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David Bowie – Blackstar

David Bowie – Blackstar – 2016

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Je vais essayer de faire comme si. Comme si David Bowie ne m’accompagnait pas depuis mes 15 ans, comme si David Bowie était un artiste comme les autres, comme si beaucoup des chansons de David Bowie ne me transportaient pas, comme si « Blackstar » n’était pas un testament préparé de longue date, comme si David Bowie n’était pas mort ce matin.
« Blackstar » vient de sortir donc, attention je ne parle pas de l’autre étoile noire qui ne m’intéresse pas et qui, par contraste, affiche toute sa vulgarité tapageuse de promotion, de stratégie marketing, de pseudo philosophie (on croit rêver!). Ici, de commerce, de promotion, il n’y a pas. Zéro communication, zéro apparition, zéro interview. Bowie a disparu depuis plus de 10 ans maintenant. Dans ce monde ultramédiatisé, sa dématérialisation fascine, dans tout ce vain tapage, il a choisi le silence, ultime personnage toujours en phase avec son époque. Il y a 3 ans, l’album « The next day » prenait tout le monde par surprise. Un album qui cependant regardait dans le rétroviseur à l’image de sa pochette en abîme, un album de très bonne tenue mais qui innovait finalement peu. Bowie gérait sa légende sans se fourvoyer, allant jusqu’à signer la poignante « Where are we now? » et ouvrant en fin d’album de nouvelles portes avec la ténébreuse « Heat« .
On le sait aujourd’hui mais Bowie ne pouvait pas se contenter d’être moyen avec « Blackstar », la sortie se devait d’être à la hauteur de sa carrière. Alors « Blackstar » est-il à la hauteur? La réponse est oui, malgré quelques rares réserves car les sommets de l’album sont déjà parmi les pics de sa discographie. Inespéré. « Something happened on the day he died ».
Qui peut se permettre d’envoyer un single tel que « Blackstar » en éclaireur? Une chanson de 10 mn, qui en contient 3, qui mêle rythmes déstructurés, bips électroniques, saxophone en liberté, chant mystique, puis qui revient en son milieu à une somptueuse pop song apaisée, … Depuis combien de temps Bowie n’avait-il pas tracé une route aussi inédite? Certainement depuis le fabuleux « Outside » de 1995. Le résultat est stupéfiant, le titre gagne en profondeur à chaque écoute au fur et à mesure que je l’apprivoise, se révélant diamant noir. Mais la suite va atteindre d’autres sommets.
« ‘Tis a Pity She Was a Whore » est le Bowie que j’adore. Des instruments en furie sur lesquels Bowie place une mélodie complexe dont il a le secret depuis « Low » et « Heroes« . Je pense à « Beauty and the beast » pour l’ambiance froide presque industrielle. Très grand morceau.
Le titre suivant est déjà un classique. « Lazarus » débute comme du Cure période « Pornography » mais strié d’éclairs de saxo et de guitares. La voix splendide vient alors poser une mélodie intemporelle, d’une beauté et d’une mélancolie qui font frissonner. « Look up here I’m in heaven« : tout est dit.
Encore plus difficile à apprivoiser « Sue (or in a season of crime) nécessite plusieurs écoutes pour s’y frayer un chemin. Cependant le jeu en vaut la chandelle. Nous avons à faire ici à la face la plus expérimentale de l’album qui rappelle les aspects les plus ardus de « Outside« . Les musiciens partent en vrilles et loopings, calmés seulement par la voix, phare dans la tempête. Des arrangements parfois pesants par instants sont la limite du titre.
La voix inimitable et haut perchée survole la cold wave de « Girls love me » et sa rythmique implacable tout en répétant des paroles mystérieuses: « Where the fuck did mondays go? » Le titre est plus accessible mais comporte cette part d’étrangeté qui semble être le propre de l’album.
La belle introduction apaisée au piano et à la guitare de « Dollar days« , soutenues par un saxo renvoie irrésistiblement au Roxy Music d’ »Avalon » et promettent ce que la suite du morceau ne tient pas. C’est le titre faible de l’album selon moi, le plus conventionnel aussi, sur lequel l’ennui pointe son nez. On pardonne car « Blackstar » va se terminer de la plus belle des manières, par « I can’t give everything away » où Bowie avec une interprétation superbe de détachement navigue sur une basse ronde et élastique soutenue, quelques zébrures d’harmonica et de saxo (encore), pour le morceau le plus enjoué de l’album. « Je ne peux pas tout abandonner ».
Nous tenons le meilleur album de Bowie depuis « Outside » en 1995, où il retrouve le goût du risque, de l’expérimentation et trace à nouveau des pistes comme seuls, parmi les artistes reconnus, Radiohead le fait encore. Cela n’empêche pas quelques boursouflures mais l’album tutoie parfois de tels sommets que cela n’est pas un problème. Il n’y a d’ailleurs aucun problème, David Bowie n’est pas mort, la preuve il vient de sortir son nouvel album intitulé « Blackstar » il y a 3 jours.

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NZCA Lines – Infinite summer

NZCA Lines – Infinite summer – 2016

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« Peu nombreux sont ceux qui osent s’aventurer au-delà des sentiers battus... » sont les mots qui, en français, ouvrent le nouvel album de NZCA Lines, après leur premier essai remarqué de 2012, avec en particulier le titre « Okinawa channels« . Cet « Approach » en ouverture et en français parlé donc, sur fond de cordes et synthés rappelle un peu le « Bambi Galaxy » de Florent Marchet par son côté SF planante. NZCA Lines a musclé son jeu peut-être au contact de Metronomy qui semble avec Hot Chip le modèle de cet album. C’est une pop accrocheuse et électro qui domine, marquée par des nappes de claviers qui grésillent et une voix toujours aérienne et assez haut perchée. Cependant nous sommes assez loin du génie des deux groupes cités plus haut même si la triplette tubesque « Persephone dreams »; « Chemical is obvious » et «  »Two hearts » est tout à fait intéressante. La première, Metronomyesque en diable, se perd un peu dans des longueurs où guitares et claviers s’emmêlent, la deuxième, peut-être la meilleure chanson de l’album fait tout dans la subtilité entêtante. On y revient sans cesse. La troisième malgré un rythme trop binaire parvient à emporter l’adhésion grâce à un refrain qui décolle. Risque d’être fatigante à la longue cependant. « Infinite summer; New atmosphere; Sunlight » amorcent un ralentissement du tempo pour privilégier une électro planante qui malheureusement a surtout tendance à se perdre dans l’insignifiance. Des titres pas franchement désagréables mais qu’en restera-t-il dans un mois? On franchit un pas de plus vers l’indigeste cette fois-ci avec « How long does it take » et son affreuse guitare en intro, Le lourdingue « Jessica » qui se voudrait léger et « Do it better » qui porte on ne peut mieux son titre. « Dark horizon » éclaircit paradoxalement l’horizon d’un album qui commençait à se vautrer sérieusement mais il faudra attendre le dernier morceau de l’album pour sauver une face B dans l’ensemble catastrophique. « The world you have made for us » rejoint sur le fil « Chemical is obvious » sur la plus haute marche du podium.
La première phrase aura donc été cruelle pour NZCA Lines. En effet peu nombreux sont ceux qui osent s’aventurer hors des sentiers battus, Metronomy et Hot Chip en font partie, pas eux dans cet album non dépourvu de quelques bonnes idées mais noyées sous la banalité d’arrangements sans surprises et de compositions souvent trop faibles. Laissons-leur encore le temps de mûrir, de prendre des risques.

