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Roger Waters – Is this the life we really want? – 2017

Roger Waters – Is this the life we really want? – 2017

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Groupe majeur, Pink Floyd aura marqué plusieurs générations et « The wall » est le grand oeuvre de Roger Waters, un des membres les plus créatifs du groupe à l’époque.  Pour son 4ème album solo en plus de 30 ans, aucun des précédents n’ayant laissé une trace impérissable, il était intéressant de voir si la collaboration avec Nigel Godricht pouvait être fructueuse. « Is this the Life we really want? » implique une autre question: « Est-ce le disque que nous voulions vraiment? ».

 Dès la première écoute de l’album, une chose est certaine, tous les tics (bruit d’horloge, voix en échos multiples, collage d’émissions radio, bruitages..) sont présents comme si rien ne s’était passé depuis, comme si Waters était resté sourd, dans sa tour d’ivoire, aux myriades d’expérimentations sonores ayant eut lieu depuis.

« Déjà vu » porte bien son nom. Un morceau qui pourrait être sorti droit de « The final cut » de 1983, dernier album du Floyd déjà mort, étouffé par un Waters mégalo. Guitare acoustique, voix reconnaissable entre mille. Le titre en serait d’ailleurs un des meilleurs moments tant « The final cut » souffre de sa platitude et d’une production boursouflée. Les cordes amenées par un Godricht nostalgique éclairent un titre qui ne peut s’empêcher une certaine emphase, dont Waters, jamais, ne s’est départi. Waters fait du Waters, sans surprise, sans génie … qui a dit sans intérêt? Où est le frisson de « Wish you were here »? Où est la grâce the « Dark side of the moon »? Très loin.

« The last refugee » poursuit dans la même veine. Ce n’est même pas mauvais, juste sans saveur. Juste vite ennuyeux.

C’est vers « Animals » que lorgne nettement « Picture that ». Les mêmes claviers, la même pulsation en particulier que certaines parties de « Sheep » mais sans inspiration, sans l’incroyable fascination que procure le modèle. Vous aimiez le Pink Floyd de la deuxième partie des 70’s, en voici un ersatz, une copie qui en possède tous les signes distinctifs, sans jamais dépasser la copie d’un élève travailleur mais laborieux, respectant les consignes sans jamais atteindre l’excellence, stagnant dans le ventre mou et anonyme.

Les morceaux défilent, on écoute par respect, pour tous les bonheurs passés, mais on sait déjà qu’on n’y reviendra pas souvent. Finalement Waters est resté prisonnier de son propre mur, auto satisfait incapable de susciter aujourd’hui les émotions d’avant. Et pourtant « The wall », s’il est le meilleur disque de Waters, souffre déjà de la comparaison avec les Floyd précédents. Il contient en germes tous ce que Waters ressasse depuis, tournant en rond sur lui-même. Même la production de Godricht, (trop) respectueuse, sobre et (trop) sage ne sauve pas l’ensemble. Tout juste le sauve-t-il du naufrage. Waters aurait besoin d’être bousculé, remis en cause mais est-il prêt à l’accepter? A-t-il renoncé?

Pourtant, « Bird in a gale » nous fait lever une paupière. L’habillage est toujours le même mais le titre, se démarque par son ambition, des précédents. Il parvient, surtout dans sa deuxième partie, Pink Floydienne en diable, à faire enfin décoller l’album. Les arrangements sont à la fois sous influence et plutôt réussis, parvenant à propulser le titre dans un espace quasi spatio-onirique, avec des claviers encore venus droit d’ »Animals ».

Un peu plus loin « Smell the roses » ne démarre pas trop mal. On l’a déjà entendue en mieux mais on on se contente de peu sur ce disque. Les horloges y tictaquent, les chiens y aboient et Jonathan Wilson, guitariste occasionnel, jouent à la Gilmour. Les choeurs féminins y sont assommants mais comme on les entend moins que par le passé, on s’en plaint pas.

Les trois derniers titres, « Wait for her/Oceans apart/ Part of me died »  en fait le même à peine décliné trois fois, closent l’album sur un ennuyeux remake de « The final cut ». Il ne se passe rien, on ne retient rien.

Il y a finalement  beaucoup plus d’intérêt dans un « Endless river » modeste mais digne, sortie estimable pour un Pink Floyd détendu que dans ce long disque peu inspiré, dans lequel jamais Waters ne s’écarte de chemins ultra balisés, figés, sourd à tous les nouveaux sons, qu’il a pourtant jadis tellement contribué à développer. Que reste-t-il à cet album que son pouvoir nostalgique? Waters ne bouge plus, ne bougera plus sans doute. Il continue, de la même façon, à crier contre cette société qui lui déplait tant. Emmuré vivant. On ne lui en veut pas.

À écouter:  Déjà vu – Smell the roses – Picture that

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The Horrors – V – 2017

The Horrors – V – 2017

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The Horrors est un groupe en perpétuelle évolution depuis des débuts très sombres, lorgnant du côté de Joy Division sur des guitares maltraitées à la My Bloody Valentine jusqu’à des productions plus léchées et l’introduction de sons électroniques sur le dernier « Luminous » Toujours passionnants et surprenants, gardant une capacité à suggérer le malaise, à bousculer l’auditeur, les anglais sont un des grands groupes de ces dix dernières années. La rencontre avec Paul Epsworth, responsable des pires productions du moment (U2, Adèle, Florence and the Machine) avait de quoi faire peur car confronter des univers si opposés pouvait faire doute de l’issue du mariage. Miraculeusement, l’alliage fonctionne souvent sur « V »  cet album à la pochette affreuse, cultivant le goût du groupe pour le bizarre mais l’entrainant aussi vers des directions nouvelles et passionnantes.

Tout commence par « Hologram », incroyable chanson à étages. Le rythme imposant et martial cogne sur un tapis de sons électroniques qui grincent, bourdonnent, puis élèvent le titre vers les cieux. Les guitares sont inquiétantes, la basse suggère un malaise sous jacent, issu de ténèbres inconnues. La voix de Faris Badwan si atypique porte le titre jusqu’à un final électronique absolument fabuleux que des guitares torturées viennent lézarder de l’intérieur. Le morceau s’achève sur une plage inconnue et étrange. Extraordinaire entrée en matière. « Press enter to exit » ensuite, convoquent des guitares presque funk pour un titre beaucoup plus pop que le précédent toujours assis sur une rythmique  imposante. La voix se fait douce et les nappes de synthés dominent. Cependant je suis plus circonspect sur un refrain qui a tendance à enfler un peu trop mais ce serait chercher la petite bête. Le titre s’achève curieusement dans une ambiance dub sur fond d’échos électroniques. Avec « Machine » c’est du côté de Depeche Mode que lorgne The Horrors. Des  beats lourds, presque industriels placent l’album sur orbite pour un titre sombre et urbain. La machine est implacable. Mais la suite sera encore meilleure. Tout d’abord avec « Ghost » et sa sublime intro vaporeuse sur un rythme lent. Des grincements plaintifs, des bourdonnements mélancoliques créent une ambiance étrange comme la respiration d’un monstre endormi. La voix filtrée s’intègre parfaitement. La chanson monte en intensité avant d’exploser dans une myriades de cascades électroniques. Pas de répit avec « Point of no reply » qui marque une accélération, la basse est ronde et chaude, le rythme métronomique et le morceau exceptionnel,  d’une ampleur à la mélodie imparable. On est en suspens le temps d’un moment de flottement en nappes superposées avant que la chanson finisse en apothéose sonique. Le premier disque est achevé et on est stupéfait de sa richesse.

Dans « Weighed down » les cordes de l’intro préparent le terrain à une batterie massive. La noirceur prime encore mais toujours compensée par des nappes et une voix qui s’envolent. Un équilibre subtil. La fin convoque les fantômes My Bloody Valentine. Le  titre est plus difficile à apprivoiser cependant, un poil gonflé par une production très présente. Mais « Gathering » va réduire à néant toute velléités de contestation. De surprenantes guitares folk enchantent une intro parfaite d’une légèreté inédite sur l’album. Le titre est somptueux, la classe à l’état pur. La voix est est à son sommet, naturelle et décontracté. Refrain fantastique, pont instrumental  phénoménal, tout y est.  On regrette donc que « World below » et ses guitares torturées ne parviennent pas à faire passer un titre trop survitaminé, pollué par une production encore dopée outre mesure. Rare défaut d’un album de haut niveau. Mais les deux derniers titres font basculer définitivement l’album du bon côté. »It’s a good life » débute sur une pulsation électronique, avant que ne s’installe une sublime mélodie d’une évidente beauté, dans le meilleur registre du disque, la mélancolie électronique en apesanteur . Quand la batterie démarre, des claviers tournent et préparent une fin extraordinaire où les guitares trouent la nuit, avant que les cristaux de « Something to remember » lance un titre qui n’est pas s’en rappeler le meilleur Pet Shop Boys, le lyrisme en plus. Fin idéale d’un disque en tous points excellent.

C’est en mariant le meilleur de la noirceur des 80’s avec des sonorités électroniques modernes que The Horrors signe peut-être là son meilleur disque d’une discographie pourtant déjà excellente. Espérons que les quelques excès de graisse de la production ne l’empêchent pas de mal vieillir.

À écouter – Gathering – Point of no reply – Hologram

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The National – Sleep well beast – 2017

The National – Sleep well beast – 2017

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Déjà 10 ans depuis Boxer, le quatrième album qui fut celui de la consécration pour The National, ce groupe situé quelque part entre Interpol, avec qui ils ont démarré, et avec lesquels ils ont en commun une énergie noire et les Tindersticks pour la classe impériale qu’ils dégagent sur scène et dans leurs chansons.Après que Bryce Dessner est parti en escapade avec le grand Sufjan Stevens pour le très réussi « Planétarium », voici donc « Sleep well beast » 7ème album d’un groupe jusque-là quasi irréprochable, à la pochette presque noire, comme si le groupe avait trouvé dans sa musique un abri pour se protéger des ténèbres.

C’est « Nobody else will be there » superbe ballade nocturne qui ouvre les hostilités.  Un piano ample et majestueux sur un rythme minimal et des nappes de claviers lancinantes constituent le socle d’un titre sur lequel la voix toujours aussi magnétique de Matt Berninger fait merveille. Magnifique entrée en matière. Sur « Day I die », National assume son côté emphatique. La chanson devrait être un tube, le genre  de titre que U2 ne sait plus écrire. Sur une rythmique frénétique, des guitares héroïques et un peu casse burnes introduisent une mélodie assez implacable. La tension ne se relâche jamais mais on finira par en avoir vite assez car les ficelles sont un peu grosses. « Walk it back » est d’une autre tenue. Sur quelques pulsations électroniques, la voix vient susurrer une mélodie somptueuse que la batterie souligne sans jamais l’étouffer. Puis quelques arpèges de guitare ajoutent une touche de mélancolie à ce titre sombre et classe. « The system only dreams in total darkness » rappelle Interpol par sa noirceur générale que viennent contrebalancer quelques traits de guitares tranchants. La mélodie est impressionnante et la chanson monte en intensité jusqu’à un solo de guitare imparable. Certainement le morceau le plus évident et tube en puissance.On s’ennuie tout de même ferme sur l’anodin « Born to beg ». Rien ne vient titiller l’oreille, le titre passe inaperçu. Et si très rock « Turtleleneck » a le mérite de réveiller l’auditeur ce n’est pas par sa subtilité ni son originalité. La mélodie assez banale, semble noyée sous des guitares trop bavardes pour avoir quelque chose à dire. L’album prend un peu l’eau en son milieu. « Empire line » relève quelque peu la tête avec ses boucles électroniques discrètes mais ne se dépare pas d’une certaine monotonie, d’une dramatisation potentielle qui ne verra jamais le jour même si la fin du morceau est d’assez belle facture. On ne peut s’empêcher de se dire que tout ça surprend bien peu. Heureusement « I’ll still destroy you » ramène l’album vers les sommets. Sur des boucles électroniques, le titre débute de façon sidérante. La mélodie fait mouche. Puis la batterie entre en piste et fait monter l’intensité. Un break assis sur des nappes de clavier ralentit la chanson avant une dernière partie fantastique. Les claviers poussent, la batterie s’affole et des cordes puissantes   achèvent ce qui est sans doute le meilleur titre du disque jusque là. « Guilty party » qui suit est de facture classique mais le titre parvient à éveiller l’intérêt par sa mélancolie tranquille et apaisée. Le savoir-faire du groupe est tout de même phénoménal qui sait maîtriser la tension d’un titre sans céder à l’emphase. Le piano débute la sublime « Carin at the liquor store » qui pourrait prétendre à une place sur les meilleurs REM. Cette ballade triste et lumineuse à la fois apporte ce qui manque à l’album: de l’émotion, de la simplicité. La chanson n’a besoin d’aucun oripeau, sa beauté classique se suffit à elle-même. « Dark side of the gym » poursuit dans la même veine sans atteindre cependant les hauteurs de son prédécesseur. Il faut cependant reconnaître la capacité du groupe à écrire des ballades irréprochables, à la structure certes classique, mais difficiles à prendre en défaut. Il faut attendre le dernier titre « Sleep well beast » pour trouver une véritable prise de risque. Beaucoup plus expérimental, truffé de bruits étranges et liquides, de trouées de claviers qui confèrent à la chanson une atmosphère à la fois étrange et aérienne, il constitue une vraie réussite et , enfin, une vraie surprise. Peut-être un peu long, il gagne cependant à vieillir et ouvre de nouvelles perspectives pour le groupe.

Le disque n’arrive pas à m’enthousiasmer sur sa durée mais ses sommets restent suffisamment passionnants et l’altitude moyenne élevée, de par la maîtrise du groupe et des titres qui recèlent tous un intérêt, même si de façons inégales. « Sleep well beast » est peut-être une transition vers des prises de risques artistiques, car aujourd’hui The National a déjà prouvé qu’ils savaient torcher un bon disque, jamais racoleur et avec assez de classe pour tempérer les réserves. Il leur reste à produire le chef d’oeuvre de la maturité et ils en sont capables.

En écoute : The system only dreams in total darkness – I’ll still destroy you – Carin at the liquor store

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U2 – Songs of experience – 2017

 

U2 – Songs of experience – 2017

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On ne va pas y aller par 4 chemins, soyons clairs, U2 n’a plus rien sorti d’intéressant depuis … depuis … « Zooropa » de 1993 et quelques bouts de « Pop » en 1997. Depuis le groupe s’escrime à feindre, mal, qu’il est encore habité par la foi, que sa musique touche les âmes ou autres absurdités de ce genre.  U2 a peut-être surtout touché le fond avec le précédent « Songs of innocence« , titre rarement choisi avec autant de cynisme quand on sait quelle multinationale est devenue le groupe. Mais ce n’est pas le succès durablement planétaire du quatuor qui est en cause, il a surement été mérité, on ne reviendra pas dessus, sauf pour constater le gouffre qui sépare « Joshua tree » par exemple de 1987 avec les albums de ces 20 dernières années. Je les ai tous écoutés, pour voir, pensant à chaque fois retrouver certaines grâces passées. En vain.  Les grands albums de U2 peuvent être classés en deux groupes. Quand les irlandais ont su dompter leur fougue des débuts, contrôler leurs outrances musicales adolescentes, contenir leur authentique lyrisme, pas pour l’éteindre mais au contraire pour l’enrober de tension, de drame, de retenue, et ainsi le sublimer, cela donna « Joshua tree« , l’album claustrophobe des grands espaces américains de 1987. Puis, un peu plus tard, sous la direction du grand Brian Eno, quand ils réussirent à être en prise avec leur temps, prenant tous les risques artistiques au regard de leur notoriété, expérimentant, brisant leur musique comme, quelques années plus tôt le Mur de Berlin avait été effacé, il en résulta les fantastiques « Achtung baby » et « Zooropa » de 1991 et 1993. Aujourd’hui voici donc « Songs of experience  » (là c’est mieux!), avec sa pochette Peace & love revisitée par une boutique chic, jetons-y donc une oreille.

Stupeur!! Passé le premier titre, on le remet au début! Frissons! « Love is all we have left » est sans aucun doute la meilleure chanson de U2 depuis … depuis ….? Dépouillée à l’extrême, Bono n’a pas aussi bien chanté depuis … depuis … bon ok! Sa voix, retenue, toute en douceur, aux intonations aigües caractéristiques puis suave à l’extrême, parfois auto tunée, se balade sur une mélodie somptueuse. Des couches de claviers en accords plaqués assurent l’essentiel des arrangements, dérapent en sifflements contrôlés pendant que des sons basse pulsent par en dessous. On se croirait en 1991 quand « Achtung baby » nous prenait par surprise, U2 semble à nouveau connecté avec son époque et pas en train de jouer aux rockers rebelles à 2 balles.

Mais bon, je vais pas faire durer le suspense. À l’heure où j’écris j’ai écouté l’album en entier, deux fois et un peu plus. En fait il s’arrête pour ainsi dire là. Après 2’41″. Mais 2’41″ de grâce suspendue. C’est cher payé les 2’41″ de bonheur mais il parait qu’il n’a pas de prix.  Parce qu’après…

Après, « Lights of home » veut tutoyer les mystères du bayou mais ne fait que s’engluer dans les marécages, maintenue au fond par son poids, par la pesanteur de ce titre, auquel le gospel final hypertrophié assène le coup de grâce. « You’re the best thing« , n’est jamais que le énième single pour concert géant, entendu 500 fois et qui est devenu la marque de fabrique du U2 d’aujourd’hui. Le refrain sera beuglé en choeur par des milliers de spectateurs dans des grands stades, et c’est sa raison d’être. « Get out your own way » aurait pu n’être pas inintéressant si il n’avait  cet affreux refrain, ces choeurs de kop de supporters. U2 fait du rock où la pyrotechnie a remplacé le feu intérieur. On veut nous faire croire que ça brûle, que c’est dangereux mais en fait c’est un parc d’attractions. « American soul » gagne le pompon de pire chanson entendue depuis pas mal de temps, caricature de mauvais rock gonflé à l’hélium, aux paroles sidérantes de clichés que même un adolescent ardéchois rêvant de rébellion n’oserait pas:

« You are rock and roll
You and I are rock and roll
You are rock and roll
Came here looking for American Soul« 

On respire tout de même un peu avec « Summer of love« , oasis de simplicité dans cette boue et c’est un bol d’oxygène. mais on se contente de peu, la chanson n’est pas non plus un chef d’oeuvre, simplement un titre bien troussé, qui ne la ramène pas, à la ligne de basse inventive, aux guitares discrètes, à la mélodie agréable. Ensuite ce n’est vraiment plus possible. « Red flag Day; The showman; The Little things that give you away; Landlady; The black-out; Love is bigger than anything » ne constituent pas le ventre mou de l’album mais bien le gras du bide (du vide?). Voici, alignées, 6 chansons insipides, sans personnalité, sans âme, candidates pour être le fond sonore d’une de ces boutiques de fringues que l’on retrouve partout dans les grandes villes, toutes identiques. 6 chansons dont il ne reste rien après écoute. Le constat est sans appel. U2 n’est plus qu’une carcasse vide, un cadavre nettoyé de l’intérieur, comme empaillé.

