas à faire de « People want peace » un grand titre, mais sa naïveté même et son côté enjoué me le rendent plutôt sympathique, comme échappé d’une autre époque et clin d’oeil involontaire à John Lennon. Mais « Hand in hand » avec ses relents de « Fool on the hill » est d’une autre trempe. Somptueuse ballade dénudée, voix, piano, guitare acoustique et violoncelle, elle exprime ce que McCartney sait faire de mieux. Avec sa mélodie à la fois simple et subtile, elle touche droit au coeur et plane facile au-dessus des titres précédents. Impeccable aussi ce « Dominoes » au registre pop légèrement vintage, aux choeurs fifties, aux claps entrainants et à la mélodie que l’on reprend sans même s’en rendre compte. J’aime beaucoup aussi ce « Back in Brazil » incongru et donc surprenant, qui sur un rythme latino n’est pas sans rappeler le fantastique « Tropicalia » de Beck. Décalé, assumant sa tonalité kitsch, une vraie prise de risques. On a l’impression que Paulo pourrait composer des dizaines de ballades du genre de « Do it now », dont rien ne ressort, où rien ne brille, encore alourdie par une production pachydermique. On s’ennuie. Pas grand-chose à tirer non plus de l’ultra poussif voire lourdingue « Caesar rock » qui confirme que quand Macca veut jouer au rockeur, c’est le rock qui en prend un sale coup en plus de mes oreilles. Retour vers les hauteurs de l’album avec l’ambitieuse « Despite repeated warnings » qui lorgne vers le rock progressif et les 70’s. Chanson à tiroir, ou plutôt à étages, elle commence comme une ballade pour dégoupiller ensuite, à coups de changements de rythmes et d’ambiances successifs, les différentes parties qui la composent. Evitant le gras, le morceau fonctionne parfaitement. On se croit arrivés avec « Station II » miroir de l’instrumental d’ouverture mais voilà que déboule « Hunt you down/Naked/C-link », morceau composé de trois titres enchainés les uns aux autres comme à la grande époque d’Abbey Road. La comparaison vaut pour les titres fondus les uns aux autres, pas pour la qualité intrinsèque de ceux-ci mais rien d’indigne ici. Le rythme se ralentit progressivement, jusqu’à la fin de l’album, des guitares tranchantes et des cuivres rutilants du très réussi et énervé « Hunt you down » au blues instrumental de «C-Link » en passant par le très pop « Naked ». McCartney joue avec les genres, les univers, les tempos et finit son disque en fanfare.
Alors non, on n’embaumera pas encore Paul McCartney, il est bien vivant. Son nouvel album « Egypt station » n’est pas un chef d’oeuvre, il est très inégal, parfois énervant mais comporte suffisamment de réussites pour être digne d’un vrai intérêt. Il aurait mérité d’être élagué de ses branches inutiles, et une production plus à même de mettre en valeur les bonnes chansons. Mais comment en vouloir à Paul McCartney?

A écouter: I don’t know – Hand in hand – Despite repeated warnings

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Tunng – Songs you make at night – 2018

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J’avoue avoir lâché en cours de route le groupe anglais Tunng en 2010. En effet après le formidable « Good arrows » de 2007 et son tube « Bullets », l’album suivant m’avait quelque peu déçu. J’avais tort. La preuve éclatante avec ce somptueux « Songs you make at night ». Sa pochette façon patchwork illustre assez bien ce qui nous attend une fois la galette posée sur la platine. Un disque à la fois léger et lumineux, ensoleillé, la tête dans le ciel mais aussi comme enfoui sous des profondeurs aquatiques, plus sombres et mélancoliques. Musicalement, le groupe reste dans la veine d’un folk électronique de grande classe. Ici, les guitares acoustiques cavalcadent sur des boucles électroniques aussi subtiles qu’inventives, les voix nous entraînent en douceur au summum de l’émotion et les nappes de claviers jamais envahissants assurent le décollage.
On aura beau chercher, pas une seule fausse note tout au long des 11 titres qui composent l’album. La face A est une splendeur. « Dream in » débute presque accapella, sur quelques notes de claviers qui seront bientôt rejointes par des boucles électroniques superposées en forme de pulsation, pleines de bruissements et de crépitements. « It’s a beautiful dream » répète la voix en boucles, et c’est exactement cela qui nous attend en pénétrant dans cet album d’orfèvres. « ABOP » qui suit est une pure merveille à la mélodie parfaite, où les choeurs métalliques répondent au chanteur sur des arrangements électroniques brillants. Et que dire alors de « Sleepwalking » qui, dans la même veine, confirme l’exceptionnelle qualité de l’ensemble. « Crow » est de ces chansons qui ont le pouvoir de vous faire hérisser le poil de bonheur et d’émotion. Sublime ballade folk mélancolique, elle parvient à égaler le grand Nick Drake sur son propre terrain avec l’électronique qui, si elle ancre ce titre dans son époque, amplifie sa beauté intemporelle. « Dark heart » est un tube de pop électro absolument imparable caractérisé par une ponctuation récurrente sous la forme d’une voix féminine qui ne sort plus de la tête. Fin de la face A: réussite totale.
Crépitements, cordes frottées, ambiance feu de camp et bruits d’orage caractérisent la ballade nocturne et acoustique « Battlefront ». Voix masculine et féminine se répondent, se superposent. Le calme avant la tempête? De mystérieux bruits, presqu’inquiétants zèbrent le fantastique « Flatland » pendant que la guitare acoustique tisse de merveilleux arpèges. Encore un titre parfait. C’est la pluie qui tombe et d’angoissants coups de tambour qui ouvrent l’extraordinaire « Nobody here » peut-être le sommet d’un album qui vole pourtant à très haute altitude. Sans oublier ses racines folk, le titre laisse la part belle à des divagations électroniques affirmées, évolue en cours de route avant que, peu à peu, la pluie du début remplisse le silence. « Evaporate » et ses faux airs psychédéliques est d’une simplicité absolue malgré ses arrangements complexes. Espèce de rengaine faussement naïve, elle semble presque immatérielle, ouatée. « Like water » débute avec des bruits de ressac du bout du monde puis la guitare acoustique introduit une voix féminine. On pourrait presque se croire dans un titre de Beach House, chanté les yeux fermés face à l’immensité. C’est beau. Si « Dream in » avait débuté l’album, c’est fort logiquement avec « Dream out » que nous allons en sortir. Le titre agit comme un sas, permettant de retrouver le monde réel. Court et instrumental, peuplé de bruits étranges, d’une voix venue d’ailleurs, il agit comme le signal qu’il faut nous réveiller, quitter ce merveilleux univers sonore et onirique que Tunng a conçu pour nous émerveiller.
Cependant, la potion est trop forte et entêtante, on y replonge illico.