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Tindersticks – The waiting room

Tindersticks – the waiting room – 2016

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Déjà plus de 20 ans qu’un des groupes les plus classes de la planète, les Tindersticks déroulent leur musique à la fois lyrique et mélancolique. Au fil des albums, sans jamais se fourvoyer, le groupe a gagné en maturité, en équilibre sans changer la formule gagnante qui fait son succès depuis les débuts. Les cuivres, les cordes, les pianos majestueux sont toujours là emmenés par la voix fabuleuse de Stuart Staples. Le nouvel album « The waiting room » joue la sobriété, les envolées lyriques se font rares, les arrangements dépouillés au service de chansons toujours irréprochables. La face A de l’album est quasi parfaite (pourquoi quasi?). L’instrumental « Follow me » (avec joie!) plante le décor de façon somptueuse, on est au cinéma, durant la veillée d’un western crépusculaire sous un ciel étoilé. « Second chance man » démarre avec cette extraordinaire voix accompagnée d’un semblant de basse, d’un piano famélique et c’est beau à pleurer. La chanson va crescendo accueillant guitare, cuivres puis retrouve le calme au final. Comment faire mieux? Avec « Were we once lovers« , l’exceptionnel morceau suivant. Tout y est, mélodie imparable, arrangements plus classe tu meurs, envolée du refrain, basse ultra présente, cordes, orgue, grands traits de guitare et frissons garantis. Pas le temps de se remettre qu’on est cueillis par les cuivres en avant de « Help yourself« , titre plus complexe et moins évident de prime abord mais qui tient parfaitement son rang dans cette face de haute volée qui se termine par une splendeur absolue « Hey Lucinda » en duo avec Lhasa. Les clochettes d’introduction installent une ambiance de conte de Noël sur laquelle Stuart Staples vient sussurer de la voix la plus suave du monde. La chanson est tellement belle qu’elle peut tout se permettre, même les silences. Une face A stratosphérique qui n’aura pas pris une ride dans 20 ans. Mais la face B démarre sur les mêmes bases avec à nouveau un instrumental et ses bruits de casseroles au début, que l’on retrouvera avec la pluie sur « Planting holes ». « Fear of emptiness » est encore un voyage quasi cinématographique. L’album se terminera d’abord par « We are dreamers » tout en tension dramatique et surtout par le magnifique et apaisé « Like only lovers can » comme aboutissement d’un voyage sonore d’une beauté et d’une intensité époustouflantes.
Les Tindersticks sont en tournée en France pour ceux qui fuient la vacuité clinquante de Coldplay ou les vocalises formatées et sans âme d’Adèle

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Tricky – Skilled mechanics

Tricky – Skilled mechanics – 2016

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Un an après l’excellent « Adrian Thaws » voici le nouveau Tricky « Skilled mechanics« . Tricky semble être d’ailleurs sur tous les fronts puisqu’on l’annonce dans le prochain Massive Attack, groupe essentiel qu’il avait quitté après « Blue lines » le chef d’oeuvre de 1991.
Dès « I’m not going » on est en terrain immédiatement reconnaissable . Une douce voix féminine accompagnée par quelques murmures de Tricky est posée sur une batterie minimale et des arrangements squelettiques. C’est plutôt réussi mais bien peu surprenant comme si Tricky était en roue libre et la suite va confirmer cette première impression. L’album n’est pas désagréable et comporte même quelques belles réussites comme le dansant « Hero », « Diving away » qui est la reprise de « Porpoise head » de Porno for Pyros ouatée et incitant à la sieste, le joli « Bother« , encore une reprise piano/voix chantée par Luke Harris et Tricky qui murmure. Plus loin on trouve le titre qui est pour moi le sommet du disque où enfin Tricky sort de la routine pépère à l’oeuvre trop souvent sur cet album. « Here my dear » installe une atmosphère angoissante sur fond de claviers sombres et inspirés. L’album se terminera en beauté avec « Unreal » suspendu à des nappes aériennes tout comme la voix féminine qui le traverse.
Au final, sur les 13 très courts morceaux que comporte l’album (2 seulement au-delà des 3 minutes), l’auditeur ne sera que rarement bousculé dans son confort (pour l’habitué de Calogero évidemment le choc sera autre!). Tricky ne nous avait guère habitué à ce ron ron qui, loin d’être désagréable, l’album glisse sans accrocs du début à la fin, montre surtout l’application de recettes, certes personnelles, mais sans réelles surprises. Cette séquence de roue libre cache peut-être une attaque dans le prochain col! Qui sait avec cet animal?

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Chairlift – Moth

Chairlift – Moth – 2016

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J’apprends donc, grâce au titre de ce troisième album du duo Chairlift, que « Moth » désigne en anglais ces papillons de nuit aussi fragiles qu’éphémères, attirés par la lumière, dont l’un orne ici la pochette comme une menace au-dessus de la ville. Ephémère la musique de Chairlift? Céderait-elle aux facilités, à ce qui brille? J’en doute. Le précédent album emmené par la formidable «  »Amaneamonesia«  était déjà réussi mais « Moth » semble encore plus maitrisé et homogène, surtout sur la face A passionnante de bout en bout. Les étranges bruits qui ouvrent « Look up » et donc l’album, relayés par la formidable voix de Caroline Polachek proche de celle de Suzanne Vega, qui alterne ente suavité et cris, installent l’atmosphère légèrement nocturne et exotique. Festival de la chanteuse encore sur « Polymorphing » un des meilleurs titres de l’album dont les cuivres naviguent sur une rythmique liquide. La chanson fourmille d’idées d’arrangements, de multiples sons qui s’entrecroisent sur une mélodie évidente. Le starter annonce le départ sur les chapeaux de roue de « Romeo« , tube de pop sautillante et élastique, qu’on écoutera à fond les ballons les matins difficiles. Le meilleur est à suivre avec « Ch-Ching« , prodige d’inventivité qui mêle les gémissements aigus de Caroline, un souvenir des Watoo watoo (qui s’en rappelle?), un refrain exceptionnel, le tout toujours sur ces sons et rythmes liquides qui sont la marque de l’album. La face se termine en beauté avec le reposant « Crying in public » de facture plus classique mais tellement bien chanté.
L’apparent désordre en début de face B de l’introduction d’ »Ottawa to Osaka » confirme la propension du duo aux arrangements vicieux et tordus. Baisse de niveau avec « Moth to the flame » où en effet, le duo cède à quelques facilités un peu agaçantes ainsi que sur le légèrement funk « Show U off » où Caroline se livre encore cependant à ces modulations de la voix dont elle a le secret. Voix qui fait encore merveille sur les pulsations rapides de la basse et les grésillements de « Unfinished business » tout en suspension. L’album se conclut par l’étrangeté nocturne de « No such thing as illusion » qui confirme définitivement la capacité du duo à installer une atmosphère par sa science des arrangements.
Loin d’être éphémère, le talent de Chairlift s’annonce durable au contraire, emmené par cette très grande chanteuse qu’est Caroline Polachek dont je veux bien échanger 30 secondes contre l’intégralité du dernier Adèle.

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Nada Surf -You know who you are

Nada Surf – You know who you are – 2016

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Pureté et netteté des lignes sur la pochette du 8ème album de Nada Surf, vitesse dans un ciel d’azur et immobilisme au sol. Sa sobriété est à l’image de la musique du groupe. J’avoue un plaisir régressif avec Nada Surf, groupe éternel adolescent, dont la pop à guitares est immuable, les mélodies imparables, les arrangements bien que prévisibles, débarassés de toute once de graisse.
Comment résister à la triplette d’introduction: « Cold to see clear » « Believe you’re mine » et « Friend hospital » dont l’évidence frappe fort? Comment ne pas succomber à « Out of the dark » aux accents de Tom Petty (inflluence qui reviendra plusieurs fois au court de l’album) et sa trompette inattendue, à « Rushing » pépite pop?
Nada Surf est reconnaissable après 5 secondes, l’album est finalement le même que les précédents, mais la force des chansons fait passer la pilule sans coup férir pour aboutir à un croisement entre Teenage Fanclub et le Tom Petty de « Full moon fever« . Des chansons carennées pour décoller dans un bleu immaculé. Le meilleur album de Nada Surf? Sans aucun doute … comme les précédents.