Enfin presque car parfois, on l’a vu avec la première chanson, le coeur bat encore, même si de façon un peu plus assourdie sur « 13(there is a light) » dernier titre de l’album. Car oui, il reste une petite lueur, une flamme capable de produire de l’émotion sur un titre encore dépouillé, sobre, même si la mélodie est parfois plus convenue.

Il est à noter que les 2 très bons titres du disque sont les plus sobres, ceux qui ne comptent que sur eux-même pour exister, débarrassés de graisse, d’ornements laids et de mauvais goût, ne conservant que l’essentiel pour les mettre en valeur. Mais cela les 4 de U2 le savent forcément, ils ne sont pas sourds. Ils savent que leur album est faible, qu’ils doivent dissimuler le vide de leur inspiration derrière du maquillage grossier. Ils savent aussi que ça se voit. Mais il est vrai qu’ils ont une entreprise à gérer. Pourquoi Pas. Mais y prennent-ils encore du plaisir?

À écouter – Love is all we have left – 13 (There is a light) – Summer of love

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Etienne Daho – Blitz – 2017

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D’inquiétantes sirènes retentissent, puis une voix bilingue prononce ces mots: « Il y a une porte dans le désert, ouvre-la. Tu trouveras ici un autre paradis, un autre monde« . Ainsi débute « Blitz« , par le passage dans un autre univers, le 14ème album de l’immense Etienne Daho, celui qui, en plus de 35 ans de carrière a révolutionné à sa façon la pop d’en France, y digérant son amour de la musique anglaise, depuis les premiers Pink Floyd jusqu’aux Jesus and Mary Chain, sans jamais s’y soumettre et faisant sonner sans concession la langue française aussi bien (mieux?) que l’anglais qui règne pourtant sans partage sur le genre. Non Daho n’a aujourd’hui, à 61 ans, plus rien à prouver. Et pourtant il reste, physiquement et surtout artistiquement bien plus jeune que bien des jeunes déjà vieux parmi nos chanteurs, suivez mon regard. Et il possède ce plus, cette indicible classe qui lui fait transformer en or tout ce qu’il touche, se permettant même, sur une pochette trouble, d’apparaître tel un Marlon Brando mâtiné de Pierre et Gilles.

Alors « Blitz » est-il une bombe ou un pétard mouillé.? Daho a le goût sûr, une culture pop solide et sa maîtrise quasi totale de son art sont à l’origine d’une discographie sans faute. « Blitz« , non seulement ne déroge pas à la règle, mais se situe parmi les pics de sa production. Depuis « Les chansons de l’innocence« , le son s’est fait plus rock. Le disque, très produit, rappelle certains albums des Jesus and Mary Chain, quand les voix des frères Reid, se fondaient dans une brume de guitares sans que jamais, elles ne s’y perdent. Car Daho a trop l’amour des mots et de leurs sons pour les diluer dans un magma sonore. Les guitares sont donc très présentes, mais jamais envahissantes. Elles grondent, elles vrillent, se superposent et forment un écrin parfait pour le chant désormais hyper maîtrisé. Il suffit d’écouter « Les filles du canyon« , titre introductif, pour s’en persuader, cavalcade de western nocturne et fantastique, où de mystérieuses furies  féminines « pourfendent la nuit« , semant la désolation sur leur passage. Dans ce cauchemar éveillé, cinématographique au possible, Daho se hisse au niveau du meilleur de la pop anglaise. L’album démarre fort et ne faiblira quasiment jamais. L’autre motif récurrent est le psychédélisme qui apparait sous différentes formes tout au long du disque, depuis la fumée de la pochette jusqu’aux arrangements, guitares et orgue en tête venus droit des 60′s,  en passant par les thèmes abordés. . On ne compte plus les références aux dérives intérieures ou états seconds, ce sont les:   »célestes vapeurs; esprit ailleurs, flou; insomnie, quaalude, narcolepsie, contorsions cosmiques; poudre blanche, artificielles orgies; … » et bien d’autres qui confirment l’attrait de Daho pour cette musique et en particulier celle de Syd Barrett, premier cerveau des Pink Floyd. Psychédélisme omniprésent donc mais jamais mis en vitrine, simplement comme une composante, une influence parfaitement digérée et mise au service des chansons.

De ces douze chansons de « Blitz« , à peu près rien à jeter. Je suis cependant un peu moins client de « Voodoo voodoo« , de son ambiance rituel nocturne sur mélodie assez banale ainsi que de « Deep end » en duo avec Jade Vincent trop ouvertement estampillé psychédélisme sixties. Ces deux titres aux ambiances voisines, trainent un peu la patte, semblent laborieuses au regard du reste du disque, exceptionnel de qualité. En effet, on ne peut être qu’impressionnés devant cette inspiration sans failles, ces mélodies subtiles, ces arrangements à la classe internationale. Après « Les filles du canyon » déjà citée, « Chambre 29 » place le curseur très haut, pour un titre « chaud et léger » qui s’insinue petit à petit dans l’esprit pour ne plus en sortir, avec ses paroles mystérieuses qui sonnent comme jamais, jusqu’aux choeurs et claviers qui la maintiennent en apesanteur. « Le jardin » accélère le tempo et tape dans le mille: mélodie imparable, hyper accrocheuse, claps, riffs légers. En un mot: tube dans le plus pur Daho style, jardin aux vertus curatives, allégeant les peines et les soucis. « Les baisers rouges » commence par quelques accords dissonants avant qu’une basse liquide nous emmène sur une mer d’un calme absolu, d’une sérénité totale, « toutes voiles ouvertes avant garde » comme un manifeste en figure de proue. Mais on n’est pas revenu de ses joies car « Les cordages de la nuit » est un must et un nouveau tube célébrant la double appartenance franco anglaise de l’artiste. Si un orgue supporte les couplets, ce sont les guitares qui portent un refrain parfait où « le vent nous emporte, les esprits nous escortent » et les mots sonnent à la perfection. On connaissait déjà « Les flocons de l’été » peut-être un tantinet moins aventureux que les précédents titres du disque, dans lequel Daho laboure un terrain déjà connu, celui de la ballade sucrée qu’il sait rendre douce, légère comme du cristal. Mais c’est pour préparer un nouveau sommet avec « L’étincelle« , chef d’oeuvre ample et monumental dans lequel Daho chante de manière parfaite, les infidèles qui dissimulent dans la nuit leurs passions interdites. On ne voit pas qui aujourd’hui en France, peut produire une telle chanson, faite de vagues lentes, de montées de claviers d’une mélancolie absolue. C’est somptueux, du grand art. Ce sont à nouveau tous les plaisirs interdits qui sont célébrés dans « Hôtel des infidèles » aux arrangements de cordes classieux pour le plus gainsbourgien des titres de l’album. Les deux derniers titres vont achever toute velléité de résistance. « Après le blitz » où son introduction trompeuse va laisser place à la tension d’une batterie pilonnant sans relâche mais « régresse l’ombre quand le glaive est battu par l’esprit » chante Daho dans une atmosphère de fin du monde où les guitares en furie partent en vrilles. Il ne reste plus qu’à conclure. C’est chose faite avec « Nocturne« , une des plus belles chansons entendues depuis longtemps, digne du meilleur Léonard Cohen, épurée, rythmée par quelques cymbales discrètes et des pulsations de claviers.

L’annonce du début n’était pas trompeuse, c’est bien un autre paradis que ce « Blitz« . Mais ce n’est pas la fin du parcours, les derniers mots de « Nocturne » le disent: « Nous allons voyager, légers » avec et sans virgule. À ce niveau de qualité, au sommet de la pop, on n’a effectivement pas besoin de s’encombrer ni le corps, ni l’esprit.

À écouter – Les flocons de l’été -

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Baxter Dury – Prince of tears

Baxter Dury – Prince of tears – 2017

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Sur la pochette de l’album, Baxter Dury semble en bien mauvaise posture, perdu au milieu du désert, en train d’escalader une dune de sable. Mais si l’on retourne l’objet, c’est pour le voir les 4 fers en l’air, battant des jambes, la tête enfoncée dans le sable. On mesure alors l’auto dérision du personnage, l’humour dont il est capable. Pourtant quand on est le fils de l’auteur de « Sex, drugs and rock’n'roll« , quand ses quatre précédents albums, dont l’excellent « It’s a pleasure » de 2014, ont été unanimement salués par la critique,  on pourrait avoir tendance à se prendre au sérieux. Que nenni. Ce n’est donc pas avec ce nouveau « Prince of tears » que Baxter fils de Ian va commencer à se prendre la tête. Cependant, cet album semble beaucoup plus triste que le précédent.

En termes de mise en son, « Prince of tears » fait dans la simplicité et la sobriété sans jamais être dans la sécheresse. On remarque dès « Miami« , le premier titre, une énorme basse chaude et ronde qui sera présente sur tous les morceaux, la batterie simple et imperturbable, une guitare incisive mais jamais bavarde, des arrangements de cordes classes et soyeux, des nappes de claviers qui ne la ramènent pas et les voix, celle de Baxter Dury, en dandy décontracté, alternant le talk-over et un chant désabusé, et celles de Madeleine Hart et Rose Dougall omniprésentes, transformant de fait presque toutes les chansons en duos. C’est d’ailleurs Madelaine que l’on entend en premier sur l’album dans « Miami » donc, ouverture à la fois mélancolique et dilettante, charriant le soleil, le clinquant et l’ordure sous-jacente. Porté par une énorme basse répétitive comme dans un morceau disco tétanisé, une batterie métronomique et un motif de clavier, le titre accueille le chant parlé de Baxter Dury, M. Hart se chargeant des refrains. Viendront plus tard quelques nappes de claviers et de cordes. Le titre est imparable, à la limite d’un je m’en foutisme hyper classe et ironique. « Porcelain » est encore mieux, toujours basé sur une énorme basse , quelques traits de guitares, des notes de piano limpides, véritable écrin pour les voix féminines qui y ont la part belle. La profonde mélancolie de ce titre magnifique est rehaussée par des orchestrations de cordes amples et des claviers quasi spatiaux. Comment pleurer en apesanteur?   »Mungo » redonne quelques couleurs au disque mais le tempo plus rapide ne peut cacher très longtemps la tristesse. On retrouve ce son qui fait la marque de l’album et l’alternance des voix masculine et féminine. Le morceau conclut en beauté une triplette d’ouverture très réussie. Du coup « Listen » qui suit directement fait un peu pâle figure, non que le titre, assez sautillant, soit mauvais mais il semble plus anecdotique. Heureusement « Almond milk » conclut de la plus belle des façons la face A et me rappelle de façon insistante l’album « Feline » des Stranglers de 1982, pour la basse, pour le talk-over de cette voix grave, pour les claviers. Ce dernier étant un de mes disques chéris, inutile de dire que j’adhère.

« Letter bomb » qui ouvre la face A est une pochade, un truc pour déconner, on attendrait presque un éclat de rire à la fin. Faut bien se détendre. Passons. Etant un des rares morceaux sans voix de femmes, « Oi » est un titre bien décharné, sans orchestrations de cordes non plus, laissant bien seul le pauvre Baxter et son talk-over. Un morceau loin d’être inoubliable il faut bien le dire. Il faut attendre « August » pour que cette face prenne enfin de l’ampleur. Le titre renoue avec les réussites de la face A et avec les choix d’arrangements qui y ont été opérés. On se laisse porter par le balancement de cette déambulation, par le détachement du chant, la douce tristesse de l’ensemble même quand sur la fin, les claviers perdent un peu la boule. « Wanna » qui suit est une belle ballade tranquille qui sent la fin de soirée, les verres renversés et les lumières qui se rallument sur la salle désormais vide. « Prince of tears » fait entendre des guitares qu’on jurerait sorties de « Melody Nelson« . « Everybody loves to say goodbye » chante Madeleine Hart, « I’m the prince of tears » lui répond Baxter, superbe de chagrin magnifié par les violons. On comprend maintenant pourquoi ce disque est si triste!

Si l’album n’a pas la flamboyance de certains de ses disques passés, ni l’énergie du précédent, force est de constater que Baxter Dury a su transformer sa tristesse insondable en un album inégal mais troué de grandes réussites dans le registre d’une pop jamais plaintive, jamais pénible. En outre le détachement sied au personnage, classe même dans la peine. Baxter pépère?

À écouter: Miami – Porcelain – August

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Beck – Colors

Beck – Colors – 2017

Colors

 

Je me pince, je vais même jusqu’à me gifler à l’écoute du nouvel album de Beck. Il faut en effet absolument que j’en aie la certitude: suis-je éveillé ou dors-je? AÏE! Non je ne rêve pas! «Colors » donc. Des couleurs il y en a en effet, sur la pochette, dans les clips des titres de l’album, partout, en à plats vifs, même le vinyle est jaune. C’est dire si le concept est bien décliné!

Des couleurs on en trouve également tout au long des 10 titres de « Colors », le problème c’est que le jaune est jaunisse, le rouge vulgaire, que tout est clinquant, de mauvais goût, selon mes conceptions du bon goût s’entend!

Beck, depuis plus de 20 ans, nous a habitués à être là où on ne l’attendait pas, il suffit pour cela de parcourir sa discographie: pop, rock, folk, funk tout y est passé avec suffisamment de bonheur même si j’avoue avoir suivi ses travaux d’assez loin depuis « Midnite vultures » en 1999. Les couleurs étaient d’ailleurs déjà au premier plan sur cet album mais à l’époque Beck en avait fait un album de funk jouissif et inspiré. Ça giclait de partout, moite à souhait pour chauffer les pistes de danse. On en est loin avec ce « Colors » nouveau. Comment expliquer cette collection de titres emballés pour les stades, taillées pour les pires radios FM, ces chansons-produits sans âmes, aux rythmiques massues, aux choeurs façon « WOOOOO – OOOOH! » qu’on jurerait tout droit sortis du kop des Ultras, aux guitares tapageuses, aux refrains beuglés tous en-sem-ble TOUS EN-SEM-BLE??? Et qu’est-il arrivé à la voix de Beck? Qui a eu l’idée de ces effets indigestes, de cette réverbération affreuse?? Beck est-il devenu sourd? Je me perds en conjectures et pourtant l’évidence est là. Le disque est manifestement produit pour cartonner et il a des chances d’atteindre son but mais à quel prix!

Si encore, malgré l’emballage on pouvait déceler ça et là quelques compositions acceptables, d’où émergent derrière le gros son un peu d’émotion mais on est bien en peine d’y parvenir. Alors il faut se contenter de peu de choses, parce qu’il faut bien positiver un peu. Dans ce marasme, sauvons la courte intro de « Dear life » dont le piano sautille, la rythmique resserrée de « No distraction » et encore c’est pour être gentil et … et … et c’est tout en fait. Non désolé ce disque est affreux, insupportable. Toutes les chansons sont produites de la même façon mais on atteint des sommets de laideur sur « I’m so free » bouse intersidérale à laquelle il faut décerner le prix du pire refrain entendu depuis bien longtemps. On atteint également les cimes de la daubitude avec le single « Dreams » et ses « Oooohh oooh oooh «  infects. Même LA ballade du disque « Fix me » est d’une insipidité absolue et donne envie de pleurer … de consternation.

Alors puisqu’il faut trouver un bouc émissaire à ce naufrage volontaire, outre Beck, c’est en lisant les notes de pochettes que l’on trouve le nom du corresponsable, car ils s’y sont mis à deux pour pondre cette horreur. Allez je balance mon porc moi aussi, il a pour nom Greg Kurstin. Et c’est un dangereux producteur récidiviste car responsable ces derniers temps des sons entre autres de Foster The People (hum!), de Sia (aïe!), de Kylie Minogue (ouille!), de Shakira (Ouch!), d’Adèle (Bim!), de Katy Perry (AAARGH!), de Pink (Je meurs!) !! Eh ben voilà mon petit Beck, ça t’apprendra à fréquenter des cochons qui salopent tout, les couleurs c’est joli parfois mais pas quand on colorie avec son groin!

À écouter: Dear life – Dreams – I’m so free

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St Vincent – Masseduction

St Vincent – Masseduction – 2017

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« Masseduction » ou bien « Masses séduction » ou encore « Ma séduction »?? Certainement tout ça à la fois sur le nouvel album d’Annie Clark alias St Vincent. D’ailleurs la pochette réussit le tour de force d’être à la fois du plus grand mauvais goût, certainement dans le but d’attirer le regard du plus grand nombre, tout en étant, il faut bien le reconnaître, aussi brûlante et troublante que le rouge vif dominant. Il en va de même du contenu, concentré hyper actuel de rock à guitares trafiquées, d’électro pop, de new wave, jouant sur les contrastes tout au long de 13 morceaux sans fioritures, aux mélodies hyper efficaces et inspirées. Cet album sans concession aucune pourrait bien parvenir pourtant à son objectif: séduire les masses.

Pas besoin d’artifices pour faire tenir debout « Hang on me » qui ouvre l’album. Les leçons du maître Prince ont été ici merveilleusement retenues. Sur une boite à rythme décharnée, quelques arrangements discrets tissent un cocon dans lequel la voix d’Annie Clark fait des merveilles. Car ce disque sera celui d’une chanteuse au meilleur de sa forme, capable de passer d’intonations à la Kate Bush à la rugosité de Chrissie Hynde sans coup férir, d’affoler les pistes de danse comme de susurrer une ballade fragile et touchante. « Pills » débute comme une comptine de film d’horreur, une ritournelle répétitive avant de se transformer en grande chanson pop qu’Annie s’offre le luxe de briser au beau milieu avant une fin lyrique, osant même le solo de saxophone. « Masseduction » est un concentré de guitares torturées, trafiquées, striant l’espace de grondements inquiétants tout en restant une chanson pop accessible sur laquelle la voix d’Annie s’envole dans les aigus. « Sugarboy » est une cavalcade électro dérangée taillée pour les pistes de danse juste avant que ne déboule la grande « Los Ageless », immense tube au refrain irrésistible. Sur un mid tempo implacable, la voix se fait se fait caressante, entêtante et remporte la mise haut la main. Il ne reste plus qu’à porter le coup de grâce avec la sublime ballade « Happy birthday Johnny » qui pourrait fonctionner en mode piano/voix tellement la chanson provoque les frissons. La face A s’achève, l’auditeur est KO.