À écouter: ABOP – Flatland – Dark heart

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Courtney Barnett – Tell me how you really feel – 2018

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Courtney Barnett. Ce nom se fait entendre de plus en plus souvent dans l’univers pop rock depuis 2 ou 3 ans, avec les louanges qui vont avec, les couvertures des magazines spécialisés et donc l’attente que ce nouvel album « Tell me how you really feel » suscite désormais. Ce disque est à l’image de sa pochette qui présente l’australienne en très gros plan derrière un filtre rouge. Le ton est donné, on va aller sans chichis au plus près de l’os. La formule est archi connue et n’innove en rien: batterie, basse, guitares, chants, clavier. Courtney Barnett a dit vouloir être le Crazy Horse à elle toute seule (celui de Neil Young évidemment!) et, partant de cet incontournable parrain, balaye tout un pan du rock de ces dernières décennies, des Pretenders au Pixies, en passant par PJ Harvey, Pavement ou les Breeders, les soeurs Deal faisant même deux apparitions bienvenues.

« Take you broken heart/Turn it into art » peut-on entendre dans le paisible « Hopefulessness » qui ouvre l’album. Voilà donc annoncé le programme de manière explicite sur ce titre presque blues qui rappelle PJ Harvey par sa tension permanente et retenue jusqu’à ce que les guitares hurlent à la mort sur la fin du morceau. Nous pouvons à présent rentrer dans le vif du sujet avec la claque « City looks pretty », tube instantané sur lequel Courtney feule de sa voix trainante et chaude à la fois, dans un registre qui rappelle fortement la grande Chrissie Hynde. Pas une once de graisse, une rythmique imparable, des guitares qui vrillent, mélodie hyper accrocheuse. Il n’y a rien ici qu’on n’ait pas déjà entendu ailleurs mais quand l’inspiration est à ce niveau ça fait tout de même un bien fou. Le titre dans sa deuxième partie s’achève au ralenti sur un canevas de guitares emballant. Et BIM! « Charity » double la mise et assène un deuxième uppercut. On est revenu aux plus belles heures des Pretenders avec un titre irrésistible dont le refrain donne juste envie de grimper aux rideaux en chantant à tue-tête. Cela faisait belle lurette que je n’avais pas ressenti cette évidence rock’n’roll. Tout est parfait ici – rythmique au cordeau, guitares tranchantes, chant superbe de décontraction -  et constitue une excellente façon de prouver à quel point les Adèle et autres Céline Dion ne sont que des outres gonflées à l’hélium. « Need a Little time »  maintient le niveau tout en ralentissant le tempo. Sur cette grande chanson pop aussi évidente que les précédentes, Courtney Barnett montre aussi qu’elle sait varier les registres en laissant sa voix s’envoler sur les refrains, eux-mêmes impeccables. Quelle entrée en matière! Si l’album tient sur la longueur on se dit qu’on tient un classique rock comme on n’en fait plus. Sur « Nameless, faceless » Courtney a invité les Breeders et cela s’entend. On se croirait revenu dans les 90’s avec cette alternance couplet calme / refrain bruyant et noisy. Un ton en dessous des précédents, le morceau n’altère cependant en rien l’ensemble.

