Bruce Springsteen – Western stars – 2019
20 août, 2019 @ 3:06 Critiques albums 2019

Western_Stars

 

« I’m just travelin’up the road / Maps don’t do much for me/ I follow the weather and the wind » Le texte du premier titre de “Western stars » 19ème album d’un artiste qu’on ne fera pas l’injure de présenter, résume assez bien l’état d’esprit de ce disque aussi surprenant que réussi voire somptueux dans ses meilleurs moments, et ils sont nombreux. Springsteen, 70 balais,  livre ici après un « High hope » fourre-tout, un disque dans lequel les lieux s’enchainent, ceux d’une Amérique, comme souvent avec lui, qui disparait, indomptable et superbe comme le cheval de la magnifique pochette. À pied, en train, en voiture, de Nashville à Tucson, de bars glauques au « Moonlight motel » qui clôt l’album, le boss nous embarque avec ses personnages droit vers un ouest rêvé. Impressionnant de voir à quel point Springsteen reste créatif et actuel, pourtant entré déjà dans le panthéon des artistes américains. Tel Clint Eastwood au cinéma, son classicisme le rend intemporel tout en restant le brave gars avec qui on a envie d’aller boire une bière.

Bruce a ici laissé son fameux E Street band à la maison reprenant l’alternance entre des albums rock qui ont fait sa gloire de « Born to run » (1975) à « The rising » (2002) en passant bien sûr par « Born in the USA » (1984) et des albums solo intimistes tels les chefs d’œuvres « Nebraska » (1982)  et « The ghost of Tom Joad »(1995). Sur « Western stars », l’artiste confie avoir voulu rendre hommage à la pop californienne des 60’s, ce qui se traduit ici par des arrangements soyeux de cordes, ajoutant classe et profondeur à des titres assez intimistes, proches de la ballade country folk mais toujours dans un registre sombre et mélancolique dans lequel Springsteen excelle.

C’est par le très Dylanien « Hitch hikin’ » que débute l’album, belle rengaine très dépouillée qui va petit à petit laisser entrer une section de cordes qui prennent de l’ampleur et apportent de la profondeur à un titre sur lequel Springsteen se ballade, la voix intacte, toujours mélancolique. « The wayfarer » qui suit est encore un cran au-dessus, superbe ballade mid tempo que les cordes magnifient avant d’être rejointes par des cuivres qui apportent un souffle et une atmosphère inédite chez le Boss. « Tucson train » est quant à lui Springsteenien en diable. La batterie et la basse martelant le rythme ferroviaire pendant que Bruce déroule un titre imparable, toujours rehaussé de cordes. C’est l’Amérique que l’on aime qui défile, celle, purement fantasmée de nos souvenirs de cinéma, des westerns et des grandes étendues. « Western stars », juste derrière, est un des plus beaux titres entendus ces temps-ci, superbe ballade empreinte de nostalgie et profondément mélancolique. Springsteen y peint des portraits dont lui seul a le secret comme cet acteur dont le plus haut fait d’armes est d’avoir été descendu par John Wayne. On touche ici à la quintessence du talent Springsteenien dans sa capacité à toucher l’auditeur au coeur sans que jamais il ne rabaisse ses ambitions artistiques. Après ce quatuor impeccable de début d’album, on passe rapidement sur l’anecdotique « Sleepy Joe’s café », chanson entraînante pour pub irlandais, et ce même si mon fils de 3 ans l’adore pour lui préférer « Drive fast (The stuntman) » encore une sombre ballade très dépouillée et réhaussée de cordes, décidément la marque de ce disque ou encore le très beau mais toujours très sombre « Chasin’ wild horses » qui débute à la guitare comme autour d’un feu de camp , la nuit tombée sous les étoiles. « Sundown » ensuite renoue avec le registre pop orchestrale et redonne un peu de soleil à un album à la tonalité très mélancolique. Mais c’est un court répit car le magnifique « Somewhere north of Nashville » tire les larmes en moins de deux minutes de simplicité bouleversantes. « Stones » beaucoup plus arrangé et orchestré est une nouvelle réussite dans le registre pop orchestrale alors que « There goes my miracle » est une sucrerie parfois un peu indigeste sur ses refrains. L’album va se terminer sur deux pépites. Tout d’abord le single « Hello sunshine » et ses faux airs d’ « Everybody’s talkin’ » sur lequel Springsteen déroule une mélodie imparable aux arrangements subtils. La chanson pourrait être la BO d’un road movie idéal. « Moonlight motel » est un diamant noir, chanson parfaite pour conclure un tel disque, murmure nocturne ou rêve éveillé avant de s’endormir, au choix.

On l’aura compris, Bruce Springsteen, avec « Western stars » délivre sa plus belle collection de chansons depuis « Ghosts of Tom Joad » en 1995. Depuis, exception faite du rageur et impressionnant « Wrecking ball », aucun album ne parvenait à convaincre totalement sur la durée. Voici donc une nouvelle pierre de taille à l’édifice Springsteenien décidément increvable puisqu’on annonce un nouvel album avec l’E Street Band. Longue vie au Boss donc, partenaire de voyage au long cours rarement décevant, pardonnable jusque dans ses albums un peu moins bons, certainement la rock star la plus humble et sympathique qui soit et pourtant mythique.

Image de prévisualisation YouTube Image de prévisualisation YouTube Image de prévisualisation YouTube
-galettesvinyles
rss pas de réponses

Laisser un commentaire

Listecds |
Projet Ouroboros |
Kim Wilde 2017 / MiniKim |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Graines de son
| Lerapetsonevolution
| Clipfr