La face B est du même acabit, à l’exception peut-être de « Fear the future », un peu trop artificielle et éprouvante mais le reste vole à haute altitude. Que ce soit avec « Savior », merveilleuse pépite pop, qui n’est pas sans rappeler le dernier Chairlift, en particulier sur le refrain où la voix tournoie, puis avec « New York » superbe chanson d’amour dans laquelle un piano s’écoule jusqu’au refrain relayé par un violon discret. Sur la fière et épique « Young lover », la voix d’Annie atteint des hauteurs insoupçonnées pour laisser ensuite l’album s’achever dans la douceur de deux titres magnifiques. « Slow disco » tout d’abord avec ses arrangements de cordes et sa mélodie automnale, « Smoking section » enfin, empreinte d’une profonde mélancolie, aux arrangements amples et majestueux débarrassés de tout artifice, qui s’achève sur la phrase répétée comme à bout de souffle « It’s not the end ».

Et pourtant si, c’est la fin, mais je sais que je remettrai souvent le disque au début car, comme les bons vins, gageons que cet album se bonifiera encore en vieillissant.

A écouter: Los Ageless – New York – Pills

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LCD SOUNDSYSTEM – American dream

LCD SOUNDSYSTEM – American dream – 2017

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6 ans après avoir fait ses adieux, James Murphy et son mythique LCD Soundsystem reviennent avec leur 4ème album « American dream« . Après avoir joué de la batterie sur « Blackstar » de Bowie, il parait que c’est ce dernier qui l’aurait encouragé à remettre le couvert. Quand une de vos idoles si ce n’est l’idole absolue vous donne un conseil, bien difficile de ne pas le suivre. Et pourtant les risques étaient nombreux pour Murphy de ne plus être totalement en phase avec son époque lui qui, depuis 2002, recueille toutes les louanges de la critique et du public pour sa musique aux confins de la dance, du rock et de l’électro. Cet album à la pochette zénithale est-il digne de l’attente, du passé du groupe et de l’annonce tapageuse de son titre, cependant fortement ironique.

« Oh baby » démarre le disque par 30 secondes de cliquetis qu’on jurerait sortis d’une montre à ressort comme s’il fallait de toute urgence rattraper le temps perdu. Puis une boucle électronique se met en place traversée par des notes sombres et sourdes de synthé. Sur ce titre électronique la voix de Murphy se livre en pleine lumière, contrastant par son naturel avec les couches synthétiques empilées. La chanson, ample et belle, dégage une forme de sérénité, de maturité qui ne fait que se renforcer à chaque écoute. « Other voices » qui suit est bien plus frénétique et dansant, sur une basse disco et une guitare élastique, Murphy scande ses mots. On croise très vite des percussions doublées de sonorités quasi orientales. Le titre, bien que globalement réussi, ne suscite aucune surprise, rappelant surtout les Talking Heads de « Remain in light« , qui, à l’époque en 1981, ont fait beaucoup mieux. Mais ne faisons pas la fine bouche, surtout que la suite va atteindre un niveau de qualité inespéré en premier lieu avec le formidable « I used to« . Le tempo est plus lent sur ce morceau où la voix de Murphy se fond dans les nappes de synthés tourbillonnants tandis que la rythmique, imperturbable, tourne et retourne en rond. Grand titre. Mais la suite s’avère encore supérieure avec peut-être le meilleur titre de l’album, l’extraordinaire et ultra Bowiesque « Change yr mind« . Sur ce morceau sombre et barré, Murphy retrouve des atmosphères croisées il y a longtemps sur le « Scary monsters » de Bowie, encore en 1981 tiens! On imagine très bien le Roi David venir poser sa voix sur cette mélodie complexe, lacérée par des traits de guitares quasi dissonants  qui s’appuient sur des rythmes mélangeant percussions et boites à rythmes. Si c’est un hommage, c’est réussi sans être un plagiat. Et on enchaîne avec les 9 minutes de « How do you sleep? » chanté quasiment à bout de souffle sur un tapis de percussions et de boucles électroniques légères avant que la chanson prenne une autre direction lancée par la batterie souple de Murphy. La fin sera fantastique lors d’une ascension tous instruments dehors. Un sacré tour de force et clé de voûte de l’album.

« Tonite » lance le disque 2 de la plus fulgurante des manières pour un tube pop impeccable propulsé par un synthé basse tout ce qu’il y a de plus addictif et sautillant. La voix se ballade au milieu d’arrangements subtils et liquides qui s’affolent et nous rentre dans la tête. Encore un énorme tube avec « Call the police » d’ailleurs lancé en éclaireur avant la sortie de l’album et retour des guitares pour ce qui risque de devenir un hymne en concert. On ne se lasse pas de ce titre presque rock, épique, aux guitares en étendard qui pourrait avoir été sorti par U2 si les irlandais étaient encore inspirés. On monte le son. Après cette montée de sève, il est temps de se reposer avec « American dream« , slow synthétique échappé d’une BO d’un film de David Lynch avec ses longs synthés aigus, sa boite à rythmes de baloches , ses synthés basse pneumatiques et ses choeurs au sirop. La chanson est un miracle d’équilibre entre le sublime et le gnan-gnan: totalement irrésistible donc! « Emotional haircut » envoie la sauce avec ses guitares un peu lourdaudes, sa batterie tout en roulements, ses choeurs scandés comme si on était en 1978. Pas totalement mauvais mais tout de même bien en dessous de l’incroyable série dont on sort juste. On passe pour terminer par « Black screen« , ballade synthétique et nocturne qui rappelle la deuxième face de « Low » (1977), le chef d’oeuvre absolu de Bowie, décidément influence majeure de cet album. La voix, légèrement étouffée, se pose sur ce lit de sons très travaillés. Le titre clôt l’album de la plus classe des façons et s’achève en un long instrumental synthétique, rehaussés de quelques notes de piano. Magnifique.

Alors oui, à la façon de sa pochette, LCD Soundsystem peut regarder vers le haut, avec fierté pour ce retour de haut niveau, d’une maturité totale. Murphy ne cherche pas à « faire jeune », en accord avec ses 47 balais et ses cheveux grisonnants. Mais ces derniers ne sont toujours pas coiffés et , s’il s’inspire du passé, Murphy est toujours en recherche et en cela met la pâtée à bien des jeunots.

À écouter: Call the police – Change yr mind – Tonite

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Grizzly Bear – Painted ruins

Grizzly Bear – Painted ruins – 2017

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Tout commence par un bourdonnement sourd qui s’éclaircit petit à petit, sur lequel la voix limpide d’Ed Droste vient tisser une mélodie complexe. Ainsi débute « Wasted acres« , premier titre du 5ème album de Grizzly Bear, le quatuor américain, après les acclamés « Veckatimest » et « Shields« . Complexe est bien le terme qui résume le mieux ce nouvel album et  les 11 titres qu’il contient. Musicalement, l’atmosphère générale, malgré quelques incursions électroniques, reste très déterminée par les instruments traditionnels nombreux et variés: batterie; basse; guitares; claviers; piano; orgue; clarinette; flute et j’en passe. Il en résulte une richesse voire même une luxuriance sonore jamais emphatique que la voix de Droste se charge d’envelopper au mieux. Une chose est certaine, le disque ne se livre pas de prime abord. Mieux, il faut de nombreuses écoutes successives pour que chaque titre dévoile ses secrets: mélodies complexes (encore!); arrangements subtils et délicats; changements d’ambiances; moments passés tout d’abord inaperçus qui deviennent ensuite des perles d’émotions. Du côté des influences c’est évidemment vers Radiohead qu’il faut se tourner tant le quintet anglais semble inspirer, par sa volonté à atteindre les cimes , les musiciens de Grizzly Bear. Le magnifique « Neighbors » qui ouvre la face 4 en est le reflet le plus évident. C’est un titre qui rappelle par sa construction et l’incroyable émotion qui se dégage du chant de Droste, rien moins que « OK computer« . Comme Radiohead, Grizzly Bear n’hésite pas à donner à sa musique une forme progressive sans les lourdeurs souvent inhérentes au genre.

« Wasted acres » placée en tête d’album est une merveilleuse déambulation nocturne subtilement électro que les pulsations de « Morning sound » viendront réveiller pour le titre le plus enlevé de l’album qui peut prétendre au titre de single par son évidence et son refrain accrocheur. « Four cypresses » et « Three rings » qui suivent sont l’archétype des chansons de Grizzly Bear. Construites comme des morceaux progressifs, aux mélodies bien difficiles à chanter sous la douche, elles ne se révèlent que sur la longueur. On y trouve des moments de grâce mais on ne peut se départir de l’idée qu’un peu plus de simplicité ne leur aurait pas fait de mal. Enfin c’est chercher la petite bête pour autant de classe et d’idées d’arrangements, de mélodies. « Losing all sense » revient d’ailleurs à cette simplicité mélodique, simplicité toute relative on n’est pas chez Christophe Maé non plus!! Comme souvent chez Grizzly Bear, la fin du morceau est assez prodigieuse. Ainsi s’achève le premier disque dont on mesure à la fois la complexité, qui fait qu’on sait qu’il faudra y revenir souvent pour l’apprécier dans sa pleine mesure, mais aussi l’incroyable talent de ce groupe à l’inspiration toujours aussi fertile.

Cependant, soyons honnête, tout réussi que soit ce « Painted ruins« , il n’atteint pas cette grâce qu’a souvent tutoyée Radiohead. Cependant qui peut prétendre à égaler Radiohead aujourd’hui? C’est sur le deuxième disque que l’on trouve les plus grands moments de l’album. La face 3 débute par l’intro prog et un peu pachydermique de « Aquarian » heureusement bien allégée par une batterie aérienne et une mélodie superbe. « Cut out » est un des titres les plus évidents de l’album. Arrangements dépouillés, guitare, choeurs et superbe mélodie qui prendra ensuite un autre tour, une autre couleur comme souvent sur cet album. Ces évolutions fréquentes des chansons qui en font la complexité et la richesse sont aussi la raison pour laquelle elles ne se dévoilent que lentement au fil des écoutes. Les 4 derniers morceaux du disque sont tous somptueux sans réserve. « Glass hillside » qui au détour d’un couplet évoque Steely Dan jusqu’à ce que la batterie se contente de quelques frémissements de cymbales, « Neighbors » déjà évoqué plus haut, l’extraordinaire « Systole » dans laquelle on mesure à quel point Grizzly Bear sait installer une atmosphère avec peu de choses. L’album s’achève avec « Sky took hold » superbe ballade striée de giclées de synthés, hachée de ruptures de rythmes.

Grizzly Bear livre donc avec « Painted ruins » un disque dont on serait bien en peine d’extraire un mauvais titre. Ici le foisonnement d’idées d’arrangements, de mélodies n’est jamais un obstacle au surgissement de l’émotion même si celle-ci se mérite, se cache au détour de ces titres hyper construits. De la belle ouvrage comme on dit!

À écouter: Neighbors – Morning sound – Systole

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Arcade Fire – Everything now

Arcade Fire – Everything now – 2017

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En 4 albums, Arcade Fire est devenu énorme à tous points de vue: succès critique, succès public, concerts intenses, prix tous azimuts et s’est imposé en un peu plus de 10 ans comme un des grands groupes de la décennie sans jamais concéder un seul pouce de terrain créatif aux sirènes de la gloire. Quiconque les a vus sur scène peut témoigner de cette incroyable alchimie qui soude le gang canadien dont le couple Win Butler-Régine Chassagne est le noyau fondateur, de cette énergie qui les possède et qu’ils transmettent à leur public en changeant en permanence d’instruments, en entonnant des choeurs tous ensemble (pas moins de 8 musiciens sur scène). Arcade Fire a donc définitivement marqué la musique pop rock par un style quasi lyrique qui a cependant évolué, et c’est tant mieux, d’album en album. Après l’immense « Reflektor » de 2013, fascinant labyrinthe porté entre autres par l’extraordinaire chanson-titre, et au sein duquel un passionnant virage dance et électronique avait été opéré, même si on peut faire remonter cette évolution à la chanson « Sprawl II » présente sur le 3ème album « The suburbs« , revoilà donc Arcade Fire avec « Eveything now« , leur 5ème livraison, attendue par beaucoup, dont je fais partie, comme le messie.

On a pu s’apercevoir, à travers la campagne de promotion de l’album, à quel point Arcade Fire avait changé de dimension commercialement parlant. L’album est un objet dont la sortie aura été orchestrée comme jamais autour de la sortie du premier single, la chanson-titre, également dévoilée pendant les concerts de l’été. L’objectif de la maison de disque et peut-être du groupe semble clair: réaliser un carton en termes de ventes, toucher le grand public. Au vu du nombre de diffusions quotidiennes du titre à la radio anglaise cet été, on peut légitimement penser que celui-ci a de bonnes chances d’être atteint. D’ailleurs il est intéressant de noter à quel point le titre du disque tient à la fois du slogan publicitaire, d’une formule ironique visant justement les désirs factices générés par la société de consommation et peut-être aussi de cette envie de succès grand public qui, seul, manque désormais au groupe. Les notes de pochette indiquent à quel point tout a été mis en oeuvre pour y parvenir avec la présence à la co production de Thomas Bangalter, moitié de Daft Punk mais aussi de Steve Mackey de Pulp,des interventions de Geoff Barrow de Portishead et même de Daniel Lanois. Alors que vaut vraiment ce 5ème album d’Arcade Fire? Est-il à la hauteur de l’attente générée, de la réputation désormais faite du groupe? Il faut s’y plonger, l’éprouver pour savoir ce qu’il a dans le ventre!

« Everything now » est un album resserré par rapport aux deux précédents: 2 faces, 10 titres puisque le 11ème n’est que la reprise et la continuation du premier. Il faut bien dire tout de suite que musicalement il ne reste plus grand chose de l’Arcade Fire première manière, celui de l’époque des deux premiers albums « Funeral » et « Neon bible« , de ce rock lyrique et intense, tout en étant complexe et sombre. Ici pas de longs titres non plus, on va à l’essentiel sur des arrangements qui risquent d’en surprendre plus d’un, qui font appel aux sons électro, aux rythmes disco, funk et même reggae sans se départir cependant d’une certaine mélancolie, enveloppe sonore d’un discours de plus en plus critique sur la société actuelle. Les fans de la première heure vont renâcler, les puristes vont  s’enfuir à toutes jambes. Mais s’il n’y avait que des puristes, rien, jamais, n’évoluerait. Alors…

Alors le disque s’ouvre sur un embryon de chanson qui sera développé et terminé plus tard, manières d’entrer puis de sortir de l’album par la même porte. « Everything now (continued) » donc et ses nappes synthétiques a pour but de placer sur orbite le single. Il y parvient un peu à  la manière du « Money for nothing« , la vieille râpe de Dire Straits, le son monte, monte puis se coupe brusquement avant le vrai départ. Et c’est parti pour « Everything now » single absolument irrésistible porté par ses 5 notes de pianos, son sample de flute, sa guitare rythmique électro acoustique, des nappes électro et une basse assumant totalement le côté disco et dansant de la chose. La voix de Win Butler et la mélodie apportent le petit plus de mélancolie et l’affaire est emballée. C’est l’archétype du tube qui reste en tête quoi qu’on y fasse, qui fait taper du pied quoi qu’on y fasse, qui fonctionne à coup sûr en concert, comme j’ai pu le constater à Fourvières alors que peu connaissaient encore le morceau, avant même la sortie de l’album. On comprend dès lors ce que sont allés chercher les Arcade Fire du côté de Daft Punk, cette efficacité, cette science du tube instantané, cette simplicité évidente pourtant si difficile à obtenir. Ecoutez « Everything now » (le titre) une fois et vous êtes faits! Sûrement que ce titre sera le plus gros succès commercial du groupe, peut-être qu’avec le recul on se rendra compte qu’il aura été le début de la fin, ou un nouveau départ? C’est impossible à dire. On enchaîne avec les sirènes de « Signs of life« , vite supplantées par des claps frénétiques rejoints à leur tour par une basse énorme, des giclées de saxophone et une boite à rythmes décharnée. Dès lors Win Butler entonne une espèce de funk rap, doublé par la voix de Régine et le morceau monte en intensité avec un objectif: la piste de danse! On y entendra des congas, des synthès bouillants pour un titre fantastique et plus complexe que le single cité plus haut. Une boucle électronique grésillante lance « Creature comfort« , titre rodé sur scène également en juin à Fourvières. Très électronique avec ses synthès hurlants et répétitifs, scandé par Win Butler, secondé par la voix haut perchée de Régine dans des choeurs hallucinés, le morceau semble taillé pour la scène avec sa longue montée répétitive où viennent s’agréger petit à petit instruments et voix beuglées tous ensemble. Sur disque le titre laisse un sentiment partagé car il est exaltant au possible mais un peu trop pachydermique sur la longueur pour ne pas quelque peu fatiguer l’auditeur. Les ficelles sont un peu grosses parfois mais on accordera le bénéfice du doute pour ce morceau qui clôt une entrée en matière tonitruante, surprenante, dansante. Arcade Fire est devenu définitivement plus accessible, veut faire danser, fédérer et semble prêt pour les stades ce qui, par contre, n’est pas une bonne nouvelle. « Peter Pan » qui suit est une espèce de reggae déglingué avec ses synthés qui tombent en vrilles aigues et sa batterie malade. Ces arrangements sont le principal intérêt car ils introduisent une vraie étrangeté qui manquait jusque là sur l’album. Le titre est intéressant sans être exceptionnel, peut-être gagnera-t-il à la longue. C’est encore un titre à dominante reggae qui se présente avec « Chemistry« . Le saxophone soutient Win Butler sur des couplets qui, sans être renversants, font toujours taper du pied mais le titre se vautre lamentablement quand arrive l’affreux refrain, gonflé par des riffs de guitare dignes d’Aerosmith qu’on imagine repris en choeurs par des hordes de barbus pleins de bière (mais non je n’ai rien contre les barbus, c’est pour visualiser!). Mais le pire est à venir avec la bouillie pseudo punk d’ »Infinite content » – plus bourrin tu meurs – à l’horrible solo de synthé tout droit sorti de mes pires souvenirs de rock FM des années 80, à la batterie de bûcheron (pardon pour les bûcherons aussi et donc pour les bûcherons barbus!). À quoi joue Arcade Fire pour sortir un titre digne d’un groupe d’adolescents jouant dans son garage pour s’éclater? Heureusement le titre s’achève en douceur, ambiance folk détendue et mille fois plus subtile. Bilan contrasté donc pour cette face A qui est partie pied au plancher pour finir par sortir salement de la route sans que l’on comprenne la cohérence entre son début et la fin. On tourne le disque.