« I’m not your mother, I’m not your bitch » assène ensuite Courtney sur ce brulôt punk de 1’50 aux guitares ravageuses et ravagées qui ouvre la face B. Fallait que ça sorte! On peut passer à la grande chanson pop qu’est « Crippling self-doubt and a general lack of confidence » digne encore une fois des classiques des Pretenders. Chrissie Hynde a trouvé sa successeuse,  écoutez juste comme elle chante « Make you all feel special » . « Help your self » est presque une ballade nocturne dépouillée mais des guitares hurlantes vont la lacérer . « Walkin’ on eggshells » a tout d’un classique encore une fois. Cette ballade pop rock simple est superbe et émouvante, tirant du peu le meilleur, sans esbrouffe, sans effets de manche. Il ne reste plus à Courtney qu’à achever l’album par un autre grand titre « Sunday roast » qui commence sur quelques arpèges de guitares sur lesquels elle vient crooner. Cette superbe ballade crépusculaire se transforme cependant en plein milieu, le tempo s’accélère quelque peu, les guitares rentrent et on va envie de chanter la mélodie pleine de choeurs en … choeur justement. Et surtout envie de remettre le disque au début illico presto.

Alors oui, Courtney Barnett n’a rien inventé mais elle fait l’essentiel, écrire de grandes chansons, sincères et vraies et les jouer tout simplement comme elle les sent. C’est l’essence même du rock et ça nous touche au coeur. Take you broken heart/Turn it into art 

À écouter: Charity -  Crippling self-doubt and a general lack of confidence – Need a little time

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Gorillaz – The now now – 2018

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Gorillaz est de retour! 20 ans après les débuts de ce groupe quasi virtuel, Damon Albarn (la musique) et Jamie Hewlett (le visuel) remettent déjà ça pour la sixième fois. « The now now » a d’abord pour mission de rassurer les aficionados dont je fais partie, après « Humanz » de 2017, avec ses multiples collaborations et premier mauvais album de Gorillaz. C’est chose faite avec ce disque qui marque un retour à la simplicité, à la sobriété, délaissant les univers sombres et complexes mais peu inspirés de « Humanz » et rappelant le fantastique album solo d’Albarn « Everyday robots » de 2014.

« The now now » ne comporte que deux collaborations, Damon Albarn assurant la quasi totalité des voix. La première avec le grand guitariste jazz George Benson, sur le radieux « Humility », placé en tête de face A, qui vient éclairer sobrement ce titre accrocheur. Sur un tempo languide et chaloupé, Benson à la guitare et Alban à la voix se renvoient la balle. On est aux antipodes de « Humanz » et c’est tant mieux. Plus loin sur la même face, c’est ce bon vieux Snoop Dog qui donne la réplique sur l’excellent « Hollywood ». Tube en puissance, le morceau respire la nonchalance et le détachement avec sa rythmique élastique et son refrain faussement fatigué mais vraiment emballant.

Pour le reste Albarn va assurer l’essentiel du boulot. Si « Tranz » au format pop et un peu convenu est un peu moins convaincant, « Kansas » pourrait être une chute d’ »Everyday robots » ce qui est évidemment un compliment. Quasi dénudé, le titre se contente d’un rythme simple et d’une basse qui vrille en volutes, tissant un cocon pour la voix d’Albarn, à peine rehaussée d’un clavier discret. Etalant sa science des arrangements, faisant du peu le meilleur, Albarn atteint ici un classicisme tranquille. On continue à tutoyer les cimes avec l’impeccable  « Sorcererz » et son motif de clavier hyper accrocheur qui sera repris par la voix. L’ambiance est toujours estivale et décontractée, des nappes planantes font décoller le titre, recette idéale pour une écoute en voiture, vitre grande ouverte. « Idaho » qui clôt la face débute par quelques notes de guitares acoustiques sur des rythmes en crépitements.  Les grands espaces sont ici convoqués pour cette ballade nocturne au coin du feu de camp. Albarn maitrise plus que jamais son art.

Changement radical avec « Lake Zurich », l’instrumental qui ouvre la face B de la plus belle des façons qui soit. Le titre pourrait être le générique d’une série vintage des 70’s tant il reste en tête tout en convoquant des images. Il donne aussi des fourmis dans les pieds avec sa basse presque disco, ses cloches qui appellent le soleil et ses claviers au son de chiffon mouillé sur le pare brise. On en redemande. « Magic city » est  fantastique, reposant sur une basse qui rappelle fortement « Lately» de Massive Attack sur leur album « Blue lines ». Sur ce coussin moelleux et sophistiqué, Albarn déroule, sûr de son talent de crooner moderne une mélodie impeccable. Plus tard une pluie de clavier et des choeurs achèveront le travail. Très grand titre. Dès lors l’album va s’achever au ralenti. « Fire flies » semble joué sous l’eau et parvient à un lyrisme sobre empreint de mélancolie. Un titre qui se bonifiera sans nul doute avec le temps. « One percent » n’accélère pas, au contraire, mais sa pulsation est éclairée par un clavier et une guitare tristes. Complainte subtile dont Albarn a désormais le secret et qui s’achève sur quelques pas. Enfin « Souk eye », toujours proche de l’album solo d’Alban traine son rythme famélique et sa mélodie flemmarde avant de prendre son envol sur le refrain. On a toujours l’impression d’écouter un groupe pop au coin du feu sous un ciel étoilé, un groupe qui aurait laissé l’esbroufe au vestiaire pour se consacrer sur l’essentiel: l’émotion. Le titre et l’album s’achèvent sur un xylophone qui s’éloigne jusqu’aux prochaines aventures.