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School Of Seven Bells – SVIIB

School Of Seven Bells – SVIIB – 2016

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Que de bons albums aux voix féminines ces derniers temps! Il suffit de faire un semblant de liste pour s’en persuader: Chairlift, les deux albums de Beach House, Blonde Redhead, Adèle, … non je déconne!
Cependant ce 4ème album de School of Seven Bells est né dans un contexte particulier puisque le membre masculin du duo est décédé pendant sa confection, ce qui lui confère une forcément une charge d’émotions supplémentaire. Je ne connaissais que les deux premiers albums du groupe « Alpinism » et « Disconnect from desire » aussi bons l’un que l’autre. « SVIIB » ne déroge pas à la règle. Impossible tout au long des neuf titres de ne pas penser régulièrement aux Cocteau Twins, décidément une référence incontournable aujourd’hui, et en particulier à la période plus pop des 90’s avec les albums « Heaven or Las Vegas » et « Four calendar café ».
« SVIIB » débute de façon énergique et dansante avec le presque noisy et hyper accrocheur « Ablaze ». Un tube en puissance porté par la voix très en avant d’Alejandra Deheza. Autres réussites totales, les titres « On my heart » et « Open your eyes » soutenu par des claviers et voix en écho d’une subtilité à toute épreuve.
La face B commence de manière magistrale avec le superbe « Elias », titre en apesanteur sur coussin de claviers grésillants. Le refrain magnifique est Cocteau Twins en diable. Les guitares se font plus appuyées sur « Signals » qui passe aux forceps il faut le reconnaître. Ce sont des bruits de rayons laser tirés d’une BO de film de SF 50’s qui sous tendent « Music takes me », plus Cocteau Twins tu meurs (encore!). C’est la ouate qui caractérise « Confusion » et ses nappes de claviers avant que l’album ne se referme sur l’extraordinaire « This is our time » au chant d’une mélancolie qui culmine dans un refrain d’une beauté renversante.
C’est un quasi sans fautes mais qu’en est-il de l’avenir du groupe?

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Black Mountain – IV

Black Mountain – IV – 2016

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Impressionnant 4ème album de Black Mountain, certainement leur meilleur. A l’image de la pochette, le disque est bien ancré en terre mais sa tête est dans l’espace, l’espace des 70′s. Si le tout début de « Mothers of the sun » laboure le sillon de Black Sabbath, il oscille rapidement vers le cosmos, porté par les voix planantes qui se répondent et un orgue omniprésent sur une pulsation lente. Virage toute sur « Flying saucer attack » qui renvoie de façon nerveuse aux premiers Siouxsie and The Banshees. Mais l’album est avant tout basé sur d’immenses pop songs que sont « Defector » dont le refrain renvoie au « Money lust » de Pink Floyd, « Constellations » et son riff imparable que des claviers venus d’un film de SF propulsent au sommet et entre lesquels deux voix se répondent sur une mélodie plus que parfaite mais aussi « Cemetery breeding » aux arrangement d’une richesse inouie. Entre ces sommets mélodiques, la ballade en or massif « Line them all up » démarre sur une guitare acoustique avant de décoller sous un déluge de cordes, le difficile « (Over and over) The chain » suspend d’abord son vol, planant sur des vents solaires 3 minutes durant avant de faire du rase-mottes au-dessus d’un paysage dévasté alors que « Crucify me » multiplie les faux départs.
L’album se termine par le morceau qu’on pouvait attendre de Pink Floyd depuis « Shine on you crazy diamond » et qui n’est jamais venu. Les 9 minutes de « Space to Bakersfield » débutent en écho à « Space oddity » de Bowie (Space to Bakersfield / Are you listening?), voix masculine et féminine ensemble, nappes de claviers stratosphériques, batterie élémentaire puis le voyage interstellaire sans retour commence. On suivra ensuite le groupe explorer les galaxies sur un SOLO de guitare de plusieurs minutes (que même je pensais que ça n’existait plus) juste complètement addictif tellement c’est bien. Un dernier (Are you listening?) pour la forme tellement Bakersfield est loin et l’album s’achève. Le retour à la terre ferme est difficile tant cet album réussit le tour de force de réunir l’amateur de heavy metal des 70′s (à dose très parcimonieuse tout de même), les envapés fans de Pink Floyd et l’amateur de rock indé exigeant alliant une puissance rythmique impressionnante, la capacité de s’élever de manière légère et fluide et des trouvailles mélodiques enthousiasmantes. On y retourne!

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The Last Shadows Puppets – Everything you’ve come to expect

The Last Shadows Puppets – Everything you’ve come to expect – 2016

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Une chose est certaine, nos deux compères des Last Shadow Puppets connaissent leur pop anglaise sur le bout des doigts. Des Beatles au Kinks, en passant par les Smiths et bien sûr, David Bowie, référence incontournable. Ecriture pop classique, tapis de cordes, guitares tranchantes, voix doublées et crâneuses sont la marque de cet album. Album auquel il est difficile de reprocher quoi que ce soit d’ailleurs. Le savoir-faire est indéniable, les mélodies assez accrocheuses mais cependant si la copie est bonne, elle n’est pas brillante. Ce qui sépare Last Shadow Puppets de ses modèles c’est tout simplement le génie. Derrière l’apparente perfection de ces chansons bien troussées il n’y a pas beaucoup d’émotions, pas de chair de poule. Pour un « Aviation » placé en introduction, le grand titre de l’album, qui, à grands renforts de cordes mélodramatiques, a tout du classique pop intemporel, ou encore ce « Bad habits » rageur où tous les instruments vous sautent à la gueule accompagnés par les cris de sauvage des chanteurs, combien de morceaux qui respectent parfaitement la recette que ce soit pour les arrangements, parfaits, ou les mélodies mais qui manquent singulièrement de coeur, d’âme, de tripes ou de je ne sais quoi qui puisse nous faire chavirer? Irréprochables donc « Miracle aligner« , « Dracula teeth » ou encore « Element of surprise » et « Pattern« . Irréprochables mais tellement scolaires et appliqués. Il leur manque la félûre, la lézarde qui touchent dans le mille l’auditeur. C’est parfois même l’ennui qui prend le pas comme sur ce « Used to be my girl » anecdotique, un « She does the woods » trop sage et le slow final si ennuyeux « The dream Synopsis« . Mention spéciale cependant à « Everything you come to expect » dont le côté bancal fait tout le charme et à « Sweet dreams, TN » et son côté grandiloquent assumé.
Alex Turner et Miles Kane sont de bons élèves, qui ont parfaitement assimilés les notions de base et réalisent avec ce deuxième album du groupe un produit de qualité. C’est quand ils oseront vraiment briser les codes et pousser la pop anglaise dans ses retranchements, en un mot, prendre des risques, qu’ils seront alors à la hauteur de leurs illustres ainés.

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Metronomy – Summer 08

Metronomy – Summer 08 – 2016

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L’été 2008 donc! Pourquoi pas! C’était l’année du 2ème album de Metronomy les propulsant vers le succès. Depuis ce succès n’a fait que grandir avec les albums multitubesques « The english riviera » et surtout l’ambitieux « Love letters » de 2014. Pochette façon néons fluos, chaleur, été, pas de notes de pochette tout semble indiquer que l’album est fait pour danser sans se prendre la tête. Superficiel? A voir!
Cela ne commence pas très bien avec le pénible et laborieux « Back together« . Heureusement le titre finit beaucoup mieux qu’il n’a commencé emporté par la basse carctéristique du son Métronomy et la voix haut perchée de Joseph Mount. Dès lors l’album va alterner les réussites pop et dansantes avec des titres plus anecdotiques. Parmi les réussites le single « Old skool » qui commence avec la fameuse basse Metronomyenne et des clochettes avant d’être scratché par un ex Beastie Boys. Un peu répétitif cependant sur la durée. « 16 beat » est beaucoup plus intéressant avec ses effets un peu rétro et son refrain entrainant. C’est en face B qu’il faut aller chercher les vrais sommets de l’album. « My house » d’abord qui aurait eu sa place sur « Love letters » sans problèmes et qui prouve que Mount est un grand compositeur de tubes pop irrésisitibles, toujours solidement arrimé à sa basse ronde et énorme. « Night owl » surtout, meilleur titre de l’album haut la main, qui, après une introduction au synthé démarre en trombe sur une basse toujours impeccable, sur des arrangements hyper accrocheurs et une mélodie qui ne sort plus de la tête. Le refrain décolle comme aux plus beaux jours et sitôt terminée on remet le bras sur la platine. Moins évident, « Love’s not an obstacle » s’insinue au fil des écoutes jusqu’à le devenir.
Un album en dents de scie donc, loin de l’ambition de « Love letters« , dont les points culminants sont passionnants mais un peu englués dans des titres vite oubliés. Il reste des tubes, qui font irrésistiblement taper du pied mais on attend un peu plus aujourd’hui de Metronomy.