J’aime beaucoup cet « Electric blue » très électronique encore et dépouillé autour de boucles tournoyantes et de quelques riffs très funk. Arcade Fire repart sur la piste de danse en renouant sur ce morceau chanté par Régine avec l’atmosphère de « Sprawl II » à savoir une chanson à la fois mélancolique et dansante. Encore mieux ensuite est « Good god damn » véritable très grand morceau construit sur une basse ronde et caoutchouteuse, une guitare légèrement distordue et incisive qui ne la ramène pas, une discrète nappe de clavier et surtout porté par l’immense chant de Win Butler. On pense avec ce titre parfois aux périodes calmes de certaines chansons des Pixies et on en redemande! La face B semble être d’une autre tenue ce que confirme le 2ème tube imparable du disque qu’est « Put your money on me » car il faut s’y habituer, Arcade Fire est désormais une machine à tubes électro pop hautement addictifs. Certains feront peut-être la fine bouche devant ces refrains qui font penser à ABBA, mais le résultat est là, sitôt terminé on remet le titre au début jusqu’à sa fin jouissive. La rythmique est Daft Punkienne en diable, les choeurs soulignent les phrases juste comme il faut, la mélodie est irrésistible, on a envie d’écouter ça à fond la caisse dans une caisse justement les cheveux au vent. La face va se terminer en douceur avec « We don’t deserve love« , superbe ballade mélancolique et électronique que des claviers vrillés soutiennent, que quelques discrètes notes de piano éclairent avant de trouver la lumière sur le très beau refrain. Win Butler fait étalage de tout son talent en allant chercher des tessitures aiguës sur la fin du titre et c’est magnifique. Il ne reste plus qu’à boucler la boucle en reprenant la porte « Everything now (continued) » empruntées au début, qui est une déclinaison du tube du même nom, la soirée est finie, il ne reste que quelques personnes assises au bord de la piste de danse, et les violons pleurent pendant que les fêtards quittent la salle pour clore une face B de toute beauté.

Alors oui, il faut reconnaître et accepter la volonté du groupe d’avoir voulu produire un blockbuster avec ses qualités, son savoir faire, ses fulgurances géniales mais aussi ses grosses ficelles parfois, sa lourdeur aussi. Je ne peux m’empêcher de regretter ces quelques titres qui affaiblissent vraiment le niveau d’ensemble et sont regroupés sur la deuxième partie de la face A. Je ne sais pas comment l’album résistera à l’épreuve du temps, recèle-t-il assez de richesses cachées pour cela? Rien n’est moins sûr mais une chose est certaine, Arcade Fire ne se repose par sur ses acquis, le groupe poursuit son chemin, avance, toujours. Va-t-il désormais sacrifier aux impératifs du succès? Mystère mais si c’est pour produire les tubes pop que contient « Everything now« , qui s’en plaindra? Pas moi.

À écouter: Everything now (continued)/Everything now – Put your money on me – Good God Damn

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Cigarettes after sex

Cigarettes After Sex – 2017

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La cigarette après l’amour évoque à la fois la satisfaction du désir accompli dans une sorte de plénitude langoureuse mais aussi un cliché masculin un peu péjoratif de celui qui savoure le plaisir qu’il a su donner, cette confiance en soi un peu hautaine qui confine plus à la routine qu’à l’emportement des sens. Il y a un peu des deux dans ce premier album du groupe américain de Greg Gonzalez qui a connu le fulgurant succès sur internet avant même de publier cet album. La formule est classique: guitares, clavier, basse et batterie mais le tout joué comme au ralenti, dans une atmosphère cotonneuse, langoureuse et encore remplie de l’amour à peine consommé. Il parait que Gonzalez a trouvé le son de ce disque en entendant ses pas dans une cage d’escaliers ce qui explique cette légère mais permanente réverbération, cet écho discret qui donne de l’amplitude à sa musique. On cherchera en vain un membre féminin dans le groupe, ce que l’on aurait pourtant juré en entendant le chant de Greg Gonzalez et qui, du coup, apporte une touche d’originalité, dans un album qui en manque cruellement par ailleurs. L’évidente comparaison qui vient à l’esprit dès la première écoute est l’extraordinaire groupe de la chanteuse Hope Sandoval, Mazzy Star. Au détriment de Cigarettes After Sex car là où Mazzy Star, dans un registre assez semblable, troublait au plus haut point (il suffit pour s’en persuader d’écouter par exemple le sublimissime   »Fade into you » ici https://youtu.be/IWvEXChflEE) nos fumeurs se contentent de séduire, de distiller un plaisir indéniable mais sans surprise, sans débordements, sans frissons ou presque, trop consensuel pour bouleverser mais suffisamment intéressant pour y prêter une oreille attentive.

Il est dès lors difficile de distinguer des titres parmi les 10 ici proposés. Si chacun est irréprochable, par la beauté subtile qu’il distille, par sa capacité à installer l’auditeur dans un confort rassurant et chaleureux, l’écoute des 10 chansons d’affilée produit un curieux effet de monotonie et donc à la longue d’ennui. Le plaisir est donné à coup sûr mais sans forcer, sans jamais se mettre en danger au point de changer une formule qui fonctionne à chaque fois. Alors en effet, que reprocher à des titres aussi beaux que « K.« , « Each time you fall in love« , « Apocalypse« , « Opera house« ou encore « Truly« , incontestables réussites? Rien quand on les prend les uns indépendamment des autres. Par contre, écoutez l’album en entier et vous vous surprendrez à bailler, à décrocher sans vous en apercevoir, à ne plus vous rendre compte que ce n’est pas toujours le même titre que vous entendez. Curieux paradoxe mais qui finalement illustre assez bien la formule qui donne son titre à l’album: le plaisir qui très vite débouche sur la routine.

Tout le monde va aimer Cigarettes After Sex, il sera, il est sûrement déjà, le disque parfait des soirées branchées, suffisamment passepartout pour se glisser en fond sonore des conversations mais aussi pour accompagner le spleen d’étudiants solitaires dans leur chambre riquiqui, à la fois mélancolique et confortable, ténébreux et rassurant. Alors oui, ces chansons sont souvent très belles, rien à redire, pourtant j’aurais aimé que parfois, le frisson prenne le pas sur le savoir-faire, qu’il y ait plus d’une idée d’arrangements sur l’album, que ces mélodies soient bousculées, perturbées que sais-je! En un mot que la passion soit reine là où finalement la tranquillité est maitresse des lieux. Mais pour cela c’est chez Mazzy Star qu’il faut aller.

À écouter : K. – Each time you fall in love – Apocalypse

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Fleet Foxes – Crack up

Fleet Foxes – Crack up – 2017

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Il parait que l’accouchement de ce 3ème album des Fleet Foxes, dont Robin Pecknold est le cerveau, fut des plus difficiles. Rien d’étonnant tant le groupe, avec ses deux premiers albums « Fleet Foxes » en 2008 et surtout l’immense « Helplessness blues » en 2011, avait placé haut la barre devenant sans doute le plus grand groupe d’Indie folk au monde même si l’étiquette est réductrice. Comment ne pas sombrer devant la beauté de ces deux albums, acoustiques dans les arrangements mais dont les harmonies vocales sublimes et complexes propulsaient les chansons vers le ciel? Les membres du groupe ont perdu leur barbe trop connotée sans doute avec le renouveau du folk auquel ils ont contribué et ont travaillé longtemps pour proposer une suite à la hauteur. Cela valait le coup d’attendre tant « Crack up » est une réussite incontestable. La magnifique photo de pochette illustre assez bien ce qu’est aujourd’hui la musique du groupe, en prise avec les éléments naturels mais loin d’être apaisée ou encore moins aseptisée ou monochrome. On retrouve donc la sublime et caractéristique signature sonore du groupe faite d’harmonies vocales célestes sur des arrangements folk d’une complexité et d’une richesse instrumentale plus poussée qu’auparavant. La liste des instruments utilisés est d’ailleurs impressionnante depuis les traditionnelles guitares acoustiques aux cordes en passant par les claviers, les synthés, les vents, les percussions, … La structure même des chansons est souvent, comme dans « Helplessness blues » complexe mais les trouvailles mélodiques ne sont jamais sacrifiées. « Crack up » ne se livre donc pas d’emblée et nécessite plusieurs écoutes afin d’en pénétrer toutes les splendeurs mais le plaisir en est évidemment d’autant plus grand.

Le disque début par le triptyique « I am all that I need / Arroyo seco / Thumprint car » même s’il est difficile de dissocier les trois parties imbriquées les unes dans les autres. Après quelques dizaines de secondes murmurées, contenues, c’est l’explosion des guitares folks auxquelles des choeurs superbes viennent s’ajouter. Le titre est fréquemment brisé par des arrêts brusques mais brefs mais les guitares reprennent aussitôt soutenues plus tard par des envolées de cordes. Plus tard une mélodie apaisée et lumineuse fera dresser les poils sur les bras. C’est un titre d’une grande variété et d’une grande complexité, imposant par sa construction et son orchestration qui sera à l’image de l’album. « Cassius » qui le suit est un chef d’oeuvre d’une beauté intemporelle, aux sublimes arrangements de cordes, de flutes sur une pulsation de basse et bruits d’eau. La mélodie est superbe et monte en intensité jusqu’au fantastique final instrumental: du très grand Fleet Foxes. On enchaîne sans répit avec « Naiads, Cassadies » beaucoup plus dépouillée dans sa première partie mais qui s’étoffe ensuite avec un piano et un violon amples. Toujours pas de faux pas avec ce troisième titre toujours aussi inspiré. Et ce n’est pas le sublime « Kept woman » qui fera baisser le niveau d’ensemble. Les harmonies vocales dans la plus pure tradition du groupe maintiennent une sublime mélodie en apesanteur sur quelques arpèges de guitare acoustique. Vient ensuite le dyptique massif et central « Third of may / Odaigahara » pour plus de 8mn d’une beauté et d’une intensité à couper le souffle. La chanson évolue, se brise, redémarre avant de se diluer lors d’une fin contemplative où l’on peut entendre du shamisen, un instrument japonais. Après ce monument « If you need to, keep time on me » pourrait apparaître plus anodine avec son piano et ses guitares acoustiques, elle n’en est pas moins une vraie réussite, apaisée, simple. « Mearcstapa » et sa mélodie peu accessible semble en retrait des morceaux précédents mais ses qualités se nichent dans le détail d’arrangements toujours brillants et inventifs. « On another ocean (january / June) » construite elle aussi en deux parties ne se livre pas non plus facilement en particulier dans sa première partie. Il faut attendre la partie « June » et le départ d’une batterie pour accrocher et surtout une fin au cours de laquelle la voix s’élève très haut. Le magnifique « Fool’s errand » au rythme marqué ramène l’album sur des terrains plus hospitaliers. Le refrain en particulier rompt le rythme pour laisser les voix s’envoler. Le presque murmuré « I should see Memphis » se glisse dans un écrin de cordes et de guitares acoustiques et on se surprend à lui trouver alors de curieuses affinités avec le dernier Radiohead. il faut dire que la bande à Thom Yorke n’a sans doute pas été insensible au folk céleste des Fleet Foxes. On entend des percussions et des cuivres sur le somptueux « Crack up » qui clôt le disque avant que des voix plus divines que jamais emportent le titre vers des hauteurs d’une beauté stupéfiante. Mais comme rien n’est aisé sur cet album, c’est au ralenti que le titre se termine et même sur des bruits de pas, un souffle…

Il parait que le prochain est déjà en chantier comme si « Crack up » avait libéré ses auteurs d’un poids, celui d’être condamnés à toujours mieux faire. Aujourd’hui ils ont acquis cette liberté de haute lutte, « Crack up » se pose là, impérial même si difficile, il gagne à chaque écoute, révèle petit à petit ses splendeurs à qui veut bien s’en donner la peine, cette peine qu’il aura coûté au groupe pour le concevoir. Mais pour un tel résultat, le jeu en vaut la chandelle.

À écouter: Cassius – Fool’s errand – Third of may / Odaigahara

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Sufjan Stevens – Planetarium

Sufjan Stevens – Planetarium – 2017

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Que pouvait donc faire Sufjan Stevens après son « Carrie and Lowell » parfait de 2015, après ce chef d’oeuvre de folk dépouillée dont je ne me lasserai jamais? Voici la réponse, sous la forme d’une commande du Muziekgebouw Eindhoven, une oeuvre monumentale, qui fut donc d’abord jouée sur scène avant de voir sa sortie concrétisée aujourd’hui en vinyle. L’animal s’est pour l’occasion acoquiné avec Bryce Dessner le guitariste, Nico Muhly, musicien électronique et son batteur attitré James Mcalister. Outre les multiples synthétiseurs, les programmations électroniques, la guitare et la batterie sont également convoqués une section de cordes et cuivres (violons, violoncelles, trombones) et un piano. C’est si dire si on est loin du dépouillement de l’album précédent et finalement beaucoup plus proche de l’expérimental et incontournable « The age of adz » de 2010 sur les 17 morceaux que compte l’album, tous ayant pour titre une planète du système solaire sans oublier la Comète de Halley, l’énergie noire, le soleil, la lune et autre ceinture de Kuiper. C’est à une exploration cosmique que nous convie donc « Planetarium« , une long voyage intersidéral qui peut rebuter par sa longueur pour une écoute d’une traite mais qui recèle suffisamment de trésors pour qu’on s’y attarde et qu’on y revienne fréquemment.

Passons sur l’hideuse pochette… La tonalité générale est très électronique, les nombreuses nappes de synthétiseurs empilées conférant au disque une apesanteur on ne peut plus cosmique. De ce fait, l’album évite l’écueil d’un excès de pompiérisme qui aurait pu, vu l’ampleur du projet, provoquer quelques nausées. Les rythmes programmés sont inventifs et variés, se fondent dans la matière sonore de l’objet, se transforment parfois en parasites bruitistes dont la dimension étrange renforce cette impression d’explorer des paysages à la fois majestueux et inquiétants. L’album prend souvent un tour très orchestral quand les cordes enveloppent le tout. Il se divise en deux parties inégales: ls morceaux chantés par Sufjan Stevens et les titres instrumentaux qui revisitent des territoires déjà défrichés par ailleurs par Brian Eno. Dans cette dernière catégorie, on trouve par exemple « Black energy« , modèle de pièce contemplative, parfaitement immobile et en suspension, qui évoque à la fois l’immensité de l’espace et la terreur qui en résulte.De même « Sun » dont les lents flux et reflux de vagues synthétiques parviennent à combler le vide intersidéral ainsi que « Tides » qui évoque le survol d’une terre inconnue. « Kuiper belt » est parasitée de toutes parts par des arrangements électroniques, blips, grésillements mais conserve une curieuse légèreté. « Black hole » n’est qu’un court intermède et « In the beginning » à peine plus. ces titres instrumentaux constituent donc l’étrange milieu naturel dans lequel baignent les 10 titres passionnants toujours et d’une beauté somptueuse souvent chantés par Sufjan Stevens.

« Neptune » qui ouvre le disque est absolument exceptionnel. Sur quelques notes de piano, Stevens pose une mélodie de rêve, sa voix va chercher des notes d’une hauteur incroyable sur les refrains, beaux à pleurer. On en est déjà à se demander comment avec les années, il trouve encore l’inspiration pour composer des titres aussi parfaits, d’un dépouillement total. Les 7 minutes de « Jupiter » qui suivent maintiennent l’album à un niveau stupéfiant sur ce titre où Stevens retrouve la tonalité plus expérimentale de « The age of adz« . La chanson est fantastique et évolue comme un trip intersidéral. Dans sa deuxième partie, Stevens utilise un vocodeur pour filtrer sa voix avant qu’elle ne soit pilonnée par des beats implacables. Mais elle reprendra le dessus pour l’envolée finale convoquant des cuivres. Un morceau d’une richesse, d’une complexité telle et qui parvient cependant à garder la simplicité nécessaire à l’émotion. « Venus » à la mélodie répétitive se développe sur des rythmes électroniques sautillants avant que l’orchestre tente de prendre le dessus … en vain. Un titre tout de même moins réussi que ses deux prédécesseurs. « Uranus » prend son temps, est magnifique quand la guitare de Dessner et la voix de Stevens se répondent puis se termine en une longue plage instrumentale et immobile qui rappelle les ambiances citées plus haut. C’est sur des rythmes brisés que « Mars » débute, la guitare semble l’entrainer dans une ritournelle joyeuse tout de suite démentie par la voix complètement trafiquée et des orchestrations complexes qui créent un climat presque étouffant et inquiétant. Sans aucun doute le morceau le plus difficile de l’album, tout en brisures, ruptures, changements d’ambiances qui va pourtant s’apaiser avant la fin qui sera plus enlevée. Le morceau tombe dans les écueils que le reste de l’album évite: pesanteur, boursouflure, longueur. On retrouve la légèreté perdue avec le joli « Moon » au cours duquel Stevens chante « As I’m about to enter your world« . Pas toujours facile de rentrer dans son monde, même aux dimensions du système solaire, certains efforts sont nécessaires mais le voyage en vaut la peine. Quelques arpèges de guitare ouvrent « Pluto » et son  lyrisme assumé, avec ses envolées de violons et sa mélodie sucrée. Plus loin « Saturn » est un nouveau morceau de bravoure. Intro en boucles électroniques, voix passée au vocoder qui monte encore à des hauteurs impressionnantes avant qu’un rythme presque dance lardé de roulements de batterie lance la machine pour un final fantastique: « Where there’s a light, I bring you darkness« . C’est à notre Terre que l’album réserve sa plus longue plage. « Earth » et ses 15 minutes font office de clé de voute de l’ensemble tant elles rassemblent en leur sein tout ce qu’on a pu croiser dans le reste du disque. On commence par une longue introduction de plus de 4 minutes de vagues synthétiques empilées qui vont et viennent, calmes et sereines mais toujours étranges. Soudain il ne reste plus qu’une espèce de sirène puis la voix arrive, légèrement auto tunée, déformée, comme filtrée mais elle redevient enfin normale quand les cuivres la soutiennent. La chanson prend alors une forme de solennité imposante mais jamais indigeste: « With paranoïa and prédiction / Exploration, competition/ Ceremony, inter anguish / Lord I pray for us. Allelujah« . Nouvelle évolution, sur des boucles électroniques discrètes la guitare glisse quelques arpèges et la voix, redevenue robotique, reprend du service. Il ne reste plus à Stevens qu’à répéter ad libitum la phrase « Run mission run before we arrive » sur des arrangements dingos jusqu’à ce que le titre se termine comme il a commencé, par des vagues synthétiques. Un sacré trip! Sublime ou insupportable? Chacun est juge. Le dernier morceau justifie à lui seul l’achat de l’album. « Mercury » est une des plus belles chansons jamais écrites par Sufjan Stevens et donc, logiquement, une des plus belles chansons de tous les temps. Beaucoup se damneraient pour pouvoir sortir un diamant de cette beauté, de cette pureté. Le génie pop à l’état pur. Les frissons assurés.