« The now now » marque donc un retour salutaire à la simplicité et comme l’inspiration est au rendez-vous personne ne s’en plaindra. Gorillaz a mûri, évoluant vers une écriture plus classique mais d’une richesse incomparable augurant d lendemains encore passionnants.

A écouter : Sorcererz – Magic city – Hollywood

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Beach House – 7 – 2018

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Après avoir sorti, en 2015, deux albums parfaits, suivis d’une compilation de raretés de de B-sides, le duo Beach House, composé de Victoria Legrand et Alex Scally, revient avec son nouvel album, le septième, intitulé sobrement « 7″. Les amoureux transis du groupe, dont je fais partie, se réjouissent doublement de cette sortie et des dates que le duo effectuera en automne par ces nous. Car Beach House est un miracle, miraculeusement répété à chaque album, d’une musique d’une beauté céleste, aux arrangements délicats, aux mélodies pourvoyeuses de frissons. La recette ne change guère et pourtant le charme opère à chaque fois. Cependant on sait qu’il suffirait d’un rien pour que tout flanche et que ce subtil équilibre vole en éclats. Alors plongeons-nous dans ce « 7″ à la pochette-collages dont un morceau déchiré en son centre laisse mystérieusement apparaitre le chiffre qui lui donne son titre.

C’est – surprise! – un roulement de batterie qui lance la face A en introduction de « Dark spring » avant d’entamer un rythme au tempo enlevé, ce qui est rare chez le duo. Les guitares noisy viennent droit de chez My Bloody Valentine, la voix de Victoria est toujours aussi ouatée et alterne avec des sirènes hurlantes. L’album démarre sur les chapeaux de roue par un titre en tous points réussi. On enchaîne directement avec le magnifique   »Pay no mind« . le tempo ralentit même si la batterie marque le tempo avec assurance. Quelque part entre un Jesus & Mary Chain sous sédatifs et Mazzy Star, le titre revendique ses influences 90′s. « Lemon glow » et sa boucle lancinante à la chiffon mouillé est somptueuse, du Beach House d’école. Les claviers superposés et les guitares acides enveloppent le chant comme un écrin. « L’inconnue » au titre et au refrain en français commence comme une prière murmurée dans une chapelle par des voix qui se répondent en écho et se poursuivront à peine soutenue par des nappes de claviers avant que des voix d’anges débarquent d’on ne sait où sur le refrain. « Petit ange et l’inconnue sainte, la pute et l’ingénue« , ces paroles – entre autres –  mystérieuses, scandées dans un murmure sur une batterie famélique, nous laissent pantois durant ces 4’24 de rêverie éveillée de grande classe. « Drunk in L.A » est la preuve renouvelée que Beach House sait créer à partir de rien une émotion puissante, profonde et répétée à chaque nouvelle écoute. C’est juste du grand art. On imagine ce titre en générique d’un épisode de « Twin Peaks » du grand David Lynch et le solo de guitare laissera tout le monde sur son postérieur. « Dive » commence en apnée dans un flot d’orgue majestueux, puis la voix de Victoria, sereine, déroule une mélodie somptueuse à peine soutenue par des accords de guitare. Mais le titre va sortir de sa torpeur sublime au fur et à mesure que monte un rythme soutenu et la face A s’achève dans les cieux. Pas une faute. C’est parfait.

La face B repart encore plus fort avec le fantastique « Black car » à l’intro au vibraphone et dont les claviers pourraient sortir de la bande son de « Blade Runner« . Le titre s’écoute les yeux fermés, nous projetant dans une nuit futuriste, superbe et envoûtante.  Et que dire de « Lose your smile« ? Titre à la simplicité et à la perfection ahurissante, au refrain sublime. La chanson fout les frissons à chaque fois et n’en finit plus de décoller quand débarquent des guitares qui s’enroulent autour de la voix de Victoria. Quelle claque!! « Woo« , sa batterie métronomique, ses claviers toujours aussi spatiaux ne nous laisse pas le temps de respirer même si on n’atteint pas les splendeurs de « Lose your smile » car le titre est un peu plus artificiel. Puis plus loin, « Girl of the year » n’est pas la chanson de l’année, elle. Le morceau, gonflé aux hormones d’un clavier envahissant ennuie plus qu’autre chose, semblant masquer son vide par un emballage clinquant qui malheureusement ne fait que clamer haut et fort son rôle d’emballage. Premier vrai faux pas du disque. Celui-ci se termine par un « Last ride » au motif de piano répétitif, aux choeurs à la longue respiration qui peine lui aussi à emballer l’auditeur. Le morceau est trop long, trop plat, trop …

« 7 » aura donc enthousiasmé, presque jusqu’à la fin et aurait mérité d’être resserré, raccourci d’au moins deux voire trois titres. Mais pour le reste c’est une réussite totale. Beach House évolue, doucement, sûrement, tout en gardant son identité, bien loin au-dessus du vulgaire, de la masse, de nous autres quoi!