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Benjamin Biolay – Palermo Hollywood

Benjamin Biolay – Palermo Hollywood – 2016

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Riche printemps pour la musique de par chez nous! Christophe, Murat, Miossec et donc Biolay sortent quasiment tous en même temps leur nouvel opus. Si Christophe est hors catégorie, Biolay joue ici son rang de futur parrain de la chanson française. Pour cela il est parti en Argentine du côté de Buenos Aires chercher l’inspiration et ça s’entend. Rythmes à base de percussions, voix argentines (on entend de l’espagnol sur presque tous les titres), bandonéons, cuivres, musiciens locaux et même atmosphères qui donnent l’impression d’être dans cette ville. Il y est même question de Borges. Qu’on se rassure, il ne s’agit pas d’un album de musique sud américaine, non, Biolay, à la manière de Paul Simon dans « Graceland », a laissé ses chansons ouvertes aux influences sans jamais chercher à sonner exotique. On est bien loin de Manu Chao donc, ou alors un Manu Chao qui aurait eu des idées d’arrangements brillantes. Biolay maitrise suffisamment son art pour ne pas tomber dans ce piège. « Palermo Hollywood » est l’album d’un artiste ouvert aux sons qui l’entourent, qui s’en inspire, s’en imprègne, les digère pour proposer quelque chose de tout à fait personnel. La marque Biolay est bien présente, les somptueux arrangements de cordes, la voix mi parlée mi chantée qui souvent fait penser à Gainsbourg et les textes qui évoquent les amours malheureuses au gré des déambulations dans Buenos Aires et ses quartiers. Pas grand-chose à jeter au final: Le bourrin « Pas d’ici » assommant de lourdeur et « Palermo spleen » et son ténor d’opéra qui prouve une fois de plus que les deux genres se marient très mal. Pour le reste, c’est un sans faute. L’album débute par « Palermo Hollywood » somptueuse ballade à travers la ville au petit matin après une nuit blanche, alcoolisée et mélancolique. Déchainement de cordes sur des paroles qui sonnent comme jamais, grands espaces au rendez-vous, un des plus grands titres de Biolay. Puis « Miss miss », tube en or massif rythmé par des congas et truffés d’arrangements diaboliques d’inventivité. Plus loin « Palermo Queens » et son ambiance fin de soirée quand la piste de danse est désertée, que ne restent que quelques fêtards ivres et qu’un orchestre entame un dernier tango pour la route; plus-que-parfait encore une fois. Mais ce n’est rien à côté de « La débandade », chanson qui est la preuve que Biolay est un très grand. Les cuivres, le bandonéon, les cordes supportent une mélodie et des paroles d’une classe intemporelle. Biolay y aborde l’angoisse de la mort tout en célébrant les plaisirs d’une vie bien remplie pour atteindre à l’universel. Un classique instantané comme il y en a peu. Plus loin dans le très Gainsbourien « Ressources humaines » il traite même de la perte d’un emploi, chanson à connotation sociale rare chez lui. Si « Tendresse année zéro » est peut-être moins inspirée, on repart de plus belle avec « La noche y a no existe » en duo avec Alika et bilingue, option danse et tube à venir. L’album va dès lors ralentir et se terminer sur de somptueuses ballades: « Palermo Soho » et son tempo moyen, toujours bilingue, dans laquelle Biolay chante la tristesse de l’amour perdu, « Pas sommeil » qui se termine en déluge de cordes après avoir déversé sa tristesse insondable et enfin « Ballade française » chanson du retour au pays qui confirme le talent de Biolay à faire coexister les choeurs, les cordes et la mélancolie sans jamais être ringard, même de loin. Il va être difficile à la concurrence d’aller le chercher maintenant.

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Christophe – Les vestiges du chaos

Christophe – Les vestiges du chaos – 2016

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Sur des ronflements électroniques, la voix unique entre toutes de Christophe annonce, en introduction destinée à l’auditeur de ce nouvel album « je vous propose, d’ouvrir des choses, des choses avec moi, sur de nouvelles voies« . Proposition acceptée évidemment, surtout que l’homme se fait rare et donc précieux. Déjà dans ses incroyables derniers albums, il explorait les sons, les sonorités, les mots, toujours en perpétuelle recherche, ce qui à 70 ans mérite déjà un chapeau bas. C’est donc de sa « plus belle flamme » dont il est question ici. « Les vestiges du chaos » est son meilleur album, et donc, forcément, un des plus grands albums de la « chanson française ». De tous les temps. Pas plus, pas moins. On est ici au niveau de « L’homme à la tête de chou« , de « Fantaisie militaire« , c’est-à-dire au sommet. Christophe règne aujourd’hui sans conteste sur la musique de nos contrées depuis la disparition de Bashung. Chacun aura repoussé les limites, exploré, inventé pour atteindre plusieurs fois la quasi perfection.
De « Aline« , Christophe a gardé l’aspect faussement kitsch, toujours à la limite, sur le fil du rasoir et pourtant d’une beauté stupéfiante sur cet « Océan d’amour« , ballade en platine sur tapis volant de cordes, de choeurs et de synthés. Arrangements, chant, paroles, tout est parfait. Talent rare que de savoir cuisiner une pièce montée légère. Encore mieux ensuite « Stella botox » débute sur une ligne de basse sautillante avant d’installer une atmosphère entêtante durant laquelle Christophe montre quel grand chanteur il est. Immense chanson. Et pourtant le niveau monte encore sur cet hommage déguisé à Lou Reed qu’est « Lou« , une des plus belles chansons entendue depuis…? « La Mustang sur les dunes envoie Satelite of love« , le piano tourne en rond et c’est aussi beau que « Perfect day » de Loulou, qu’on entend d’ailleurs parler à la fin avant que la guitare déchire. On en est à 4 morceaux, 4 chefs d’oeuvres et ça va continuer avec « Dangereuse » aussi délicate que possible sur ses arrangements de cordes. Le duo électroïde avec Alan Vega « Tangerine » est une impitoyable et impressionnante machine mystérieuse et froide. Réussite totale. Que dire de « Drone« ? Un cliché: c’est tellement bien que ça fout la chair de poule. « Tu te moques » devrait être un tube dans un monde où les programmateurs d’NRJ auraient des oreilles à la place du porte monnaie ou du respect envers les auditeurs. Allez soyons honnête, la sauce ne prend pas vraiment sur « Les mots fous » où flirtent du coup le gnan gnan et l’ennui, seul faux pas du disque. On remonte donc vers les cîmes pour terminer cet immense album avec « Les vestiges du chaos » coécrit par JM Jarre qui transporte l’auditeur sur des sons de fin du monde et « El justo » en conclusion sublime dans laquelle Christophe se confie à ses parents avant de laisser la parole à Anna Mouglalis.
Des comme ça on en rencontre un par décennie, c’est peut-être son dernier alors il ne faut surtout pas passer à côté. Christophe enfonce sans problème la totalité de la production française actuelle (comment est-il seulement possible d’écouter le dernier Renaud après ça?) qui a son nouveau mètre étalon. Le roi est vivant et trône.