On arrive au terme de ce long voyage cosmique qui ne laisse pas indemne, peut même rebuter et épuiser sur la longueur. Mais peut-on reprocher à un artiste de prendre de tels risques? Assurément pas surtout quand on rencontre, d’une planète à l’autre, de telles plages de beauté.

À écouter: Mercury – Saturn – Venus

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Thurston Moore – Rock’n'roll consciousness

Thurston Moore – Rock’n'roll consciousness – 2017

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Comment survivre à 30 ans de Sonic Youth, groupe mythique s’il en est, qui incarne à merveille ce que le « rock » a produit et inspiré de mieux depuis la fin des 80′s? Sans Sonic Youth, quid des Pixies, de Nirvana, du grunge, et j’en passe. Ne reculant devant aucune expérimentation, ne faisant aucune concession, jamais, à la recherche du succès, le groupe aura, avant de se séparer récemment, laissé une oeuvre majeure, imposante, et qui infusera pour longtemps la musique de jeunes d’aujourd’hui et de demain. A presque 60 ans, le pourtant éternel adolescent et ex guitariste de la jeunesse sonique est loin d’avoir remisé ses 6 cordes aux clous. Thurston Moore, après le très réussi « The best day » en 2014 annonce la couleur, se poser en garant de l’héritage de Sonic Youth et, finalement, du rock en tant que tel. Mais attention, pas du rock de papys que sont devenus les Stones et tant d’autres embaumés à jamais dans un passé glorieux dont ils vivent comme d’une rente. Moore a d’autres ambitions, celles de garder la flamme, de prendre toujours et encore des risques et de brandir haut l’étincelle de l’inspiration sans jamais s’embourber dans la nostalgie. Alors? pari réussi?

« Rock’n'roll consciousness » ne comporte que 5 morceaux dont le plus court dure déjà 6 minutes. Chacun est construit comme une odyssée en grande partie instrumentale, bâti sur une rythmique inébranlable dont Steve Shelley, ex batteur de Sonic Youth, est l’artisan par son jeu à la fois puissant et fluide, subtil et varié. Sur cette charpente, les guitares ont la part belle, tissant petit à petit un univers hypnotique que la longueur des chansons ne fait que renforcer. Il est étonnant de constater à quel point ce qui faisait la particularité de Sonic Youth, les dissonances en particulier, les envolées soniques sont ici presque épisodiques. Cet album semble serein, apaisé mais cependant jamais pépère ni ennuyeux. L’inspiration est en effet à chaque fois au rendez-vous, les chansons s’installant sur la longueur donc et tissant un écrin à la voix de Moore qui, douce et soyeuse, y pose de superbes mélodies.

« Exalted » en début d’album pose ce qui sera le son de l’album et la formule générale. Une longue et fantastique introduction de 7 mn durant laquelle la tension monte jusqu’à un solo tranchant et inspiré. Mais tout cela va être concassé, broyé dans un déluge sonore avant que le titre ne connaisse une deuxième naissance avec l’arrivée du chant. Thurston Moore n’a plus rien à prouver, ses chansons sont suffisamment bonnes pour être débarrassées de toute poudre aux yeux.  12 minutes plus tard, « Turn on » nous fait repartir sur un rythme martial et enlevé qui ne faiblira pas durant  un trip de plus de 10 minutes. On retrouve ce son débarrassé de toute graisse, cette mélodie superbe qui prend son temps et les envolées soniques de la fin restent parfaitement maitrisées et se fondent totalement dans l’univers de l’album. La longueur et la complexité de ces deux titres font que l’on va y revenir souvent tant il faudra prendre son temps pour les appréhender totalement. On en ressort avec l’impression d’avoir ouvert de grands espaces, contemplés sous le feuillage de grands arbres qui dessinent de superbes motifs en filtrant la lumière d’été devant nos yeux fermés.

La face B repart sur les mêmes bases avec le très réussi « Cusp » qui reprend la même formule que les morceaux précédents: rythmique de marbre, guitares incisives tissant un mur hypnotique et mélodie inspirée. On ne s’en lasse pas et on enchaîne avec le superbe et apaisé « Smoke of dreams » qui se terminera de la même façon qu’il a commencé non sans avoir laissé un solo de guitare étonnamment serein se développer en son milieu. « Aphrodite » va terminer l’album de manière explosive, ce morceau étant celui qui rappelle le plus Sonic Youth avec des guitares dissonantes, diffractées, concassées dans sa deuxième moitié, un pur plaisir pour mes oreilles.

Alors oui, Thurston Moore est toujours jeune mais sa musique s’est apaisée, a gagné en sérénité, préférant lentement nous enivrer jusqu’au vertige, nous emmener dans un trip complexe dont la qualité n’a rien à envier à ceux de Sonic Youth. Toujours jeune, toujours sonique mais différemment. Un album indispensable de cette année.

À écouter: Smoke of dreams – Exalted – Turn on

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alt-J – Relaxer

alt-J – Relaxer – 2017

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J’avoue être passé relativement à côté du premier album « An awesome wave » de alt-J qui fut assez unanimement salué et du coup du deuxième plus décrié et pourtant paradoxalement plus ambitieux. La sortie de ce « Relaxer« , troisième album du trio de Leeds, dont la superbe et étrange pochette est signée par Osamu Sato, un artiste japonais,  a donc été l’occasion de quelques séances de rattrapage avant de me plonger dans cette dernière livraison. À réécouter « An awesome wave« , je comprends ce qui ne m’a pas accroché dans cet album qui témoigne pourtant d’un talent indéniable avec des tubes en or mais quelque peu uniforme et qui peine à susciter véritablement l’émotion. L’archétype du premier album annonciateur de potentielles futures merveilles, en particulier sur le titre « Taro« , à condition d’être dépassé. Le second « This is all yours » est d’une autre ampleur, d’une ambition évidente même si le disque souffre peut-être d’un manque de concision. Le groupe y déploie des arrangements somptueux comme sur « Bloodflood pt II« . C’est peu dire que le groupe est attendu au tournant de ce « Relaxer » qui devrait être l’album de la confirmation … ou pas.

Quelques arpèges de guitare clairs, une basse bien ronde, à peine un soupçon de percussions et l’intro du magnifique « 3WW » nous transporte quelque part dans de vastes étendues sous la voute étoilée. Pas de doute, le groupe a évolué, semble plus adulte, plus sûr de son fait et son univers musical élargit ses frontières et explore une espèce de folk légèrement psychédélique que ne renierait pas les Fleet Foxes. On entend même crépiter les flammes du feu de camp quand au milieu de la chanson, le silence s’installe avant que la voix de la chanteuse Ellie Roswell ne prenne le relais. À ce stade, il s’agit tout simplement de la plus belle chanson enregistrée par le groupe et l’album commence à peine. Si les fans du premier album risquent d’être sacrément déroutés, le single « In cold blood » les ramènera en train plus connu. C’est le titre le plus immédiatement accrocheur de l’album, un des plus rythmés aussi avec des montées en intensité, des cuivres imposants. Il se révèlera qu’il ne sera cependant pas le plus intéressant après plusieurs écoutes, ni le plus complexe mais un excellent sas d’entrée. Car la suite va être époustouflante. À commencer par la reprise magistrale et pourtant méconnaissable du classique des Animals « House of the rising sun » jadis massacrée par notre Johnny national. C’est d’une réinvention plus que d’une reprise dont il s’agit ici. On entend, et ce ne sera pas la dernière fois, les doigts glisser sur les cordes de guitares pour un titre d’une beauté stupéfiante, sans batterie, en suspens du début à la fin. Fantastique. Quel contraste avec les cris de singe qui ouvrent le débridé et presque punk dans l’esprit « Hit me like that snare » dans lequel on chante parfois en japonais, on glisse un hommage à Radiohead ce qui n’a rien d’étonnant tant la chanson fait parfois penser dans ce son presque de bastringue à la place qu’occupe « Electionneering » sur « OK computer« , pour terminer par ces deux lignes qui prouvent que personne ici ne se prend au sérieux « We are dangerous teenagers / Fuck you, I’ll do what I want to do« . Une chanson potache donc mais qui cependant a toute sa place en cette fin de face 1. En effet, l’album ne comporte que 8 titres, 4 par face, alt-J ne rééditant pas l’erreur du trop long 2ème album et c’est la face 2 qui va propulser celui-ci vers les hauteurs.

Rythme lourd de massue, bourdonnement, souffles courts, basse énorme ouvrent « Deadcrush » que le refrain va faire décoller sur des voix qu’on jurerait sorties droit de chez les Bee Gees. Dès lors le titre s’envole, sur des nappes aériennes s’assurant peut-être le succès. C’est le 3ème titre rythmé du disque et ce sera le dernier car à partir de là l’album va opérer un ralentissement sidérant avec trois titres  d’une qualité et d’une beauté peut-être supérieure à « 3WW » et « House of the rising sun » de la face 1. À coup sûr même avec « Adeline » qui fait partie des rares titres qui auraient leur place sur le « OK computer » de Radiohead. La montée en intensité de la chanson est fabuleuse, portée par des vagues sereines de cordes, des choeurs hallucinants de profondeur et une mélodie à se damner. Toujours les frissons après quinze écoutes. Arrive alors le folk dépouillé et encore ralenti de « Last year » sur lequel on entend à nouveau les doigts sur les cordes, puis les voix se multiplient pour une magnifique et longue introduction au coin du feu jusqu’à la très belle deuxième partie chantée par Marika Hackman dont la voix à peine cassée susurre une mélodie  pour une veillée sous la lune. Bruits de pas, de portes qu’on ouvre ou qu’on ferme, bout de mélodie qu’on chante dans sa cuisine introduisent l’exceptionnel « Pleader » qui va clore le disque sans doute enregistré dans une cathédrale tant l’ampleur du son est impressionnante. Les violons lacèrent le titre, les ruptures sont nombreuses, de rythmes, d’ambiances quasi cinématographiques. C’est en choeur que la mélodie est chantée lui donnant un caractère quasi mystique sans jamais être étouffée ni alourdie.

Pas de doute, alt-J a franchi un cap, se situant à des années lumières du premier album. Le groupe s’est libéré, de son succès, de son style, s’est affranchi de toutes les contraintes et ouvrant, avec ce très grand disque, des perspectives infinies, même si il laissera sans doute sur le bord du chemin les fans de la première heure.   »Relaxer » devrait donc être leur « OK computer » à eux, le ticket d’entrée vers des territoires inconnus à défricher. Ils en ont le potentiel.

À écouter: Adeline – 3WW – Deadcrush

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Slowdive – Slowdive

Slowdive – 2017

Slowdive

 

Aurais-je fait une erreur dans mon calendrier car manifestement nous sommes plus proches de 1993 que de 2017? Il suffit de faire la liste de quelques albums sortis récemment ou à sortir sous peu pour perdre nos repères temporels: My Bloody Valentine il y a quelques temps déjà, puis Blur, Lush, Jesus and Mary Chain, bientôt Ride qui effectue son come back et donc Slowdive. Me voici replongé dans mes années d’étudiant quand, au début des 90′s, tous ces groupes donnaient un coup de neuf à la pop anglaise. Noisy pop, shoegaze déferlaient dans nos oreilles, harmonisant le bruit des guitares avec des voix qui se fondaient avec grâce dans des murs de sons élégants, conjuguant mélodies parfaites avec une science rigoureuse de la production. pas de doute, nous voici bien en présence d’un revival avec ce qu’il charrie de nostalgie pour le meilleur et peut-être parfois le pire.

 Slowdive n’a jamais accédé à un succès grand public à l’époque mais le talent de ce groupe fut pourtant incontestable. Ce nouvel et inattendu album est une divine surprise tant il s’avère être une vraie réussite. On est loin ici du come back inutile, cet album semble au contraire la suite logique et inspirée des productions passées du groupe. La formule n’a pas changé: nappes de claviers, voix masculine et féminine alternées ou ensemble, basse ronde et puissante, batterie subtile, mélodies recherchées sur l’ensemble de ces 8 titres au sein desquels on serait bien en peine de trouver un maillon faible alors que les sommets sont légion.

L’album débute en douceur avec le magnifique « Slomo » et ses arpèges de guitare cristalline, ses claviers aériens, sa basse ronde qui tissent un canevas subtil tout au long d’une longue introduction pour un parfait retour à la surface, sans poudre aux yeux ni effets inutiles. Les voix alors se répondent, celle, haut perchée, de Rachel Goswell et celle plus terrienne de Neil Halstead mais toujours comme en retrait, s’effaçant à demi. « Star roving » le titre suivant est une bombe qui aurait eu toute sa place sur l’extraordinaire « Going blank again » le chef d’oeuvre de Ride de 1993. Les claviers et les guitares couplés à une basse New Orderienne  y tissent un mur de son d’une légèreté cotonneuse sur une mélodie imparable et reprend les choses exactement là où le groupe les avait laissées, les voix noyées dans la gaze. Décidément la nostalgie a parfois du bon. C’est à Lush que l’on pense fortement sur le superbe « Don’t know why » à cause de la voix de Rachel démultipliée, de la mélodie accrocheuse, des guitares cristallines encore. « Sugar for the pill » joue l’apaisement et termine la face A de la plus belle des manières, sereine, tranquille sûre de son fait, sans esbroufe aucune. On est comblé.

La face B est du même tonneau et sans doute même supérieure à l’autre côté de la galette. D’abord avec « Everyone knows » qui conjugue nervosité des guitares rythmiques et voix haut perchée toujours aussi éthérée. La chanson sait ralentir pour mieux repartir sans aucune erreur de braquet. « No longer making time » est un bijou de mélodie, qui alterne couplets calmes avec les envolées mélancoliques d’un refrain qui nous immerge totalement dans sa consistance quasi liquide. L’ambitieux « Go get it » joue sur les ruptures de tons, de rythmes, d’ambiances, alternant moments bruitistes et périodes dépouillées. Certainement le titre le plus complexe de l’album. L’album se referme sur une splendeur absolue, meilleur titre du disque, nommée « Falling ashes« . Durant 8 minutes, quelques notes de piano tournent en rond pendant qu’au loin s’entrecroisent des motifs électroniques, une basse à l’économie et un chant d’une beauté stupéfiante. On est en apesanteur, transporté par tant de grâce.

Le retour de Slowdive est donc une réussite totale qui à la fois nous renvoie à une époque révolue sans jamais céder à une nostalgie vaine. Le disque est bien un album de 2017 qui, sans renier le passé, est en prise avec son époque. Allez j’y retourne!

En écoute – Star roving – Sugar for the pill 

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Timber Timbre – Sincerely, future pollution

Timber Timbre – Sincerely, future pollution – 2017

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La superbe photo d’un Manhattan nocturne de 1935 illustre à merveille ce que recèle le nouvel album du trio canadien Timber Timbre: une espèce de modernité classique qui marie un folk sombre mais chaleureux à des sonorités plus actuelles comme des claviers assez présents et une électronique discrète. L’excellence des compositions est portée par la voix superbe de Taylor Kirk qui rappelle souvent Stuart Staples des Tindersticks, il y a pire comme comparaison.

C’est des claviers en nappes et une batterie mate qui introduit la magnifique « Velvet globes & spits«  chanson qui ouvre l’album. Cette somptueuse ballade nocturne déroule tranquillement sa perfection sereine sur une pulsation ronde de basse. Quelle ouverture! La suite est déroutante avec ce « Grifting« , espèce de funk au ralenti comme étouffé, dans un registre qui bouscule les genres que n’aurait pas renié David Bowie à qui on pense parfois aux détour d’une inflexion de voix, d’une sonorité étrange. L’étrangeté sied parfaitement à ce disque qui démarre superbement. On reste dans une ambiance légèrement décalée, à la David Lynch, au début du très cinématographique et instrumental « Skin tone » avec ses claviers et ses boucles en spirales. L’album, tout en étant cohérent, explore plusieurs directions, plusieurs couleurs musicales avec brio. « Moments » est dominé par les synthétiseurs, ultra doux et soyeux et très présents depuis le début de l’album et clôt en beauté une face totalement réussie. On y entend même des voix discrètement passées au vocodeur avant que brusquement, en plein milieu, le titre s’oriente vers un rock presque progressif pour un fin aérienne somptueuse, lézardée de solos de guitare en roue libre.

La face B va porter l’album encore plus haut. « Sewer blues » est digne du meilleur Nick Cave, celui des ballades vénéneuses. Mélodie somptueuse, refrain porté par des claviers, zébré de rares traits de guitare le tout sur un rythme métronomique et crépusculaire. Il faut dire à quel point la production de l’album est de grande classe, les arrangements assurant la cohérence, l’ambiance bleu nuit (c’est le titre d’une chanson du disque) perturbée par ces sons de claviers, de percussions, ces bruits étranges qui fourmillent sans jamais être envahissants. « Western questions » assomme définitivement toute résistance et amène l’album encore plus haut. Dans mon monde idéal, cette chanson serait en tête des hits parades pendant qu’Ed Sheeran ferait ses balances avant son concert à la salle polyvalente en ouverture de la fête des vendanges. Tant mieux pour Ed Sheeran, tant pis pour moi. Mélodie en or massif interprétée avec une classe internationale, sobriété absolue avant un final en apothéose: Mais que c’est beau.  Que dire de « Sincerely, future pollution« , bien plus difficile d’accès et vraie étrangeté de l’album? Tout simplement que le risque paie au centuple. Ici, une basse imperturbable est lacérée de claviers qui bourdonnent, les rythmes sont électroniques, résonnent et se répondent. L’atmosphère est d’abord lourde et inquiétante, évoquant un monde sombre peuplé de bestioles rampantes et grouillantes avant de prendre peu à peu de l’altitude, propulsée par une nappe de claviers et c’est à un lent décollage que nous assistons, ébahis par tant de savoir faire. « Bleu nuit » qui alterne des passages flirtant avec le jazz 70′s et un rock progressif, un saxophone doublé d’une voix au vocodeur  me convainc moins mais ce n’est qu’une légère faute dans un album quasi parfait et que l’extraordinaire « Floating cathedral » va conclure. Sur une percussion famélique, on est propulsé dans un lent western, un western de villes fantômes, de coyotes errants, de buissons emportés par le vent dans une rue déserte. C’est absolument magnifique.