À écouter : Lose your smile – Lemon glow – Black car

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Arctic Monkeys – Tranquility Base Hotel + Casino – 2018

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On ne pourra pas reprocher à Alex Turner et ses Arctic Monkeys de se reposer sur leurs lauriers. Le groupe aurait désormais pu gérer le succès confortablement, remplissant d’énormes salles, lorgnant vers les stades avec pour support un rock à guitares, très anglais, marque de fabrique du groupe depuis le début. Mais au fil des albums, la musique du groupe commençait à s’épaissir et menaçait de ronronner sérieusement. Après 12 ans de bons et loyaux services, il fallait opérer un changement de cap et Alex Turner l’a compris. Lui qui a déjà pris ses aises au sein des Last Shadows Puppets sait que les Arctic Monkeys devaient évoluer pour franchir un pas supplémentaire au risque de se répéter encore et encore. C’est chose faite avec ce déjà 6ème album intitulé « Tranquility base hôtel + casino ».

Les fans du groupe première manière risquent de pleurer toutes les larmes de leur corps à l’écoute de ce nouvel opus tant c’est à une véritable renaissance que nous assistons. Les guitares se font discrètes mais leurs interventions sont souvent plus tranchantes du coup, la rareté faisant le prix. Le piano, les synthés sont mis en avant dans des titres qui ressemblent à la prestation d’un crooner tentant un énième retour avec panache sachant que c’est sa dernière chance de revenir sur le devant de la scène. L’entreprise ne manque pas de superbe et le résultat, inégal, convainc cependant dans l’ensemble. A de nombreuses reprises, on sent l’influence de Bowie, particulièrement la période « Aladin sane / Diamond dogs / Young americans » particulièrement en ce qui concerne la performance vocale du chanteur dont les intonations rappellent fréquemment le roi David. Si sur la longueur, l’album distille parfois un doux ennui, les réussites ne manquent pas mais on ne trouvera ici aucun hymne, l’atmosphère étant privilégiée au détriment de l’énergie.

Côté réussites indéniables, on se laissera porter par le somptueux « Tranquility base hôtel + casino » qui n’est pas sans rappeler le Morrissey de l’album « Vauxhall and I », titre sur lequel Turner réalise une grande performance vocale, sur une mélodie complexe presque susurrée. Plus loin en début de face B « Four out five » a presque les attributs d’un single avec son refrain euphorisant et ouvre la meilleure face du disque. « The world’s first ever Monster truck front flip » convainc par son refrain classe où Turner fait son crooner, « Science fiction » est porté par des sons de synthés qu’on jurerait sortis d’un film de SF des 50’s, « She looks like fun » est quand même bien plombé par son refrain pachydermique, le nocturne « Batphone » tient son rang avant « Ultracheese » slow impérial qui clôt l’album et qu’on aurait rêvé chanté par Bowie.

Alors c’est de la belle ouvrage à n’en pas douter, finement construite et orchestrée mais qui peine tout de même à exciter le chaland de par une certaine monotonie d’un titre à l’autre. Cependant, les Arctic Monkeys viennent, avec ce disque inattendu, de gagner leur liberté. Désormais, il speuvent tout se permettre et cela n’a pas de prix.

À écouter: Tranquility Base Hotel + Casino – Four out five – Science fiction

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Jonathan Wilson – Rare birds – 2018

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J’avais déjà remarqué Jonathan Wilson en 2011 lors de la sortie de son premier album « Gentle spirit», tentative très réussie de faire revivre l’esprit d’un certain rock californien des 70’s, celui d’un folk élégiaque élaboré à l’époque par exemple par Crosby, Stills and Nash. Ces derniers temps, Jonathan Wilson multiplie les apparitions. Proche collaborateur de Father John Misty sur son superbe « Pure comedy » et artisan du retour sur disque, il est vrai peu convaincant, en guitariste fan, de Roger Waters. Il était donc temps pour lui de passer la vitesse supérieure et d’essayer de concrétiser toutes les attentes légitimes placées sur son nom. Voici donc «Rare birds » à la pochette fourre-tout et un tantinet mégalo, plus 70’s tu meurs. Car oui c’est encore et toujours principalement vers la décennie 70 que Jonathan Wilson propose de nous emmener mais cette fois-ci la palette va être beaucoup plus large et beaucoup plus passionnante. En effet, Jonathan Wilson prend son envol avec cet album assez magistral, qui même si on y entend nombre de réminiscences très identifiables du tournant des 70’s et des 80’s, lui permet du coup de s’affirmer en tant que compositeur. Et puis il fait tout Jonathan: il écrit, il compose, il produit, joue de multiples instruments et chante. Il est donc temps d’aller à la rencontre de ce double album d’une richesse impressionnante.