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Radiohead – A moon shaped pool

Radiohead – A moon shaped pool – 2016

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Combien de groupes aujourd’hui génèrent-ils une attente aussi forte? Aucun. C’est toujours avec une grande impatience que l’on découvre leur nouvelle livraison. Le virage très électro expérimental de ces dernières années avait pu en laisser certains sur le côté mais Radiohead ne s’est jamais reposé sur ses lauriers, n’a jamais cherché à faire un « OK computer 2 » ou un autre « Kid A ». Chaque nouvel album possède son propre univers. Alors à quoi ressemble « A moon shaped pool »? C’est un double album mais peut-on vraiment parler de double quand la face A comporte 2 titres (Quelqu’un peut-il me dire pourquoi aujourd’hui on met aussi peu de chansons par face sur un vinyle?). La première écoute, il en faudra de nombreuses autres pour découvrir les multiples merveilles du disque, apporte un élément de réponse: Radiohead vient de sortir son album symphonique avec le concours des cordes et des choeurs féminins du London Contemporary Orchestra. Qu’on se rassure, pas d’emphase ici, mais une ampleur, une profondeur de champ impressionnantes tout au long de ces 12 titres de haute volée. La voix De Thom Yorke, torturée ces dernières années, retrouve la sérénité et les envolées de l’époque « OK computer ». A-t-il déjà aussi bien chanté?
Le premier disque est une merveille absolue inauguré par « Burn the witch » et ses cordes folles, à la limite du déraillement. Un classique absolu. C’est le genre de morceau qui supporte 50 écoutes sans problème, qui révèlent à chaque fois de nouvelles splendeurs. Personne d’autre que Radiohead ne peut sortir un titre comme ça, personne d’autre que Thom Yorke ne peut le chanter aussi bien. La chanson justifierait à elle seule l’achat de l’album sauf que la suite va voler tellement haut… « Daydreaming » est une incroyable déambulation somnambule, qui pourrait être la BO parfaite d’un Tim Burton des grands jours, dans une atmosphère onirique et fantastique créée par des textures sonores incroyables, jusqu’au déchainement final des cordes. « Decks dark » entrera aussi directement dans le best of du groupe: mélodie parfaite, choeurs féminins, chanson à étages, frissons garantis. On enchaîne avec « Desert island disk » et la première incursion du groupe vers une sorte de folk psychédélique qui illustrerait la traversée hallucinée d’un no man’s land au ralenti. « Ful stop » commence, avec son énorme basse et ses sirènes comme du Massive Attack période « Mezzanine » puis s‘éclaire petit à petit jusqu’au final halluciné d’une beauté à couper le souffle où Yorke fait des merveilles. La face C s’ouvre sur le fragile et magnifique « Glass eyes », ballade dépourvue de batterie, montée sur cordes, piano et voix. « Identikit » semble chanté sous l’eau avant que la voix s’éclaire sur un titre complexe et passionnant. On pourra reprocher les choeurs un peu pompeux du milieu mais vite rattrapés par une fin où la guitare toujours surprenante de Greenwood propulse le titre vers les sommets. « The numbers » est une ballade qui commence comme du Led Zeppelin avant que les violons de « Melody Nelson » viennent s’imposer. « Présent tense » est un des plus beaux titres du disque, une ballade somptueuse sur des rythmes légèrement bossa inhabituels chez Radiohead. mais on n’écoute pas Radiohead si on n’aime pas être dérangés. « Tinker …thief » (le titre est trop long:) ne caresse pas l’auditeur dans le sens du poil. Le morceau joue sur l’atmosphère créée par une batterie très en retrait, des cordes toujours très présentes et la voix de Yorke. « True love waits » vient clore en douceur l’album. La chanson est à écouter couché dans l’herbe, par une nuit d’été, la tête vers les étoiles et la lune du titre.
Radiohead a retrouvé ce qu’ils avaient peut-être perdu quelque peu dernièrement, la capacité à écrire des chansons provoquant des émotions, des frissons sans jamais cesser d’expérimenter. Le travail sur les sons est ben effet absolument stupéfiant sur ce disque et le producteur historique (le 6ème membre du groupe?) Nigel Godrich n’y est surement pas pour rien. Groupe essentiel donc, Radiohead continue à repousser les frontières de la musique pop, les suiveurs sont encore une fois largués, les pieds sur terre pendant qu’eux les contemplent depuis la lune, inaccessibles.

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Michael Kinawuka – Love & hate

Michael Kinawuka – Love & hate – 2016

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Ce n’est pas tous les jours que je tombe sur un classique instantané. « Love and hate » le 2ème album de Michael Kinawuka (que je ne connaissais pas) en est un. Comme son titre l’indique, c’est un disque qui a le contraste pour fil conducteur. Michael Kinawuka a digéré ses influences, essentiellement la soul, le gospel voire le blues, les a faites siennes pour proposer une musique complètement personnelle tout au long des 11 titres absolument parfaits de ce disque qu’on écoutera encore dans 30 ans.
Le premier titre est une claque absolue, une chanson extraordinaire de 10 minutes, d’ores et déjà le titre de l’année, car on n’affronte pas « Cold little heart« . Si la voix, qui n’arrivera qu’au bout de 5 minutes d’une intro fantastique, reste soul, le morceau n’est pas sans rappeler le Pink Floyd de « Shine on you crazy diamonds« . La progression du morceau, entre cordes, nappes de synthé, choeurs, guitare cristalline, fout encore les frissons à la 50ème écoute.. La mélodie est déchirante de beauté, la chanson parfaite du début à la fin. Après un tel début, difficile de maintenir le niveau, et pourtant Michael Kinawuka va relever le défi haut la main. Le revendicatif « Black man in a white world » devrait être un tube, mâtiné de claps et de gospel, le tout sur une rythmique teintée d’afro beat. Irrésistible. Et que dire de « Falling » slow à tomber amoureux, supérieur à « Everybody hurts » de REM, c’est dire? Au fur et à mesure que l’album avance, on guette le faux pas, il ne viendra pas. Ni avec « Place I belong » et ses choeurs 60′s et psychédéliques, encore moins avec l’incroyable « Love and hate« , véritable chanson à double détente, assise sur son motif répétitif de choeurs, qui dans sa seconde partie est propulsée par des cordes et un chant absolument phénoménaux. L’enlevé « One more night » et sa basse ronde sur voix granuleuse précède l’extraordinaire quatuor de ballades mid tempo qui vont clôre le disque. Du sublime « I’ll never love » en passant par « Rule the world », ses choeurs féminins et ses cordes, « Father’s child » et son piano jusqu’à « The final frame » qui débute comme un blues pour finir par un solo de guitare.
Michael Kinawuka réussit ce qui est la marque des grands, un album solidement ancré sur des références classiques qu’il réussit à renouveler, à transcender, pour proposer un disque qui peut plaire à la fois au grand public et à l’amateur exigeant: un classique donc. La musique noire américaine irrigue ce disque qui pourtant intégre des éléments spécifiques à la pop music blanche. Au final, cet album ne ressemble à rien d’autre qu’à lui-même et pose un jalon incontournable.

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Flume – Skin

Flume – Skin – 2016

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On ne rentre pas dans le deuxième album de Flume comme dans un moulin. L’oreille doit apprivoiser ces rythmes brisés, destructurés, ces sons concassés, passés au hachoir, ces voix triturées dans tous les sens mais le jeu en vaut souvent la chandelle. L’instrumental « Helix » placé en introduction est un excellent sas de (dé)compression, qui permet à l’auditeur de s’habituer à son nouvel environnement sonore. Celui qui est annoncé comme le nouveau prodige de l’électro ne caresse pas l’auditeur dans le sens du poil mais confirme en grande partie les espoirs placés en lui. D’ailleurs les invités prestigieux se bousculent sur ce double album d’Aluna George à Beck. Flume invente un univers qui lui est propre dans lequel on tutoie des merveilles absolues comme des passages plus pénibles heureusement assez rares, « Smoke & retribution » en particulier. Que dire de ces diamants d’une pureté absolue que sont « Never be like you », « Say it » et « Innocence« ? Ces trois titres extraordinaires ont en commun des chanteuses irrésistibles, des mélodies à tomber et une simplicité d’une évidence redoutable immédiate. Je ne suis pas prêt à m’en lasser et ils constituent des prétendants sérieux pour le titre de meilleure chanson de l’année. « Lose it« , un rap mutant accapare l’esprit tout comme les ‘incroyables instrumentaux volant à des altitudes rarement atteintes que sont « 3 » et surtout « Wall fuck » qui agit comme une véritable drogue hallucinogène. Electro, rap, r’n'b, chansons en apesanteur, tout y passe et l’album se termine sur le radieux « Tiny cities » chanté par Beck.
À n’en pas douter « Skin » n’est en aucun cas une caresse sur la peau mais le plaisir est à la hauteur des efforts consentis pour y entrer et y demeurer un certain temps. Gageons que sa descendance sera nombreuse.