Il est temps de reconnaitre à Timber Timbre la place qu’ils méritent, aux côtés de groupes comme Tindersticks, jouant à armes égales avec Nick Cave pour cette capacité à émouvoir avec une classe impressionnante, pour créer des atmosphères desquelles les images surgissent, pour la capacité enfin à marier la tradition des compositions avec des arrangements décalés, surprenants et toujours pertinents. On y retourne!

À écouter: Sewer blues – Western questions – Velvet gloves & spit

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Gorillaz – Humanz

Gorillaz – Human – 2017

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Gorillaz fut dans la première décennie des années 2000 une expérience inédite, un chaudron dans lequel le sorcier Damon Albarn concoctait avec un talent incroyable des albums d’une richesse, d’une inventivité prodigieuses et qui en plus ont rencontré le grand public grâce à des titres qui vous sautaient à la figure par leur décontraction et qui sont devenus des classiques: « Clint Eastwood; Dare; Feel good Inc.; On melancholy hill; …« . Les 3 premiers albums de Gorillaz sont un concentré explosif de genres musicaux très variés, qui se marient à la perfection, en particulier sur l’album « Demon days » et, au final, ne ressemblent à rien d’autre qu’à eux-mêmes. Rap, pop, rock, électro, dance music, tout y passait, Gorillaz osait et réussissait (presque) tout. Depuis 7 ans Gorillaz était en sommeil, c’est dire si ce « Humanz » était attendu comme le messie. Cependant Albarn n’a pas chômé ces dernières années entre son travail de producteur, des collaborations variées (dont Tony Allen), le retour réussi de Blur et surtout un album solo absolument fantastique, tout en retenue, mais gorgé de chansons inspirées. Alors ce « Humanz » est-il à la hauteur de nos attentes?

La réponse est claire et nette et ne fait que se confirmer au fur et à mesure des écoutes, c’est non. « Humanz » est une grande déception, à coup sûr le plus mauvais album de Gorillaz de par son aspect foutraque, la faiblesse criante des compositions, la volonté manifeste de coller aux modes (hip hop; r’n'b) alors que jusqu’à présent c’est plutôt Gorillaz qui inspirait les modes mais également par des arrangements tellement peu inspirés et originaux que l’ennui pointe à de très nombreuses reprises tout au long des deux disques et 20 morceaux que comportent « Humanz« . Les très nombreuses collaborations de stars, De La Soul, Grace Jones, Mavis Staple, Benjamin Clementine, Jean Michel Jarre et autres apparaissent plutôt comme un moyen de camoufler la vacuité de l’ensemble plutôt qu’une addition fructueuse de talents.

Mais cependant commençons par mettre en valeur les rares réussites du disque tout en les relativisant car jamais « Humanz » n’atteint , même dans ses meilleurs moments, le niveau des albums précédents. Il faut attendre quasiment la fin de la face B pour trouver avec « Andromeda » un titre qui retienne vraiment l’attention et, ce n’est pas un hasard, où enfin Damon Albarn est au premier rang alors qu’il brillait jusqu’alors par sa relative absence. Sur une grosse basse et un rythme métronomique, rehaussés par quelques choeurs et claviers discrets, le morceau rappelle par certains aspects et notamment sa sobriété l’album solo d’Alban « Everyday robots« , tout comme d’ailleurs, en encore plus dépouillé puisqu’il n’y a ni batterie ni beats, celui qui suit « Busted and blue » honorable mais sans génie.  Il faut aller en fin de face C pour trouver un autre titre intéressant avec « Sex murder party« . Il s’agit d’un titre chanté à trois voix qui lui aussi aurait pu figurer sur l’album solo cité plus haut qui n’a nul de besoin de poudre aux yeux (ou de perlinpinpin) pour tenir debout. On est loin encore une fois des sommets du groupe mais on peut y revenir sans crainte. C’est en début de face D que se trouve le meilleur titre de l’album et seul véritable candidat pour figurer dans un futur best of de Gorillaz, « She’s my collar« , probable tube subtil et vicieux qui s’insinue dans la tête grâce à ses arrangements accrocheurs, sa mélodie pot de colle et dont le niveau est rehaussé par la platitude du reste de l’album.

Car oui, hormis ces trois titres qui surnagent, l’album est un naufrage de raps mille fois entendus « Ascension; Let me out« , lourdingues « Momentz« , de titres qui cherchent à imiter le passé doré du groupe «  »Strobelite » ou d’autres artistes, Tricky pour « Submission » ou la période 80′s de Grace Jones pour « Charger » par exemple mais retombent et pataugent , d’insupportables voix auto tunées « Saturnz barz« . Passons sur l’ennui et la platitude insondables de « Carnival » ou « Hallelujah money« . il faudra aller jusqu’au bout de l’album pour encaisser les claviers dégoulinants de JM Jarre et la phrase ridicule   »On a le pouvoir de s’aimer! OK! » qui ponctue « We got the power » dont le funk énergique et le côté positif auraient mérité un meilleur traitement mais n’est pas Prince qui veut.

Alors voilà, je sais déjà que je vais ranger cet album dans ma discothèque et qu’il risque de ne pas en sortir souvent si ce n’est pour vérifier de temps en temps que je ne me suis pas trompé, que ces chansons ne recèlent pas une richesse cachée au premier abord. Considérons qu’il s’agit d’une erreur de parcours qui ne remet en rien en cause l’immense talent de Damon Albarn. Même le visuel de l’album, assez réussi dans l’absolu, ne surprend plus. Et un album de Gorillaz qui ne surprend jamais ne peut pas être un bon album.

À écouter: She’s my collar – Andromeda – Strobelite

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Xiu Xiu – Forget

Xiu Xiu – Forget – 2017

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« Forget » le 10ème de Xiu Xiu, groupe que je découvre,  est un album paradoxal. Assez épuisant sur la longueur, il est pourtant souvent fascinant quand on prend ses chansons une par une. Entrer dans l’univers de Jamie Stewart, le cerveau du disque, est une épreuve par son atmosphère pesante, synthétique, même si les guitares sont bien présentes, et l’omniprésence de sons et de rythmes industriels qui ne jouent pourtant pas du tout sur le pilonnage. Le chant, qui ressemble par son maniérisme et son aspect lugubre à Scott Walker, est aussi, quand on enchaîne les titres, quelque peu éreintant. Entrer dans « Forget » c’est accepter de s’immerger dans des textures sonores, des ambiances malaisées et malaisantes mais qui, par leur étrangeté même, nous emmènent dans des contrées inexplorées où les idées géniales fourmillent. Il faut peut-être, pour ne pas être découragé, prendre la potion à petites doses à chaque fois, et la rendre plus digeste.

Hip hop agressif au début de « The call » mais vite relayé par cette voix si particulière donc pour un des titres les plus accessibles et accrocheurs du disque habilement placé en introduction. Curieux mélange  qu’une pop synthétique et torturée avec les « clap bitches » aboyés par le rappeur. On plonge dans la torpeur de souterrain de « Queen of the losers » en se demandant bien quelle bête horrible est tapie dans les recoins de cette cathédrale sonore d’outre tombe. La voix se fait caverneuse, l’orgue semble joué depuis les ténèbres, les bruits inquiétants se multiplient pour ce voyage à l’intérieur même d’un cerveau en proie aux angoisses les plus vives. La bande son idéale pour une adaptation cinématographique d’un conte de Poe. Par contraste « Wondering » est une brise sucrée de légèreté, par contraste j’ai bien dit. Le titre a tout du tube indie pop avec son rythme gentiment dansant, ses choeurs aériens, on respire. De là à le chanter sous la douche il y a quand même la ligne droite de Longchamp. L’intro de « Get up » ressemble à du Lou Reed pour quelques secondes avant 4 mn en apnée. Une boite à rythme neurasthénique soutient à peine une mélodie famélique qui tente de se relever  en vain aidée par quelques accords de guitare acoustique. Cependant le final est ahurissant par son ampleur et sa beauté et donc beaucoup trop court. « Hay choco  bananas » qui clôt la face A fait partie de ces titres de l’album qui justement le rendent si difficile. Morceau qui semble durer une éternité, pesant et sans génie. On passe. Une pause s’impose.

« Jenny gogo » en début de face B ne nous rassure pas sur l’état mental de l’artiste :) Trip technoïde brillant zébré de hurlements qu’on imagine poussés par des mutants torturés dans des caves. Vous vouliez vous détendre? C’est raté: Xiu Xiu est là pour vous rappeler à vos côtés sombres. Dans « At last at last » on entend « Born dead/ Night is coming« , c’est dire si on amuse la galerie. « Forget » qui suit est impressionnant. Pendant que les rythmes pilonnent puis retombent puis pilonnent, les claviers rétro et la voix les accompagnent pour des montagnes russes sacrément grisantes. Les cordes, la guitare acoustique de « Petite » sont sublimes sur le « refrain » d’un morceau qu’on est en droit de trouver long et trop maniéré par ailleurs. La chanson est sur le fil du début à la fin, oscillant entre ennui et splendeur, à l’image de l’album. Des carillons ouvrent le dernier morceau « Faith, torn apart« , 8 mn superbes dans leur première partie mais qui vont peu à peu être gagnées par des boursouflures. On croit le titre fini quand reviennent les carillons mais il va falloir s’infliger, une seule fois c’est sûr, on ne m’y reprendra pas, 3 mn d’un mortel commentaire récité sur fond de carillons. Je mets au défi quiconque d’écouter ce titre en entier deux fois de suite.

L’album terminé on sait qu’on ne sera pas prêt tout de suite pour y embarquer une deuxième fois mais il est fort probable que, malgré soi, attiré par des chemins difficiles d’accès mais potentiellement exaltants, on revienne régulièrement mettre le disque sur la platine et y poser, au hasard, le bras articulé.

À écouter – The call – Wondering – Forget

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Temples – Volcano

Temples – Volcano – 2017

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Il ne faut pas se fier aux emballages. Si la pochette du 2ème album de Temples est hideuse, son contenu est à l’inverse rempli de splendeurs. Après un premier album (à la belle pochette!) prometteur mais inégal, parfois brouillon et un peu trop pompé d’un rock très anglais inspiré des 60′s et aux senteurs psychédéliques, le groupe franchit là plusieurs marches à la fois avec ce « Volcano » de très très haut niveau. La référence pour donner une idée de l’univers foisonnant dans lequel il nous convie se situe du côté du « Currents » de Tame Impala. A savoir une pop moderne, synthétique et solaire, dans laquelle dominent les claviers aériens et souvent aigus posés sur une énorme basse et une batterie mastoc réverbérée à outrance. Autre point commun, la voix haut perchée d’un chanteur en état de grâce. Les guitares, en avant sur le premier album, sont ici utilisées de manière beaucoup plus subtile, variée et efficace, en appoint. Mais à l’inverse de Tame Impala, Temples ne fréquente pas les pistes de danse, préférant cultiver la mélancolie d’une pop pourtant en apesanteur. Des références (Beatles surtout) 60′s trop présentes sur le premier album ne reste que l’essentiel: l’art de la mélodie, la richesse des arrangements, un soupçon de psychédélisme et surtout le goût du risque. Mais pas de grand disque sans grandes chansons. Les 12 qui composent l’album sont au pire très bonnes, au mieux, et c’est la majorité, à classer dans la crème de la pop d’aujourd’hui. Pour situer, je dirais que la moins bonne chanson de « Volcano » est meilleure que la meilleure du dernier album de … Ed Sheeran par exemple :)

La face A est proprement phénoménale. Pas un titre ne serait-ce que simplement bon! Tous les morceaux volent à une altitude himalayenne. L’introduction pachydermique de « Certainty« , déjà un classique, ne laisse pas présager autant de légèreté pour un morceau qui aurait parfaitement sa place sur « Currents » de Tame Impala justement. Mélodie parfaite, choeurs à tomber, claviers intersidéraux pendant que la basse ronronne et que la guitare zèbre l’ensemble de temps en temps. On enchaîne avec « All join in » à l’intro plus électronique avant qu’une espèce d’orgue qu’on imagine joué dans une station spatiale lance le deuxième morceau parfait de l’album. Puis c’est le tour de l’exalté et somptueux « I wanna be your mirror » dans lequel les guitares, jamais envahissantes, dessinent des dentelles sur lesquelles James Bagshaw le chanteur se balade. Mais, incroyable, le meilleur de la face reste à venir! L’intro guitare acoustique/voix de « Oh! the saviour » pourrait durer des plombes qu’on ne s’en lasserait pas et pourtant l’entrée de la batterie puis le fantastique refrain si haut perché vont emmener le titre vers les cimes. Chanson pop parfaite, tube intergalactique, rien à ajouter. Et derrière, arrêtez c’est trop(!), « Born into the sunset » maintient le niveau avec son refrain instrumental et lyrique. Parfait mélange entre conquête de l’espace sonore et la mélancolie collée aux basques, le titre est d’une ampleur que chaque écoute renforce. La face se termine avec sa plus belle chanson, un « Space Oddity » d’aujourd’hui « How would you like to go?« . Mélodie sublime comme enveloppée et portée par une nuée de claviers qui fout les frissons à chaque fois. Seul un très grand groupe peut balancer une face entière d’un tel niveau. Je parie qu’il n’y en aura pas des tonnes des comme ça dans l’année.

Les sirènes de « Open air » ouvrent la face B et c’est encore une énorme claque. Et si c’était le meilleur titre de l’album? On pense encore à Tame Impala sur ce fabuleux morceau d’une pop sautillante où les guitares, en léger retrait, le rendent totalement irrésistible. Le break instrumental et sa boucle électronique achève le travail de façon éblouissante. On est chez les Kinks dans l’intro guitare/voix de « In my pocket », encore un bijou pop ancré sur terre par ses guitares et la tête dans l’espace par ses boucles et la voix plus spatiale que jamais. On pense aux Flaming Lips sur « Celebration » qui marque cependant la première relative baisse de régime du disque tout en restant un très bon titre mais qui n’atteint pas les sommets des 8 premiers. « Mystery of pop » sera peut-être un tube, et ce sera justifié, mais j’adhère cependant moins à cette ritournelle, à ce bonbon trop sucré à la mélodie un peu facile et naïve, à ce clavier un peu bavard qui cède pour la première fois à la kitscherie. On sort du ventre mou de l’album avec « Roman God-like man« , aux guitares bourdonnantes, aux claviers incisifs pour une impeccable tentative presque glam. Des guitares cristallines ouvrent « Strange or be forgotten« , une cavalcade sereine, qui laisse l’album sur les sommets qu’ils nous a habitués à fréquenter.

L’essai du premier album « Sun structures » est transformé dans les plus grandes largeurs. Temples a trouvé sa voie et de ce « Volcano » quasi parfait, ce n’est pas de la lave en fusion qui déborde mais des diamants d’une pop ciselée, toujours inspirée et qui à coup sûr va résister au temps.

A écouter: Oh! the saviour – Open air – How would you like to go?

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The Shins – Heartworms

The Shins – Heartworms – 2017

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The Shins, que j’ai découverts avec le fantastique « Wincing the night away » en 2007, album truffé de pépites pop, aux arrangements délicats et ciselés, aux mélodies imparables sort donc son 5ème et nouvel album « Heartworms » après le décevant « Port of morrow » datant de 2012. James Mercer, mélodiste hors pair, a parcouru du chemin ces 10 dernières années, rencontrant le succès d’abord avec The Shins puis collaborant sur les deux albums de Broken Bells avec Danger Mouse. Le travail avec ce dernier a considérablement élargi sa palette sonore, le faisant aujourd’hui s’aventurer sur des terrains qui, s’ils restent indéniablement pop, sont contaminés par des sonorités électroniques. Sa musique si elle y peut-être perdu en subtilité y a gagné en assurance. Pour le meilleur? À voir.

La face A est en dents de scie. Si les singles « Name for you » et « Painting a hole » placés en ouverture sont plutôt enthousiasmants par leur rythme enlevé, leur mélodie accrocheuse, on a quand même l’impression d’un accouchement aux forceps. On ne retrouve pas cette grâce mélodique, cette légèreté à l’oeuvre sur « Wincing the night away« . Écoutez un titre comme « Phantom limb » pour comparer! Cependant la rythmique presque ska de « Name for you » conjuguée à la voix haut perchée de Mercer fonctionne et les riffs répétitifs de « Painting a hole » que soulignent quelques nappes électroniques font taper du pied et finissent par convaincre. Ce n’est pas le cas de « Cherry hearts » dont les arrangements balourds ne relèvent pas une mélodie bien terne ni vraiment de la ritournelle « Fantasy island » tant on a l’impression que Mercer pourrait en sortir des dizaines comme ça de sa musette. Des ficelles plus que de l’inspiration. Il faudra attendre la toute fin de la face avec le très country-folk et débranché « Mildenhall » pour être à nouveau accroché. Le titre déroule sa sérénité comme une route toute droite à travers les plaines. Une première moitié d’album en demi teinte donc mais heureusement le meilleur se situe sur la face B

« Rubber ballz » remonte déjà considérablement le niveau avec un titre 100% The Shins dans l’esprit et le son. Même si on quelque peu surpris par les choeurs très 60′s du début, la chanson, par sa mélodie et ses arrangements plus pop, tient la route. mais c’est sur « Half a million« , le meilleur titre du disque que The Shins confirme son standing. La mélodie est irrésistible, certains passages de guitare semblent tout droit sortis du dernier Ratatat et le refrain se chante à tue-tête. De la pop qui donnent la pêche! Dès lors l’album est lancé est va maintenir un niveau de qualité jusqu’à la fin. Que ce soit avec le décontracté « Dead alive » où la voix de Mercer semble réverbérée à outrance, ou encore sur « Heartworms » le titre à la mélodie encore une fois imparable, où le  refrain s’envole. « So now what » est aussi une grande réussite, Mercer amenant sa voix dans les aigus et le titre dans la stratosphère. L’album se referme en beauté sur « The fear » qui semble être une variation du « Walk on the wild side » de Lou Reed, mais une variation solaire, où les violons disputent à l’harmonica le rôle d’éclairer le titre de l’intérieur.