Le début de « Trafalgar Square » est trompeur car après quelques dizaines de secondes un peu plan-plan le titre prend un virage qui n’est pas sans évoquer de par son riff sourd et grondant, son orgue très présent, le Deep Purple des 70’s, rejoignant par là la démarche de Black Mountain par exemple. On est étonné par l’évidence de la mélodie, et la maîtrise acquise par Wilson dans la construction et la production. Les synthétiseurs donnent cependant un ton plus 80’s, ce qui donne une idée des influences que l’on va trouver sur le disque. Plusieurs fois, le morceau change d’atmosphère, évolue. On retrouvera au long du disque ces emprunts au rock progressif sans les lourdeurs souvent inhérentes au genre, ce qui en dit long sur la capacité de J. Wilson de rester sur le fil, de prendre le meilleur de chaque  style. « Me » est une ballade impériale, sur laquelle la voix, dont le timbre rappelle de façon surprenante le grand Eliott Smith,  légèrement réverbérée de J. Wilson fait merveille. Si les arrangements sont classiques, ils sont d’une grande richesse instrumentale et  la qualité de la composition emporte le morceau vers une forme de nostalgie en suspension du plus bel effet. Car oui, « Rare birds » est un album comme on n’en fait plus, ambitieux, qui n’a pas peur d’apparaître comme le disque d’un fan qui fait celui qu’il rêverait d’entendre. La chanson se termine par un solo de saxophone assez free avant de laisser la place à l’énormissime « Over the midnight ». Après une longue intro répétitive dominée par des synthétiseurs vaporeux, la voix entre en scène pour la mélodie immédiatement accrocheuse des couplets jusqu’à ce que le refrain propulse le titre vers les sommets. Jonathan Wilson sait désormais transcender ses influences pour proposer une musique très actuelle. Que dire du superbe « There’s a light » qui ressuscite le Springsteen flamboyant de la fin des seventies ? Avec ce titre à la fois lyrique et profondément mélancolique, bourré de choeurs, à la mélodie imparable, qui aurait sa place sur « The river » ou « Darkness on the edge of town », J. Wilson signe une grande chanson dont les dernières secondes opèrent même un virage très Pink Floydien. « Sunset Blvd », portée par un piano mis en avant, est une somptueuse balade pop folk aux magnifiques arrangements de cordes. Encore un titre dont le classicisme n’est en rien un handicap mais au contraire un moyen de tirer le meilleur d’un titre impeccable. L’extraordinaire « Rare birds » qui suit débute par un festival de guitares entrelacées qui lui donne sa tonalité rock mais contrebalancée par l’utilisation de nombreux synthétiseurs. C’est ce subtil équilibre dans les arrangements qui permet à chaque chanson, outre la brillance de la composition, de planer dans la stratosphère. Tout ce que n’a pas un Ed Sheeran par exemple. La capacité de J. Wilson à balancer autant de titres évidents qu’ils semblent être des classiques instantanés est impressionnante. L’oiseau rare du tire, c’est lui, pas de doutes. « 49 hairflips » opère un net ralentissement sur fond de bidouillages synthétiques discrets. Le titre, en suspension, achève le disque 1 et l’auditeur ne peut que se frotter les oreilles devant un tel enchaînement de grands morceaux. Plus lente, la chanson parvient encore cependant à ne jamais ennuyer. Il reste un disque. Wilson pourra-t-il tenir ce rythme sur la longueur d’un double album? Où est la frontière entre ambition et prétention?

« Miriam Montague », loin d’être mauvais, pêche peut-être pour la première fois par une production un peu trop touffue, par un excès de complexité. Mais c’est cependant chercher la petite bête car derrière, « Loving you » calme immédiatement toute velléité de contestation. Sur un rythme soutenu, la longue et superbe intro est assurée par Laraaji, un musicien new âge, dont les vocalises orientalisantes et la cithare introduisent une dimension quasi céleste à ce titre pop pourtant déjà d’une évidence mélodique immédiate. On y entend également des percussions. Même Lana Del Rey, qui passait par là, vient donner un coup de mains, ou plutôt de cordes, vocales. On la retrouve d’ailleurs aux choeurs sur le fantastique « Living with myself », tube instantané, au motif de synthé immédiatement assimilable. On pense plusieurs fois lors de ce morceaux à Genesis ou Peter Gabriel période pop, où les nappes de synthés enveloppent deux guitares qui tricotent leurs somptueux arpèges. L’ambitieuse et imposante intro de « Hard to get over » se profile à l’horizon mêlant une batterie rouleau compresseur et des arrangements de cordes inspirés. Je suis moins convaincu cependant par la voix très Peter Gabriel et une ambiance plus eighties que sur le reste du disque. Cependant, de façon étonnante, le titre est troué en son milieu par un pont instrumental totalement dématérialisé, suspendu, très réussi. Avant que le rouleau compresseur ne reprenne ses droits malheureusement. Passons sur cette relative sortie de route car « Hi Ho to righteous » va réussir le tour de force de me faire aimer un titre country. Mais un titre country enveloppé par les volutes tournoyant d’un Moog, les nappes d’un synthétiseur, des murmures au vocoder  qui le tirent vers la mélancolie. Il ne reste plus qu’à « Mulholland Queen » à conclure de façon sublime ce double album déjà classique. Un piano, une voix qui susurre, des choeurs trafiqués, le tout dans un dépouillement tranquille. Quelques cordes viendront emballer le morceau avant le retour au silence.