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Pixies – Head carrier

Pixies – Head carrier – 2016

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A la charnière des années 80/90, je me souviens avoir attendu « Trompe le monde », le nouvel album des Pixies avec une impatience extrême. Le groupe venait coup sur coup avec « Doolittle » et « Bossanova » de dégoupiller deux albums incontournables. Les Pixies dynamitaient alors le rock en lui donnant un nouveau départ, ouvrant la porte du succès à Nirvana, au grunge et à tous les groupes à guitares des années 90. Deux albums où le groupe osait et réussissait tout, toujours à la limite du déraillement, jouant sur le contraste calme/bruit, dans des chansons pourtant à l’évidence mélodique ahurissante. Je ne savais pas que « Trompe le monde », qui avec le recul, et malgré de nombreux moments exceptionnels, commençait à peser son poids, serait le dernier.
Jusqu’au retour des Pixies sur scène puis avec « Indy cindy » et aujourd’hui ce « Head carrier », 2ème album du come back donc. Je n’ai attendu impatiemment ni l’un ni l’autre mais la curiosité est toujours là.
Les Pixies ne révolutionneront pas le rock deux fois. Même si cette nouvelle livraison n’est pas totalement indigne, elle montre à quel point leur talent, leur puissance novatrice, leur originalité mélodique se sont émoussés. « Head carrier » est un album correct de rock banal. Premier constat, les lacunes de nombre de chansons ne sont pas masquées par ce gros son des guitares rythmiques censées en mettre plein la vue. Comparez dans l’ordre chaque chanson de « Doolittle » avec celles de « Head carrier », le résultat en est gênant. Le savoir-faire a remplacé la grâce d’alors. On peut taper du pied mais l’émotion est absente. Du gros son mais vain.
Cependant, les trois titres, bizarrement les plus courts du disque, sortent un peu du lot et sauvent l’entreprise. Les Pixies décollent enfin un peu, les mélodies attirent l’attention, l’énergie semble justifiée, les arrangements trouvent enfin un peu de légèreté. « Baal’s back » ; « Talent » et « Plaster of Paris » emportent la mise sans jamais cependant atteindre les hauteurs des chefs d’oeuvre passés. Pour tout ce que les Pixies nous ont apportés, je veux rester sur cette triplette.
Mais pour être honnête, les Pixies viennent de sortir un nouvel album et je m’en fous quand même un peu. Si on m’avait dit ça en 1990, je n’y aurais pas cru.

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Julien Doré – &

Julien Doré – & – 2016

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Avec « & », après le décevant et pourtant acclamé « Love » succédant au très réussi « Bichon », Julien Doré vient de sortir son meilleur album. Le voici installé dans le peloton de tête de la pop française, certainement pour un bon bout de temps, reprenant la formule des albums précédents mais la poussant à un niveau jamais atteint jusque là. L’album est un écrin ouaté, les rythmiques élastiques et les basses rondes installant l’auditeur dans un cocon chaleureux. Les arrangements d’une légèreté incomparable fourmillent d’idées qui se révèlent à chaque écoute. Le single « Le lac » est exemplaire à ce titre. La chanson, presque neutre et lisse à la première écoute, se dévoile petit à petit, sa mélodie subtile et mélancolique s’insinuant dans le cerveau telle la pop song quasi parfaite qu’elle est. Cette mélancolie irrigue tout le disque, portée par cette voix si particulière de Julien Doré, sorte de murmure chanté, et des mots dont les sonorités se fondent parfaitement dans l’univers sonore où dominent les claviers, le piano mais sans jamais être bavards ou envahissants. L’équation si subtile de la pop quand elle est réussie, petit miracle d’équilibre. Rares sont les morceaux où justement cet équilibre est brisé, pour pas grand-chose d’ailleurs, une mélodie plus convenue, un refrain pesant pour « Eden » et sur le beaucoup plus discutable « Beyrouth Plage », un refrain où d’horribles choeurs qu’on jurerait sortis d’une chanson de JJ Goldman (Ouille!) polluent un album par ailleurs irréprochable.
Doré enfile les perles sur le premier disque sans coup férir. La triplette inaugurale est une entrée en matière des plus parfaites: dans le sublime, sombre et mélancolique« Porto Vecchio », la voix de Doré plane sur un coussin d’air. Puis, le rythme se fait sautillant et synthétique sur le faussement superficiel « Coco Câline », qui se révèle une véritable drogue avant le ralentissement somptueux de « Sublime et silence » qui rappelle les plus grandes réussites des Cars, autre grand groupe pop synthétique. Doré ose et réussit tout jusqu’au solo de synthé tellement casse gueule. C’est à l’album « Le manteau de pluie » de Murat que l’on pense dans « Corail » et »Moonlight serenade » qui n’auraient pas déparé dans cet album. Il réussit même l’exploit de rendre irrésistible ce qui normalement ne peut être que kitsch à savoir un slow en italien avec « Romy ».
« & » est un aboutissement. Doré semble y maitriser parfaitement ce que les albums précédents ne réussissaient qu’épisodiquement, conjuguant au plus-que-parfait ses talents de parolier, de mélodiste avec une mise en son d’une richesse inouïe.
& puis? & quoi? & la suite?
À ce point, Julien Doré est condamné à évoluer ou à se répéter et donc à décevoir. Saura-t-il à l’instar de Jean Louis Murat par le passé, se réinventer, quitte à se planter parfois, changer une formule, certes gagnante mais difficilement surpassable tant « & » vole à haute altitude? La réponse est peut-être déjà dans cet album avec son extraordinaire, dernier et certainement meilleur titre, le sublime, sombre et mystérieux « De mes sombres archives » qui se termine sous un déluge de guitares pourtant d’une douceur et d’une légèreté imparables. Placé en conclusion, c’est celui qui ouvre des perspectives justifiant le titre de l’album. & si l’avenir de Julien Doré était devant lui?

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DJ Shadow – The mountain will fall