The Shins vient de réussir ce qu’ils avaient raté avec l’album précédent, le passage à l’âge adulte. « Heartworms » s’il n’est pas un chef d’oeuvre, témoigne d’un talent mélodique intact, malgré quelques baisses de régime et surtout d’une envie d’aller explorer d’autres horizons. L’intention est louable et annonce peut-être de grandes choses à l’avenir quand l’équilibre entre les différents ingrédients sera trouvé.

À écouter: Half a million – Heartworms – Name for you

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Depeche Mode – Spirit

Depeche Mode – Spirit – 2017

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Des grands groupes à succès britanniques nés dans les années 80 que reste-t-il? The Cure ne vit plus que sur son passé, U2 produit depuis maintenant 20 ans des albums sans intérêt, Morrissey semble avoir perdu la flamme depuis longtemps. Seul New Order tient miraculeusement la route depuis la renaissance « Get ready » en 2001. Et Depeche Mode. Ceux qui furent tant moqués dans les 80’s par les tenants du rock à guitares trop bas du front pour se rendre compte de l’incroyable talent du quatuor devenu depuis trio ont été adoubés définitivement dans le panthéon pop/rock. Après 35 ans d’existence, voici donc « Spirit » le 14ème album du groupe.

On ne peut nier que depuis « Exciter » en 2001, Depeche Mode, sans jamais se départir d’un niveau de qualité  exigeant, semblait cependant être parfois en pilotage automatique, gérant, avec talent, sa notoriété, les albums se succédant et se ressemblant quelque peu. Toutefois il n’y a pas de mauvais album de Depeche Mode, c’est simplement que le groupe a depuis longtemps trouvé son équilibre. Depuis le chef d’oeuvre « Violator » au tournant des 90’s. À la pop ultra synthétique des débuts, le groupe a intégré les guitares et la noirceur du blues pour un résultat unique, identifiable entre mille: le son Depeche Mode.

Si « Spirit » n’échappe pas totalement à ce constat – pas de révolution ici dans l’approche musicale – l’équilibre entre l’électronique, les claviers, les guitares et l’extraordinaire voix du chanteur Dave Gahan y atteignent une maturité, une plénitude, une profondeur impressionnantes. La première moitié du disque vole très haut avec l’immense « Going backwards » placé en ouverture, d’une noirceur majestueuse, qui place d’entrée l’album au niveau des plus grandes réussites du groupe, « The worst crime » sublime ballade tout en ruptures, « Scum » noire et rageuse. Plus loin « Cover me » est une des plus belles chansons jamais produite par Depeche Mode, chantée par un Dave Gahan en apesanteur qui se finira dans un long final instrumental en boucles électroniques rehaussées de guitares slide. Si la deuxième partie du disque, sans être, loin de là, inintéressante, n’atteint pas ces sommets elle comporte pourtant ce qui est peut-être un des deux meilleurs titres avec « So much love« . On y retrouve, plus prononcé, l’héritage des 80′s. Sur un rythme frénétique, mêlant électronique et des sons de guitare qu’on jurerait sortis de chez The Cure, le groupe dégaine un tube imparable. Il faut noter aussi en fin de parcours, le très beau « Fail » dont on se demande bien pourquoi il est chanté par Martin Gore qui n’a pas le talent de Gahan pour transcender, par son interprétation, une chanson. À part ces sommets impeccables on trouvera d’autres titres d’un niveau irréprochable mais ne volant pas à la même altitude. En particulier le très réussi single « Where’s the revolution » qui se bonifie à chaque écoute, le plus classique « You move » et « No more (this is the last time) » qui déroule en toute sérénité.

L’album comporte 3 faces et une 4ème parfaitement lisse ce qui en fait en plus un bel objet mais on se dit quand même qu’il aurait pu être plus resserré, plus court et donc plus homogène si le groupe n’y avait pas inclus l’ennuyeux « Eternal« , le quelque peu lourdaud « Poison heart » et un « Poorman » routinier. Même sans ces morceaux qui en font baisser l’intensité, on tient le meilleur album de Depeche Mode depuis « Ultra » en 1997. Mais qui sait, peut-être faudra-t-il encore du temps avant de les réévaluer, ou pas? Quoiqu’il en soit, peu de groupes peuvent se targuer d’une telle longévité sans sombrer dans la caricature d’eux-mêmes. Conserver un tel niveau après tant d’années est déjà en soi remarquable.

A écouter: Going backwards – So much love – Cover me

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Grandaddy – Last place

Grandaddy – Last place – 2017

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Comment les auteurs de l’extraordinaire et inépuisable « The sophtware slump » de 2000 allaient-ils négocier leur retour? « Sumday » en 2003 avait été une sacrée réussite pop sans atteindre toutefois les sommets de l’album cité plus haut. La réponse est vite faite: « Last place » est un quasi sans faute. On passera donc rapidement sur « Chek injin » au milieu de la face A, rock basique qui, sans être lourd, reste cantonné à la 3ème division, loin des hauteurs où plane habituellement Grandaddy.

Pour le reste, on retrouve tout d’abord ce son unique qui est l’essence du groupe, un pied dans un folk bucolique avide de grands espaces, l’autre au contraire pointé vers le ciel. Ici, des rythmes terriens et des guitares au grain légèrement saturé et distordu côtoient des claviers planants, des envolées de cordes et la voix si particulière de Jason Lyttle, douce et pourtant brisée, toujours à la limite du déraillement sans jamais cependant quitter la voie(x). L’album est assez clairement construit autour d’une face A plus pop/rock et rythmée et d’une face B faite de ballades d’un niveau phénoménal.

On est en terrain connu dès un « Way we won’t » hyper accrocheur placé en introduction. La mélodie est implacable, les arrangements d’une sobriété toujours inégalée et il faudra que l’on me dise comment ces types arrivent à utiliser des sons de claviers aussi kitsch joués à un doigt et qui pourtant se fondent parfaitement à l’ensemble. On est donc rassuré, Grandaddy fait du Grandaddy mais comme ils sont les seuls à le faire on ne va pas se plaindre. « Brush with the wild » enchaîne dans la même veine, chanson parfaite pour rouler la vitre ouverte. Même ses quelques facilités dans la mélodie passent sans problème avant qu’ »Evermore » fasse bourdonner les claviers et ronronner ses guitares pour le premier single impeccable de l’album. « The boat is in the barn » fait irrésistiblement penser en particulier sur le refrain au Mercury Rev de « Deserter’s songs« , inutile de dire que c’est un compliment, et conclut un quatuor de tête de pop planante d’une qualité impressionnante. « I don’t wanna live here anymore » ralentit le tempo en fin de face A et annonce une face B bien supérieure encore. Oui le meilleur est à venir.

Toutes les somptueuses chansons de la face B convoquent les frissons à chaque écoute. On passe du mid-tempo de « That’s what ou get for getting’ outta bed » sommet de mélancolie, au chef d’oeuvre « This is the part » 4’26″ de beauté pure, magnifiée par des cordes somptueuses, des choeurs poignants prenant appui sur une rythmique inébranlable. On reconnait un très grand groupe quand on peut dire qu’ils sont les seuls à pouvoir produire ce que l’on entend. Personne d’autre ne pouvait sortir « This is the part » dont « Jed the 4th » n’est qu’une sublime variation pour prolonger le plaisir deux minutes durant. On se dit qu’ils ne pourront pas faire mieux, même aussi bien serait miraculeux, qu’on est déjà remboursé au centuple de l’investissement. Et pourtant, juste derrière, démarre pour 6 mn de beauté suspendue à quelques notes épurées de piano, l’extraordinaire « A lost machine » qui sera traversé de zébrures électroniques, gonflé de claviers toujours aussi bourdonnants puis accompagné pour un final fantastique d’une batterie toujours aussi imperturbable, au terme duquel ne subsisteront que quelques bidouillages électroniques. Il fallait bien, comme après un trip, « Songbird song » pour redescendre de si haut et reprendre pied avec le plancher des vaches, magnifique folk song à peine rehaussée de quelques claviers planants et tournoyants, de blips électroniques. On n’a qu’une envie, remettre le bras au début et en reprendre une louche.

Alors oui « Last place » ne fait en rien évoluer la musique de Grandaddy mais est-ce vraiment nécessaire? Il est la preuve qu’ils n’ont pas encore fait le tour du travail entamé depuis quasi 20 ans, qu’ils sont toujours aussi nécessaires et inimitables.

En écoute : « This is the part »; « A lost machine » et « Way we won’t »

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Ed Sheeran – Divide

Ed Sheeran Divide – 2017

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Le nouvel album de Ed Sheeran est certainement à l’image de son auteur. En effet, Ed est le type parfait. A la fois gendre idéal et bon pote sur qui l’on peut compter, tout le monde aime Ed Sheeran. Il est d’ailleurs indéniable qu’il a une bonne tête avec ses lunettes qui lui donnent à la fois l’air cool et mature, le bon élève qui ne se prend pas aux sérieux. En plus Ed chante bien, toujours juste, jamais un dérapage, que demande le peuple? Et puis il n’est pas comme tous ces artistes décadents, ah ça non! Ed lui a les deux yeux de la même couleur, il ne s’habille pas en femme, ne se maquille pas, il ne montre pas sa bite pendant ses concerts, je suis sûr qu’il ne se drogue pas et ne boit jamais que modérément mais ça on peut avoir des surprises. Et puis Ed c’est un type sensible, ça s’entend dans sa musique, il sait se faire mélancolique mais bon eh! on se laisse pas abattre alors on accélère le rythme, on chante tous en choeur et ça ira mieux bon sang de bois! Et puis son album ne brutalisera pas vos oreilles, bien au contraire, vous serez comme chez vous, dans un environnement rassurant et confortable. Ed plaira à tout le monde je vous dis, à votre grand tante pourtant hostile à ces musiques de jeunes, à vos parents qui peut-être ont oublié qu’un jour ils ont aimé les disques des Stones, des Clash, des Beatles, de Bowie, des Cure, et j’en passe tant et tant, il plaira à vos voisins, et donc forcément aux programmateurs de FM,  parce que la musique d’Ed est consensuelle, on dirait même que l’adjectif a été inventé pour elle.

Alors faisons un tour dans ce « Divide » promis à tous les succès. On comprends vite, mais c’est logique, qu’on a déjà entendu cet album 1000 fois depuis qu’on écoute de la musique. C’est évidemment là une des principales raisons du consensus cité plus haut. Cette alternance de ballades acoustiques et de titres plus enlevés mais pas trop, aux arrangements ultra classiques, aux mélodies qui prennent exactement le tour que l’on pense qu’elles vont prendre, cette voix au léger grain mais sans personnalité, sans fêlures, d’une perfection lisse, – comparez dans le registre haut Ed Sheeran et Thom Yorke de Radiohead, le verdict est sans appel, mais il est vrai qu’il y a 4 divisions d’écart – ces incursions dans la « world music », mais une world music qui servirait de fond sonore à une promotion de produits exotiques à Géant Casino juste à côté du rayon «  »CD » où trône, en tête de gondole, le nouvel album d’Ed Sheeran. S’il était mort, Paul Simon se retournerait dans sa tombe en entendant « Bibia Be Ye Ye« , pompage de l’inépuisable album « Graceland » de 1986. Mais en plus le pompage s’est arrêté à l’emballage et a oublié ce qui constituait l’âme du chef d’oeuvre de Paul Simon, l’osmose entre les musiciens sud africains et lui. Quant à comparer les interprétations vocales, et la qualité des chansons, … Sur le simili folk irlandais « Nancy Mulligan« , Ed Sheeran est bien plus près de Chris de Burgh que des Pogues ou des Waterboys qui eux, exprimaient l’âme même de cette musique, chacun à leur façon.

« Divide » se déroule ainsi, aussi propre, aussi sécurisant, aussi lisse, aussi ennuyeux qu’une salle d’attente ou qu’un centre commercial. Si un certain consensus en politique est vital pour la paix d’une société, il en va tout autrement en art. Ce dernier, pour avancer, pour exister, pour avoir un sens, doit nous bousculer, nous surprendre, prendre le risque de nous déplaire, ne peut pas être superficiel mais doit s’apprivoiser, se révéler petit à petit, ne pas craindre les gouffres, les brisures, les chutes mais ce ne sera que pour atteindre plus de profondeur et de beauté au final. Cet album ne fera de mal à personne, il est même plus que probable qu’il fera du bien à beaucoup et c’est tant mieux. Je n’ai rien contre Ed Sheeran, je n’ai rien contre son album « Divide« , c’est juste qu’il ne m’intéresse pas mais que les fans outrés admettent que j’ai fait l’effort d’écouter avant de juger :) Et je vais même terminer sur une note positive! Ed Sheeran a du talent! Il le prouve sur la 1ère minute du dernier morceau, quant sur 3 notes de piano, sa voix se fait soudain fébrile sur une mélodie fragile, il touche alors dans le mille. L’instant est fugace car très vite l’assurance reprendra le dessus mais l’instant est là alors tout est possible, il faut peut-être simplement que Ed déboucle sa ceinture et lâche les mains , qu’il perde un peu le contrôle. Il n’est pas obligé de s’habiller en femme,  ni de se maquiller, juste se laisser un peu aller. Ce dernier titre s’appelle « Save myself« . Un appel? Allez je la mets en écoute.

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Aquaserge – Laisse ça être

Aquaserge – Laisse ça être – 2017

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Ce groupe français joue avec les mots et les images, et aussi bien sûr avec les sons comme nous allons voir. « Laisse ça être » peut être la traduction littérale de « Let it be« , « Aquaserge » un évident jeu de mot d’inspiration mi-dada mi-gainsbourienne. Et leur musique? Inclassable, impossible à ranger dans un tiroir avec étiquette et c’est ce qui en fait sa richesse, son originalité permanente. L’album oscille, au gré de ses 8 morceaux, entre le jazz, la musique de films, le rock progressif, utilise des quantités de cuivres, des percussions, des guitares électriques, multiplie les ruptures de tempos, de rythmes, d’ambiances entrainant l’auditeur dans des directions toujours surprenantes. Cependant, l’album est d’un accès très facile, pas besoin d’être un habitué des musiques complexes pour l’apprécier et se laisser entraîner.

Les cuivres de « Tour du monde« , soutenus par des bongos ouvrent le bal. On entend en arrière plan des zébrures de guitares électriques. Le ton est donné, celui du mouvement, du mélange, du déplacement perpétuel, pour amener les morceaux là où on ne les attend pas tout en retombant sur les pattes. « Si tu marches sur tes propres pas c’est que tu as fait le tour du monde » dit le texte succinct.   »Virage sud » n’a rien d’un chant de supporters du kop, plutôt d’une incursion vers une pop psyché des années 60,  et quand la batterie bégaie, ce sont des flutes tournoyantes qui prennent le relais. C’est une affreuse intro prog rock 70′s boursouflée qui lance « Tintin on est bien mon loulou » et continue sur des paroles à la manière de « Course à pied/ Pied à Terre/ Terre de feu... » juste avant le virage à 180° du titre vers une ambiance jazzy lounge. Mais cela ne sera que de courte durée car les riffs prog sont de retour et puis non on change encore de direction. De quoi s’agit-il sur « Si loin si proche« ? De pop? De jazz? On reste cependant justement au carrefour de plusieurs genres sur des paroles énonçant  des oxymores loin/proche; différence/ressemblance. Le titre est apaisant, presque zen, invite à flâner dans la nature accueillante. La face A se termine et on a l’impression d’une perte de repères tellement salutaire dans cette époque de musiques formatées.

En ce début de face B « C’est pas tout mais » égrène des bouts de phrases, plutôt des ponctuations, de ces mots que l’on prononce pour combler les vides de conversations  laborieuses. La basse est ronde et chaude, les cuivres lacèrent l’espace, avant que le titre ralentisse et se termine dans un long suspens. Je passe plus rapidement sur « L’ire est au rendez-vous » et son chant poético médiéval pénible pour m’arrêter sur le magnifique « Charme d’Orient » instrumental aux accents Gainsbouriens pour le son des guitares mais à la tonalité nocturne et onirique, comme une déambulation de nuit dans un monde fantastique. Ambiance que prolonge « Les yeux fermés« , superbe ballade où rêves et fantômes cohabitent et qui clôt un album d’une liberté totale, brassant les références pour un résultat sans concession et pourtant original et accessible. Aquaserge? La question ne se pose même pas!

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Tristesse Contemporaine – Stop and start

Tristesse Contemporaine – Stop and start – 2017

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Ainsi il parait que Tristesse Contemporaine, que je croyais être un groupe français, n’est composé que d’étrangers. Fut un temps où le rock français était complexé par la production anglo-saxonne, ce temps est donc révolu puisque cet immense « Stop and start » aurait pu être conçu par chez nous sans que cela étonne plus que ça. Je ne connaissais le groupe que de nom, je le découvre avec ce 3ème album d’un rock sans concession à la fois ténébreux et branché cependant sur les pulsations cardiaques qui agitent les danseurs qui illustre on ne peut mieux le nom du groupe (quelle trouvaille!) et la pochette magnifique et intrigante, presque surréaliste. C’est du côté de la matrice Joy Division qu’il faut chercher les influences musicales: une batterie à  la fois puissante et sobre comme jouée dans une église, une voix sombre et grave, des guitares et des claviers aussi discrets qu’incisifs. On retrouve aussi très souvent des ambiances croisées chez Jesus and Mary Chain. Cependant le groupe ne se prive pas d’utiliser les sons électroniques s’inscrivant dans une modernité qui lui fait éviter l’écueil de la nostalgie. Les chansons sont donc actuelles, puissantes et profondes, se révélant encore un peu plus à chaque écoute.

Témoin l’extraordinaire « Let’s go » qui ouvre l’album avec ses pulsations de basse, une voix dont on sait qu’on va y revenir souvent avant qu’un clavier et des guitares aussi discrètes que sobres propulses le titre vers les sommets. Comment faire beaucoup avec peu, c’est la leçon bien retenue d’une cold wave digérée réduite à l’essentiel. L’inquiétant « Dem roc » propulse l’album sur les pistes de danse avec son phrasé répétitif et ses boucles entêtantes. C’est ensuite l’excellent et presque pop « Girls » qui vient chatouiller nos oreilles avant « Know my name » une espèce de rockab famélique et crade que les Cramps n’auraient pas renié mais qui détonne un peu dans l’ensemble. La face A se termine avec le plus léger « Everyday » qui fait taper du pied, emballé par des riffs étonnamment léchés.