On est impressionné par la densité de cet album qui, même sur la longueur, ne faiblit quasiment jamais. On y aura surpris quantité d’influences, de choses dont on se dit qu’on les a déjà entendues ailleurs, autrefois, sans que jamais elles ne viennent prendre le pas. Jonathan Wilson ne les cache pas, bien au contraire mais a su les digérer et proposer un album d’un niveau de qualité époustouflant et moderne. Déjà au Panthéon des grands doubles albums.

 À écouter: Over the midnight – Loving you – There’s a light

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MGMT – Little dark age – 2018

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Voici déjà plus de 10 ans, MGMT, le duo américain, cassait la baraque avec « Oracular spectacular » leur premier album. La scie « Kids » devenait un tube planétaire et l’album un bel exemple de pop moderne réussie. Le second album « Congratulations » bien qu’ayant eu moins de succès est le vrai grand album de MGMT. Supérieur en tous points à son prédécesseur multiplatiné, ce deuxième album confirmait l’immense talent du duo avec une pop inventive et ambitieuse. Avec « MGMT » en 2013, le groupe expérimentait et livrait un album que je trouve passionnant mais beaucoup plus difficile d’accès. Évidemment le grand public ne s’y est pas reconnu. Voici aujourd’hui « Little dark age », 4ème album très attendu dont il était impossible, et c’est tant mieux, de prévoir à quoi il pourrait ressembler.

Après une première écoute, une chose est certaine: l’époque des tubes pour adolescents est terminée, définitivement. Pas de retour en arrière pour MGMT si ce n’est vers une évidence mélodique qui faisait défaut au 3ème album. La triplette placée en introduction est quasi parfaite, les années 80 en influence évidente, pour des titres pourtant très différents les uns des autres.

On commence par le radieux « She works out too much », miracle de synthé pop, qui accueille Ariel Pink aux choeurs et aux claviers. Ces derniers dominent le titre et semblent pleuvoir en vrilles, comme le sifflement de bombes qui n’exploseraient jamais. Les choeurs se superposent et un sax ensoleillé vient éclairer le tout. Très produit, le titre ne semble pourtant jamais artificiel et diffuse sa chaleur estivale. Juste derrière, le magnifique « Little dark age » réveille le fantôme de The Cure et refroidit donc quelque peu l’atmosphère. La mélodie est sublime et sa mélancolie touche au coeur. Peut-être le meilleur titre de l’album quoique la concurrence de « When you die » qui le suit est rude. Single improbable et pourtant imparable, le titre marie la mélancolie de la new wave des 80’s avec une légèreté miraculeuse. MGMT se permet de briser la mélodie par un roulement qui enfle, enfle jusqu’à se briser pour que la chanson reparte encore plus haut puis de changer d’atmosphère en plein milieu sans jamais rompre la cohérence de l’ensemble. La basse caoutchouteuse assure, les guitares sont fragiles. MGMT se renouvelle tout en gardant son caractère, proposant une pop complexe, certes influencées par les 80’s, mais pourtant moderne. Le single « Me and Michael » me convainc moins. Si le refrain reste en tête, c’est plutôt par effraction, parce qu’on n’arrive pas à s’en débarrasser, comme « Kids » à l’époque. Le titre souffre de la comparaison avec les 3 premiers par sa mélodie plus facile, son clinquant trop visible, et pourtant, au fil des écoutes, on se surprend à le trouver finalement pas si mal, et même plutôt accrocheur.

Les percussions de « TSLAMP » démarrent le second disque pour un titre mid tempo, tout en brisures,  qui emballe par son refrain lumineux et mélancolique à la fois.  « James » joue sur le contraste entre la voix sombre et grave et des arrangements d’une clarté totale, en particulier des notes cristallines de piano. Le morceau, sans prétention, fonctionne à merveille. Mais l’album monte de deux crans avec le quasi instrumental « Days that got away » qui débute sur des rythmes électroniques complexes et des nappes de claviers cotonneuses avant que des percussions et des guitares l’emmènent ailleurs, comme un survol au ralenti d’un paysage à la fois familier et inquiétant. Changement radical avec « One thing left to try ». On se croirait presque dans le « 1999 » de Prince avec cette batterie clinquante et ses synthés millésimés 80’s. Le morceau est une réussite totale, réussissant à mêler une construction complexe avec des trouvailles mélodiques immédiatement accrocheuses. J’adore « When you’re small » qui le suit. Cette balade quasi folk, très dépouillée, d’une beauté sombre, constitue un des sommets de l’album. Quelques bidouillages électroniques discrets habillent la chanson avant un break instrumental majestueux et un final qui l’est tout autant. Il ne reste plus qu’à « Hand it over » de clore en douceur l’album, parfaite en chanson d’au-revoir, avec ses choeurs très sixties qui ne sont pas sans rappeler les Beach Boys.