DJ Shadow – The mountain will fall – 2016

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Il est toujours difficile de se remettre d’un premier album que tout le monde considère comme un chef d’oeuvre indépassable. En même temps, peu peuvent se targuer d’être les auteurs d’un chef d’oeuvre indépassable ! En 1995, avec « Endtroducing » DJ Shadow met tout le monde à genoux avec un disque qui n’a pas pris une ride aujourd’hui, majoritairement composé de samples dans de longs instrumentaux envoûtants. Pour ceux qui ne le connaissent pas, jetez une oreille pour voir sur « Building steam with a grain of salt » ou encore « Midnight in a perfect world », véritables bijoux instrumentaux. Depuis, DJ Shadow a délaissé en partie les samples, pour explorer de nouveaux horizons comme dans ce 5ème album à la pochette délicieusement rétrofoudroyante « The mountain will fall ».
On retrouve donc Josh Davis de son vrai nom, en grande forme sur un album vers lequel je reviens inlassablement tant il recèle de moments intenses et étonnants, d’autres plus pénibles aussi il faut l’avouer mais qui restent minoritaires.
Le premier des deux disques est d’un niveau impressionnant. L’inaugural et instrumental morceau éponyme force l’admiration. Après une introduction en nappes synthétiques, un hurlement lance des beats lourds, zébrés plus loin par des éclairs sonores façon SF. Juste derrière, en duo avec le rappeur Run The Jewel, « Nobody speak » est un incroyable mélange de musique de western spaghetti et de hip hop, traversé de cuivres puissants et profonds. Grand morceau. « Three ralphs » et sa voix fantomatique et inquiétante (Are you ready ? To die?) sur des rythmes brisés et hachés se termine dans un ressac de notes éparses de piano. Tout est dans l’atmosphère. Mais c’est sans doute avec « Bergshrund » que DJ Shadow atteint le summum. Cet instrumental somptueux est le diamant noir de cet album déjà réussi à ce stade. Les craquements de « The sideshow » rappellent la passion de Shadow pour les vinyles et Les Beasties Boys et le disque se termine par le difficile et menaçant « Depth charge » à ne pas mettre entre toutes les oreilles.
Le deuxième disque est plus inégal. La curieuse leçon de « Mambo » est plus irritante qu’autre chose, « California » fatigue à bombarder l’auditeur de beats bourrins tout comme « Ghost town » et ses accélérations de rythme incongrues. Heureusement, le plus jazzy « Ashes to oceans » avec ses bruits de vagues et une trompette lunaire, « Pitter patter » qui aurait cependant pu gagner en simplicité mais porté par une voix féminine Lynchienne et surtout « Suicide pact » qui, placé en fin d’album, est effectivement à bout de souffle, relèvent le niveau.
Pas un nouveau chef d’oeuvre donc que ce « The mountain will fall » mais un disque suffisamment intense, riche et surprenant pour faire oublier ses quelques scories.

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Mogwai – Atomic

Mogwai – Atomic – 2016

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Aux Nuits Sonores de Lyon, Mogwai a joué l’intégralité de son nouvel album « Atomic » sur fond de montage d’images retraçant l’aventure de l’atome dans ce qu’elle a de plus horrible mais aussi dans ses avancées les plus bénéfiques pour l’humanité. Ce n’est pas pour rien qu’en exergue de l’album on peut lire cette phrase « You’ll hear such hope in this brilliant music by Mogwai. But you’ll hear the abyss too. Paradise, and its loss« . Autant dire de suite que ce fut un des plus grands concerts que j’aie vu par la puissance de la musique et sa façon parfaite d’illustrer le concept de la radioactivité et de ses conséquences. Mogwai sur scène dégage une telle impression tellurique que c’est avec sidération que l’on se laisse emporter. Le groupe réussit sur cet album instrumental, comme souvent chez eux, le pari d’exprimer à la fois toutes les angoisses que peut susciter le nucléaire mais également les espoirs que l’on peut placer en lui dans divers domaines d’application.
L’exceptionnel « Ether » ouvre le disque, un instrumental rayonnant emmené par des cors d’harmonie sur un ruissellement de notes cristalines avant que les guitares et une batterie énorme emportent le tout. Fantastique ouverture. Les titres sont sans ambiguité en ce qu’ils renvoient à des événements liés à l’aventure de l’atome « U-235; Pripyat; Little boy; Fat man ». C’est cependant avec le plus électronique « Scram » que l’album se poursuit et c’est encore une fois superbe. On sent l’influence de Kraftwerk magnifiée par le lyrisme des claviers et des guitares. Le très sombre « Bitterness centrifuge » surprend moins contrairement aux pulsations électroniques de « U-235 » que des nappes de clavier se chargent d’élever pour notre plus grand bonheur. Mogwai se renouvelle et c’est une réussite. Les bourdonnements de « Pripyat » (la ville voisine de la centrale de Tchernobyl) expriment on ne peut mieux l’idée que l’on peut se faire de cette zone contaminée. C’est avec les notes de piano en écho de « Weak force » que débute le disque 2. L’atmosphère est toujours dans un subtil équilibre entre une pesanteur inquiétante et une forme de légèreté portant l’espoir. « Little boy » poursuit dans cette veine sombre avant l’apaisé « Are you a dancer? » et ses violons tournoyants. « Tzar » sillonne des chemins plus balisés par Mogwai avec son déluge de guitares final. L’album se termine en beauté avec « Fat man » et ses coups sourds en ouverture sur lesquels viennent ensuite s’égrener quelques notes de piano limpides que ne réussiront pas à faire taire des guitares grondantes éparses. Seul l’écho de ces notes subsistera jusqu’à la fin.
L’écoute de « Atomic » est éprouvante d’un seul trait mais elle est aussi réjouissante par sa profondeur et sa richesse. Les images qui l’accompagnent, loin d’en être une simple illustration, lui sont complémentaires.

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DIIV – Is the is are

DIIV – Is the is are – 2016

8937ed49Impossible de terminer l’année sans parler de cet album de DIIV, groupe du dénommé Zachary Cole Smith, qui a écrit, produit, joué, interprété et mixé tous les 17 titres de ce « Is the is are« . J’avoue découvrir cet artiste avec cet album, avoir même été déçu par une première écoute, laissant le disque rangé pendant plusieurs mois avant de lui donner une deuxième chance. Et là … la claque!
DIIV symbolise aujourd’hui le groupe indie pop à guitares par excellence. Le premier et excellent morceau « Out of mind » en est l’illustration: une rythmique enlevée, une basse ronde et des guitares qui tissent leur toile subtile et légère, des sonorités qui ne sont pas sans rappeler les Cure des années 80, indéniable référence de l’album. Mais DIIV a aussi retenu les meilleurs aspects des groupes à guitares des 90′s, My Bloody Valentine sur « Bent (Roi’s song) » par exemple et Sonic Youth, partout sur le disque, en tête. Dès lors, sans jamais se départir d’une créativité mélodique de haut niveau, l’auditeur est pris dans une transe sonique que les voix ouatées se chargent de rendre légère. Les sommets sont légion: « Under the sun » comme du Sonic Youth sous amphétamines ou encore l’extraordinaire « Is the is are« , fantastique cavalcade qui vous attrape par le colback pour ne plus vous lâcher. Sans parler de la mystérieuse et magnifique « Waste of breath » qui clôt l’album . Mais il est difficile de mettre tel ou tel titre en avant tant leur cohérence est grande sur ce double album qui, s’il ne s’est pas révélé de suite, marquera à coup sûr mon année musicale.

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Archive – The False Foundation

Archive – The False Foundation – 2016

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A la fin des 90′s, Archive a sorti un album fantastique appelé « Londinium», un des meilleurs du trip hop porté alors par Massive Attack et Portishead. Depuis, le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont pas chômé car voici avec « The false foundation » leur 12ème album. On ne peut pas dire non plus qu’ils se soient reposé sur leurs lauriers. Le groupe est en effet en perpétuelles évolution et recherche qui les ont fait passer par le rock progressif mâtiné de Pink Floyd. Même si le groupe a tendance à l’emphase parfois, malgré certains creux et lourdeurs inévitables avec une telle production, le niveau a toujours été élevé et chaque album recèle ses perles.
Nouveau virage aujourd’hui. La couleur sonore de ce disque se rapproche fréquemment d’un rock à la fois industriel et truffé d’expérimentations électroniques, le tout sur des rythmes souvent frénétiques et puissants, telles des machines turbinant incessamment, et conservant des propensions au vol plané vers la stratosphère, en tout cas sur ses plages les plus calmes.
L’album est inégal mais comporte à partir du 2ème morceau, l’incroyable et hypnotique « Driving in nails », un carré magique digne de celui de Platoche et consorts. 4 morceaux sur les 10 que comptent l’album, placés à la file indienne atteignent de véritables sommets, alors que les 6 autres sont soit banals ou franchement des purges. Dans cette dernière catégorie, je place « Sell out » et « The weight of the world » tellement looooongs et désagréables, le premier pour sa platitude et sa lourdeur, le second pour sa mélodie affreuse qu’on imagine bien chantée à tue tête et le poing levé.
Il faut donc passer le « Blue faces » d’introduction avec sa première moitié piano/voix assez ennuyeuse et sa fin assommée par une batterie pachydermique pour lancer à la queue leu leu « Driving in nails/The pull out/The false foundation/Bright lights », extraodinaire ensemble de titres enchainés, s’imbricant à la perfection, avec ses montées (les fins de « Driving in nails » et « The false foundation) d’une intensité sonore et d’une beauté très noire, et ses moments de calme aux arrangements technoïdes hyper travaillés « The pull out » jusqu’au magnifique « Bright lights » qui clôt la face B. Ces 20 minutes justifient l’achat de l’album par elles mêmes. On peut tout de même aussi jeter une oreille à « Splinters » qui est très réussi sans atteindre les splendeurs des 4 de tête.
Archive est certainement le Pink Floyd des années 2000, capable du pire de certaines lourdeurs qu’on peut trouver dans « The wall » parfois, mais aussi d’atteindre les cîmes de « The dark side of the moon ». Cependant il faut leur reconnaître ce goût du risque qui accouche parfois du pire mais surtout du meilleur.