C’est cependant la face B qui emporte l’album encore plus haut. « It doesn’t matter » commence par des bourdonnements et une batterie à contre temps. L’influence Jesus and Mary Chain est manifeste surtout quand les guitares quasi noisy et la voix réverbérée entrent en piste. Le morceau est ténébreux et puissant. Tout comme le fantastique « Stop and start » soutenu par des nappes de claviers, des rythmes presque industriels. Le morceau monte en puissance et en intensité tout en étant très répétitif avant de s’interrompre brusquement. Mais c’est pour laisser la place au gigantesque « No hope » qui est à la fois pop et sautillant et d’une noirceur insondable. 2ème tube avec « Let’s go« ?? On peut toujours rêver! L’album se clôt sur le bien nommé et ultra connoté « Ceremony » qui renvoie bien évidemment au New Order première mouture. Construit autour d’un riff de guitare en boucle, presque psalmodié d’une voix caverneuse, le titre se fait entêtant, monte en intensité avant de disparaître brutalement.

Sans jamais sombrer dans les clichés d’un revival cold wave 80′s, Tristesse Contemporaine vient donc de livrer un album d’une intensité, d’une puissance folles pourtant construit sur des arrangements qui vont à l’essentiel, sans esbroufe mais les chansons qui le composent sont d’un niveau d’ensemble tel qu’elles n’en ont pas besoin.

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David Bowie – Station to station (réédition vinyle)

David Bowie – Station to station – 1976 (réédition 2017)

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Succès du vinyle aidant, on réédite à tout venant et c’est tant mieux, pour ceux qui, comme moi, reconstituent tant bien que mal leur discographie. Les albums de David Bowie ressortent donc dans leur version d’origine petit à petit. C’est l’occasion pour ceux qui ne le connaitraient pas (il y en a?) de découvrir ou de redécouvrir donc cet album central de 1976, à la fois aboutissement et, comme toujours avec lui, nouveau départ vers d’autres univers dans la carrière de Bowie. Méconnu du grand public, il s’agit là cependant d’un des quatre meilleurs albums de Bowie, un incontournable en ce qui me concerne.

Débarrassé de ses oripeaux Ziggy, après avoir asséné trois albums « Ziggy Stardust; Aladin sane; Diamond dogs » en trois ans et autant de chefs d’oeuvre, Bowie tente et réussit tout. « Station to station » succède à « Young americans » dans lequel Bowie avait pris tous les risques en allant enregistrer son album soul à Philadelphie avec les musiciens du cru. Essai transformé haut la main. Il amorce ici un virage vers les expérimentations entre autres électroniques alors en cours en Europe et en particulier en Allemagne, prend acte du continent Européen en tant que nouvel espace de culture tout en intégrant les éléments soul récemment explorés. Le résultat est époustouflant sur un album de 6 titres (dont une reprise) qui sont autant de sommets et font le lien entre l’album précédent et la fameuse trilogie dite « Berlinoise » qui s’annonce « Low; Heroes; Lodger« . Bowie n’a pas fini de surprendre, toujours là où on ne l’attend pas. Il s’entoure des musiciens impeccables que sont Carlos Alomar, Earl Slick, débauche le pianiste de Springsteen Roy Bittan, pour un album inclassable, aux relents de soul et de funk mais passés à la moulinette d’un rock froid et blanc sur lequel plane, majestueuse, la voix du Roi David.

Le morceau titre en ouverture écrase toute concurrence tout au long de ses 10 minutes absolument exceptionnelles. Chanson fleuve, à tiroirs, à étages, comme on veut, qui commence par des bruits de train et se termine en cavalcade. « The European cannon is here » et sa déflagration se fait encore entendre aujourd’hui tant « Station to station« , la chanson, est un coup de tonnerre dès le début de l’album. Progressive, car elle évolue régulièrement de changements de rythmes en changements de mélodies, elle ne comporte pourtant pas les lourdeurs des groupes progressifs alors en vogue à l’époque. Le titre est tellement riche que chaque écoute apporte son lot de découvertes, d’émotions nouvelles bien difficiles à décrire. Il faut prendre ce train, monter le volume et goûter à ce classique pop rock sans modération. Puis attaquer un autre monument avec le tube « Golden years » superbe de décontraction ultra maitrisée, emmené par un Bowie  impérial au chant avant de terminer la face avec la ballade en or massif qu’est « Word on a wing« . Jamais jusque là Bowie n’a aussi bien chanté, élargissant sa palette encore plus loin. C’est par un piano guilleret que commence « TVC15 » juste avant que le titre prenne une ampleur impressionnante, la voix comme à bout de souffle. Le riff de « Stay » restera dans toutes les oreilles faisant surfer le titre sur une espèce de funk blanc et froid. Mais la grande performance vocale, et pourtant le niveau aura été impressionnant du début à la fin, est l’interprétation de la ballade triste et seule reprise de l’album « Wild is the wind« . Je ne connais pas la version originale mais il me semble impossible qu’elle soit supérieure à celle de Bowie tant celui-ci est capable de chanter comme un crooner qui jamais ne se prendrait au sérieux puis de monter dans les aigus pour atteindre une émotion à chaque nouvelle écoute.

Il faut se précipiter donc sur ce classique qui est aussi un très bel objet, la pochette tirée du film « The man who fell the earth »  dit bien ce qu’est Bowie par rapport aux autres: un extraterrestre.

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Bonobo – Migrations

Bonobo – Migrations – 2017

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Le nouvel album de Simon Green, alias Bonobo, porte bien son nom. Il nous invite à un voyage sonore quasi exclusivement instrumental, d’une grande douceur, d’une extrême finesse également. Les instruments traditionnels se mêlent impeccablement aux subtils et inventifs arrangements électroniques tout au long de 12 morceaux plus contemplatifs que dansants, même si certains sont plus rythmés que d’autres.

On est séduit d’entrée de jeu par l’inaugural « Migration » dont les pulsations soyeuses viennent accueillir quelques notes de piano décalées puis tout un environnement de bruits, murmures, évoquant une nature charmante avant l’entrée en scène d’une batterie qui apporte son énergie à l’ensemble. Que dire du somptueux « Break apart« , un des rares morceaux chantés? La chanson déroule une mélodie magnifique dans un cocon composé d’arrangements de vents et d’électronique. La mélancolie que distille le morceau touche au coeur sans jamais céder à la facilité pour atteindre un des sommets du disque. Les 7mn 50 de « Outlier » poursuivent dans une veine plus électronique et répétitive qui convainc moins même si le morceau n’est pas sans intérêt mais peine de la comparaison avec ses deux compagnons de la face A. C’est Pete Seeger qui est samplé sur « Grains« , fragile composition hybride basée sur des violons en suspens qui invite à la contemplation. Tout comme « Second sun » qui évoque une dentelle de cristal dont les notes de guitares tintent sur un coussin de violons. Le voyage prend la direction du Maroc sur « Bambro Koyo Ganda »  dans une collaboration avec les musiciens d’Innov Gnawa qui viennent poser leur voix sur un titre qui prend le large vers de grands espaces. Les voix féminines s’entrecroisent sur le plus pop « Surface » qui débute la face C avant le plus anodin « Kerala » mais c’est « No reason » qui emporte la mise haut la main. Chanté par Nick Murphy, anciennement nommé Chet Faker, qui tient presque la comparaison avec Thom Yorke, le titre est certainement le plus accrocheur de l’album. Les cuivres montent en puissance sur le très grand « Ontario« , la guitare sinueuse se promène, le tout sur des arrangements électroniques proches du bourdonnement avant la clôture de l’album avec le monumental « Figures » qui viendra mourir dans le silence après 6 minutes de collages sonores unifiés par une voix répétitive.

Cet album ne mettra pas le feu à la piste de danse mais pourrait bien ouvrir grand les fenêtres de votre esprit, pour peu que l’on accepte de s’y plonger, de s’y perdre, de se laisser dériver dans ses méandres. Pas une once de graisse ici, tout est fragile et délicat et ça fait du bien.

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Foxygen – Hang

Foxygen – Hang – 2017

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Voilà un album sacrément ambitieux! Pas par sa longueur, il ne comporte que 8 titres, 4 par face, mais déjà par les impressionnantes sections de cuivres, de cordes et de bois convoquées. Pas moins de 40 musiciens oeuvrent ici en plus des 4 membres du groupe qui s’était révélé en 2013 avec le formidable « We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic » dans lequel ils entreprenaient de revisiter les années 60/70. Foxygen se paie donc une super production en Technicolor pour ce 3ème album « Hang« . Le cinéma est d’ailleurs omniprésent tout au long du disque, évoquant tour à tour, la comédie musicale ou encore le mélodrame.

C’est cependant par l’excellent et radieux « Follow the leader » que débute l »album à grands renforts de cuivres très 70′s. Le titre, hyper orchestré, ne sombre jamais dans la lourdeur ni l’emphase, ce qui ne sera pas toujours le cas tout au long du disque. Un début fracassant donc avant « Avalon » (rien à voir avec Roxy Music) et son ambiance cabaret 30′s qui terminerait sa course à Broadway dans les 50′s. L’ambiance est toujours aussi gaie, le tempo s’accélère le temps d’une sarabande, les choeurs sont parfois un peu pesants mais le coeur est léger. Le niveau monte de quelques degrés pour un des meilleurs titres à savoir « Mrs Adams » dans lequel le chanteur Sam France fait des merveilles passant de l’apaisement à l’énergie la plus brute. Les montées de cordes et de cuivres sont fantastiques, et on se croirait revenus à la grande époque des Stones sur la fin du morceau. J’ai plus de réserves sur le pourtant très ambitieux « America » mais qui n’évite pas l’indigestion en particulier dans la première partie du morceau avant de s’alléger, de trouver son rythme de croisière et de nous enchanter sur la fin.

C’est Dylan qui est convoqué sur « On lankershim« , mais un Dylan symphonique pour un morceau de facture plus classique, aux arrangements beaucoup plus légers, qui renvoient directement aux 70′s. « Upon a hill » commence comme du Divine Comedy, hyper classe, aux arrangements superbes d’une mélodie léchée puis accélère curieusement pour finir encore une fois comme la bande son d’une comédie musicale. Ce n’est pas la première fois que le groupe, sur cet album, opère des virages radicaux en plein milieu d’un morceau, pour un résultat surprenant  mais pas toujours plaisant pour l’auditeur que je suis. Aucune faute de goût par contre sur l’impressionnant « Trauma« . Le ton se fait mélancolique, mais une mélancolie sur grand écran, lyrique et somptueuse où les cordes et les cuivres se répondent par grandes envolées jusqu’à ce qu’un solo de guitare grandiose enveloppe le tout. C’est par le grandiloquent « Rise up » et ses roulements de tambours que se termine le disque. Un titre en trois vagues successives, qui après un départ un peu trop emphatique, s’apaise avant un final tonitruant tout de cordes, de cuivres et de guitares poussées au maximum.

Ambitieux donc que ce « Hang« . Foxygen se donne les moyens de son ambition qui aurait fait flop sans la force et la complexité des compositions. L’album n’évite pas toujours le gras mais ne s’y vautre jamais trop longtemps. Une belle bouffée de Foxygen (facile mais j’ai pas pu résister).

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Sohn – Rennen

Sohn – Rennen – 2017

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Déjà 3 ans depuis « Tremors« , premier album de l’anglais au pseudo allemand. 3 ans durant lesquels je ne me suis jamais lassé de ces morceaux électroniques et pourtant si émouvants et humains, de par leur dépouillement, leurs arrangements sophistiqués qui servaient d’écrins à cette incroyable voix cristalline du chanteur. Sohn qui a su faire pleurer les machines, remet donc le couvert avec « Rennen » (courir en allemand), à l’impeccable pochette à la fois futuriste et rétro.

Encore une fois, l’artiste est responsable de quasiment tout, de la production à la composition en passant par l’interprétation et le chant de ces 10 nouveaux morceaux. À la première écoute, l’impression est saisissante. Sa musique semble avoir gagné en confiance, en assurance et en ambition. On ne retrouve qu’épisodiquement cette fragilité qui faisait la beauté de « Tremors » et c’est bien ce qui déçoit. Si l’on retrouve bien sûr les mêmes ingrédients: chant haut perché aux intonations soul, beats organiques, claviers atmosphériques, Sohn a sans nul doute musclé son jeu. Cela est particulièrement perceptible sur les deux premiers morceaux, conçus semble-t-il, pour frapper les esprits d’entrée. « Hard liquor » ressemble à la veine gospelo-mystique de Dépêche Mode avec d’imposants claviers venant doubler la voix sur les refrains. Le titre n’est pas mauvais mais peine à émouvoir tant il est calibré, entrainé par un rythme un peu trop pesant. Même chose sur « Conrad« , encore plus éprouvant à l’écoute, comme si le Peter Gabriel de « So » réarrangeait ses morceaux à la sauce électronique. Pénible! Cette entame fait craindre le pire. Aurait-on perdu tout ce qui faisait la saveur du premier album, la fêlure, la fragilité, les silences au profit d’une musique assez insipide, calibrée pour le succès?

Heureusement dès « Signal« , 3ème morceau de la face A, Sohn prouve qu’il a plus que de beaux restes. On retrouve ici le dépouillement, la simplicité qui met en valeur la chanson en lui construisant un cocon dans lequel la voix de Sohn peut s’épanouir. On reste loin cependant des sommets de « Tremors« . La complexité rythmique de « Dead wrong » prend l’apparence de la simplicité mais les claviers pachydermiques du refrain ont du mal à convaincre. La voix de Sohn a-t-elle vraiment besoin de ces effets sur « Primary« , dernier morceau honorable mais sans génie de la face? Face à la fin de laquelle je suis dubitatif. Mais heureusement le meilleur est à venir. On franchit d’un coup plusieurs paliers vers le haut avec « Rennen » placé en début de face B, somptueuse ballade piano voix rehaussée de quelques nappes de claviers. Puis c’est « Falling » qui débute sur quelques pulsations qu’une voix presque soul vient accompagner. Plus tard elle sera mise en boucle pour un final du plus bel effet, montant en intensité. « Proof » est une réussite totale également. Très belle mélodie montée sur beats discrets, nappes de claviers et curieux murmures fantomatiques qui touche au coeur. L’arrivée à quai de « Harbour » avec son introduction a capella avant la fin instrumentale débridée, n’est plus très loin mais le ralentissement s’opère dès « Still waters » et son chant immobile en quasi apesanteur.

C’est donc en face B qu’il faut aller chercher les plus grandes réussites de « Rennen« , album d’une grande maitrise, à la réalisation parfaite mais d’une portée émotionnelle trop inégale. l’avantage c’est qu’il n’est pas nécessaire de retourner le disque!

Rennen

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Signal

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Hard liquor

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The XX – I see you

THE XX – I SEE YOU

The XX - I see you - 2017

Voilà un disque attendu! Après deux albums fantastiques, en particulier « Coexist » le deuxième, The XX était dans l’obligation de faire évoluer une formule poussée à sa quasi perfection. Celle d’une new wave des années 2000, qui puisait sa source chez Cure, Siouxsee and The Banshees par sa noirceur et son étrangeté mais aussi son dépouillement. Une musique qui ne craignait pas levide, des voix masculine et féminine d’une complémentarité rarement entendue, mêlant basse, guitare et claviers 80′s aux incroyables enluminures électroniques de Jamie XX (dont l’album solo tout aussi réussi confirmait le talent) pour un résultat à nul autre pareil, identifiable immédiatement.
The XX a évolué, pour un album inégal dans lequel on retrouve les éléments cités plus hauts mais qui ont subi un toilettage qui en a parfois gommé les aspérités les plus intéressantes.
Le meilleur exemple est « Dangerous » le titre placé en ouverture de ce « I see you« , 3ème album du trio magique. Cuivres rutilants sur un rythme oscillant entre r’n'b soft et électro pop. Le titre est impeccablement produit, joué et interprété. Les voix comme d’habitude fonctionnent à merveille mais l’ensemble laisse indifférent et perplexe. L’émotion semble avoir laissé place à une efficacité assez stérile. The XX deviendrait-il sur « I see you » un groupe comme tant d’autres? On se prend à s’inquiéter. Le doute reviendra avec « Performance » dernier titre de la face A (chanté très bien comme toujours par Romy), tout en silences à peine réhaussés par une guitare aigrelette et quelques traits de violons. Encore une fois le titre laisse assez froid, le trio semblant appliquer une recette réussie mais sans génie. Même constat sur « Brave for you » en face B qui patauge tout de même un peu sur la longueur et traine son ennui.
Cependant malgré ces baisses de régime, The XX reste un grand groupe et atteint des sommets quand la formule fonctionne. La triplette magique au coeur de la face A est sidérante d’intensité, de profondeur tout en jouant le dépouillement. Les voix d’Oliver et Romy restent un duo homme/femme parmi les plus sidérants jamais entendus. Quand l’écrin conçu par Jamie XX ne cède ni aux sirènes des hits parades ni à une certaine pesanteur, l’album atteint des hauteurs peu égalées dans la musique pop d’aujourd’hui. « Say something loving » est un véritable poison vers lequel on revient inlassablement, et ce sont des chants quasi religieux accompagnés de percussions légères qui ouvrent le fantastique « Lips » sur lequel The XX s’autorise des incursions vers l’orient. La chanson est somptueuse. Mais que dire de « A violent noise« , peut-être le plus grand titre de l’album? Mélodie magnifique en suspens, dépouillement maximum, arrangements électroniques d’une discrétion ultra classe. La chanson supporte le silence après chaque prononciation du mot « noise » et provoque les frissons à chaque fois.

« Replica  » est typique du nouveau XX, ouaté à souhait, il enferme l’auditeur dans un cocon de douceur avant de s’envoler sur un refrain quasi instrumental. Il est parfois agréable d’être pris dans le sens du poil. On aura la même impression plus loin sur « I dare you » et sa rythmique sautillante et guillerette, un peu convenue.
Le single « On hold » est d’un autre calibre et réussit l’équilibre parfait entre inventivité et tentative de séduire les foules. Les ruptures de rythme sont incessantes, la mélodie imparable. L’album se conclut de belle manière par «  » qui vaut surtout par son final instrumental en apesanteur d’où émergent des voix réverbérées.
The XX est donc en pleine mue. Après l’album noir, l’album blanc voici l’album gris, parfois trop lisse, mais aussi argenté et lumineux, qui brille par ses grandes réussites et devrait considérablement élargir l’audience du groupe, qui passe dans une autre dimension et s’installe sans doute pour durer. Si le parcours est déjà assez époustouflant, ce 3ème album doit être pris comme annonciateur d’un futur dont on ne sait pas à quoi il ressemblera, le groupe s’est affranchi d’un style, et comme la confirmation d’un talent hors normes.

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