« Little dark age » est une réussite incontestable, un retour aux affaires parfaitement négocié. L’album se bonifie à chaque écoute, laissant apparaître petit à petit sa complexité derrière une superficialité qui n’est qu’apparente. On le sait maintenant, MGMT n’aura pas été qu’un feu de paille et nul doute que le groupe nous réserve encore de surprenants voyages.

À écouter: Little dark age – When you die – When you’re small

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Franz Ferdinand – Always ascending – 2018

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Après « Right thoughts, right words, right action » un très bon album et une heureuse cohabitation avec les Sparks, on était en droit d’attendre un bon retour aux affaires de FF. Le groupe qui depuis 15 ans, tient dignement son rang avec un rock anglais classique mais toujours énergique.

Voici donc « Always ascending » qui va permettre de vérifier si FF est en effet toujours au niveau après plus de 15 ans de bons et loyaux services.

« Always ascending », le titre,  débute par une intro au clavier, des nappes ascensionnelles une voix calme et apaisée avant un vrai départ. Le groupe opère sa mue électro, comme tout le monde, pour un single honnête sans plus. Les claviers ont pris le pas sur les guitares. Pourquoi pas mais Il y a beaucoup plus d’inventivité et d’énergie chez Hot Chip par exemple et malgré les guitares funk le titre a bien du mal à atteindre son objectif, toucher la tête et les jambes et ne se départ pas d’un certain labeur trop visible. « Lazy boy » quant à lui, débute sur une basse élastique accompagnée de claviers dont on sait qu’ils seront omniprésents sur l’album. Comme pour le titre précédent on saisit l’intention mais le groupe peine à emballer, par l’énergie dont il faisait jadis preuve. L’emballage est acceptable mais le tout manque de saveur. Même constat pour « Paper cages », qui manque cruellement de peps comme si quelqu’un avait ralenti la vitesse de rotation du disque. Est-ce une utilisation finalement assez conventionnelle de l’électro ou un manque d’énergie? Toujours est-il que le morceau, sans être mauvais, est aux antipodes du FF que l’on a connu, capable d’emballer un public entier, et finit par ennuyer. « Finally » malgré son refrain, ne parvient toujours pas à sortir l’album de cet état de fatigue générale, de cette torpeur pépère. On attend toujours le titre qui va nous sauter à la gueule par son évidence. Ici tout est contrôlé, mesuré. On reconnait FF mais sans la fougue qui a fait leur succès. C’est finalement, étonnamment « The Academy award » qui termine la face A qui emporte le morceau. Étonnamment car il s’agit d’une chanson mid tempo, mais où les arrangements de cordes fonctionnent à merveille pour soutenir Alex Kapranos qui fait son crooner en particulier sur un refrain convaincant.

« Lois Lane » en début de face B maintient le niveau grâce à son rythme sautillant, sa basse caoutchouteuse et un refrain où les claviers font (encore) la loi. Ce n’est pas la chanson de l’année mais par rapport à ce qu’on a entendu depuis le début du disque… Eclaircie de courtes durée car avec « Huck and Jim » c’est le plus mauvais titre de l’album qui se profile. Ça patauge dans la soupe à grands coups de roulements lourdingues et de grosses guitares pas finaudes. Même Alex Kapranos s’essaye à une espèce de rap. Mauvaise idée. Passons vite. Heureusement « Glimpse of love » relève le niveau avec ses changements de rythmes, ses claviers tournoyants et son emphase assumée. Le titre emporte l’auditeur dans sa cavalcade même si jamais on ne risque la sortie de route. Mais comme tout vient à point à qui sait attendre, on est enfin récompensé avec LE titre du disque, haut la main. « Feel the love go » est une impeccable pop song. Après les bourdonnements sourds des claviers de l’intro, le titre accélère progressivement avant d’éclater dans du FF pur jus dans l’esprit et l’énergie. Les claviers dominent toujours mais l’alchimie ici fonctionne, la mélodie s’imprime et on tape du pied sans s’en rendre compte pendant un refrain radieux. Même le solo de saxo passe à l’aise c’est dire.

Passons poliment sur »Slow don’t kill me slow » qui termine l’album, sitôt entendue, sitôt oubliée.

« Always ascending » peine donc à convaincre mais surtout, et pour la première fois, FF ressemble à un groupe un peu dépassé qui tente de suivre le mouvement en injectant dans sa musique des sons électroniques. Mais la sauce a du mal à prendre. Coup de fatigue ou début de la fin?

À entendre: Always ascending – feel the love go – Lazy boy

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