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LA FEMME – MYSTÈRE – 2016

La-Femme-MystereLe premier album de La Femme « Psycho tropical Berlin » avait apporté, en 2013, bien qu’il soit inégal, une bouffée de fraîcheur et de légèreté dans la chanson française rance et de droite des Christophe Maé, Johnny Halliday, M. Pokora, Céline Dion, Renaud, Maître Gims, Stars 80, … ou leurs équivalents de gauche; Saez et consorts, … j’en passe et des meilleures, la liste étant malheureusement longue. Ce premier essai avait cependant les défauts de ses qualités et sombrait parfois dans une pop adolescente trop futile et prévisible.
Mais La Femme a grandi, mûri, et sa palette sonore s’est considérablement élargie et étoffée. La naïveté adolescente n’apparaît plus que par moments, comme dans le texte de « Septembre » pourtant plus retors qu’il n’y parait ou dans « Tatiana », le titre le plus faible de l’album qui contient des réminiscences du désolant « Daniela » des non regrettés Elmer Food Beat. Pour le reste, si la pochette de « Mystère », le nouvel album fera, à n’en pas douter, date, par le renversement du cliché selon lequel les hommes ont le cerveau entre les jambes, ce sont bien, à l’exception près donc, les 15 morceaux qui le constituent qui font événement. Tout en explorant des univers très variés, de la pop française synthétique des 80’s (merci pour tout Etienne Daho), à la surf song façon Pixies en passant par le rock sous influence Velvet, La Femme conserve une cohérence sans faille et bâtit un univers qui lui est propre.
Si le raide et technoïde « Sphinx » placé en introduction ne convainc pas immédiatement, la suite va être de haute volée avec la magnifique et cruelle ballade « Le vide est ton nouveau prénom », soutenue par une guitare acoustique sur laquelle une voix désabusée chante sans regrets la fin d’une histoire d’amour. « Où va le monde? » est un imparable tube surf pop que n’auraient pas renié les Pixies époque « Bossanova ». « Septembre » renoue donc avec une forme de naïveté adolescente mais emporte largement la mise en prenant le recul nécessaire à la nostalgie. Si dans nombre d’album, le ventre est mou, ce n’est pas le cas ici car la série de titres suivants est époustouflante. La déambulation urbaine « SSD » pulse puis le tempo se ralentit pour éradiquer le démon de la solitude dans « Exorciseur » aux bruits de gargouilles inquiétantes. « Elle ne t’aime pas » est magnifique de noirceur légère avant que ne déboule l’immense « Mycose », sommet de l’album. « J’ai une mycose-voila qu’elle se réveille- j’en ai marre … va-t-en je t’en prie mycose tu m’agaces » chante la voix dans un accès sublime de paranoïa avant que le mur de guitares n’emporte tout. Il est encore question de cruauté dans le parfait « Tueur de fleurs » et c’est vers le ciel que regarde le légèrement exotique « Al Warda », où les violons tournent et retournent de façon hypnotique. « Psyzook » et ses rythmes chaloupés porte bien son nom, maintenant sur terre une voix incontrôlable. La face D indique « Le chemin » à suivre, il est sous influence 60’s et parsemé de choeurs féminins avant que l’album ne se referme sur le quasi immobile « Vagues », soit 13 minutes de flux et de reflux d’abord tranquilles avant que l’orage qui menaçait n’éclate sourdement laissant l’auditeur épuisé sur la grève.
« Mystère » fait du bien. Il prouve que la musique de notre pays de France est vivante, inventive, impertinente, ouverte aux influences tout en restant personnelle et originale. Vive La femme donc!

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Lescop – Echo

Lescop – Echo – 2016

LESCOP - echo

Il y a 3 ans, je suis allé voir un concert pour sa première partie. Ce soir-là à Grenoble, Mathieu Lescop jouait en ouverture des insupportables Fauve. Curieuse programmation que d’accoler des artistes aussi dissemblables. D’ailleurs, c’était attendu, Lescop a fait un relatif bide devant les fans du phénomène d’alors, distillant pourtant, bien que de façon un peu raide, sa musique sombre et inspirée, actualisant les sons des 80′s que des gens comme Daniel Darc avaient pu proposer par le passé. Son premier album porté par le fantastique « tube » « Dans la forêt » était plein de promesses. Par la suite je ne tiendrais que 30 mn devant les éructations Fauvesques avant d’aller boire un coup à l’air libre.

Les promesses sont tenues sur « Echo » le nouvel album de Lescop. Si les références sont toujours à chercher du côté de la pop sombre des 80′s, le son a gagné en profondeur, l’album est beaucoup plus régulier que le précédent. Les mots de Lescop font mouche, cultivant l’attrait du garçon pour les atmosphères sombres et étranges. Qui est ce fantomatique « David Palmer » qui ouvre la face A ? Mystère. « Il ressemble à Pierre Clémenti/et marche comme une panthère noire ». Le titre repose sur une énorme basse chaude et ronde, des sifflements et une guitare aigrelette. La voix de Lescop se fait presque murmure, comme tout au long de l’album. Encore plus fort avec ce qu’on imagine pouvoir être un autoportrait de l’artiste, au vu de la pochette de l’album, « Dérangé » évoque Taxi Girl par ce phrasé plus proche de la parole que du chant. L’album commence donc par deux titres énormes malheureusement on est refroidis par le troisième et plus mauvais morceau du disque, « Mauvaise fille », qui ennuie par son aspect répétitif bien que le portrait de la fille en question confirme le goût de Lescop pour les personnages mystérieux, insaisissables et dangereux. Qu’on se rassure, ce sera le seul vrai faux pas, et encore relatif, de l’album. On ne peut pas ne pas penser à Daho sur « Insomnies » qui enchante avec ses notes légèrement acides avant que « L » évoque encore un personnage décalé qui « en plein été se plaint du froid ».
La face B est une réussite totale depuis l’expérimental et électronique « Quelqu’un à qui penser », bourré d’arrangements entêtants et vrillés puis avec « Suivie », un des meilleurs titres de l’album porté par une guitare nerveuse sur choeurs féminins et aériens. Les mots de Lescop sonnent parfaitement dans cette atmosphère de déambulation amoureuse « Dans le dédale des rues de Paris ». « Echo » revisite le mythe de Narcisse, la voix en suspens, soutenue par une pulsation et une nappe synthétique jusqu’à ce qu’en fin de titre, la batterie démarre, nerveuse et incisive sur des incantations à l’infini d’ »Echo ». L’hypnotique et stroboscopique « Flash » emmène l’auditeur sur la piste de danse, à renfort de claps et de « Flash » murmurés : réussite totale. L’album se conclut avec « C’est la nuit » et sa basse sautillante dans lequel délaisse les ambiances sombres et acides pour un titre plus franc du collier et positif. « Marche à mon bras quelques heures si tu veux » …. proposition acceptée, plus longtemps même si possible !
Lescop confirme donc les espoirs placés en lui, reprenant la formule du premier album. Pas encore le classique dont il est à coup sûr capable mais le début d’une œuvre déjà cohérente. Il lui faudra se démarquer d’influences encore trop présentes pour prendre son véritable envol.

 

 

 

 

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