Balthazar – Fever – 2019
2 mars, 2019 @ 1:41 Critiques albums 2019

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Qu’on se rassure, nul besoin de posséder des appareils auditifs aussi développés que les lycaons de la pochette, pour apprécier le très beau nouvel album du groupe belge Balthazar nommé simplement « Fever »! Groupe belge que, honte à moi, je ne découvre qu’avec ce déjà quatrième album, les trois précédents ayant été, parait-il, des succès autant publics que critiques. Mais on sait depuis longtemps déjà, sans remonter jusqu’à Plastic Bertrand ou Annie Cordy, que la Belgique est une terre regorgeant de talents musicaux: Arno, Deus, Girls In Hawaï, Stromae pour n’en citer que quelques-uns. Il convient donc de vérifier si la fièvre annoncée par le premier titre éponyme du disque va nous mettre ou pas une bonne rouste « I’m sure that Fever / Is gonna be hitting you hard ».

Musicalement, Balthazar incarne une certaine idée de la classe comme Nick Cave ou les Tindersticks. En écoutant ce disque qui vise souvent à propulser l’auditeur sur le dance-floor, on est saisi par la qualité des arrangements qui semblent aller à l’essentiel, par cette énorme basse noueuse qui vous attaque au thorax, par ces choeurs efficaces, ces envolées de cordes et ces giclées de cuivres qui, distribués avec parcimonie, n’en ressortent que davantage. Par-dessus tout cet attirail, la voix grave et chaude se ballade et fait effectivement monter la température de quelques degrés. Pour entendre la chose, on se situerait quelque part entre les Stranglers période « Feline / Aural sculpture (1983/84) » et un Leonard Cohen qui aurait décidé de faire danser son public.

L’album débute par son single, « Fever » donc, qui après une intro basse/xylophone se lance dans un funk de début de soirée, strié de cordes et de choeurs et qui, après un break cabossé prend sa vitesse de croisière, permettant au mauvais danseur que je suis de se trémousser sans trop d’efforts ni d’effets de manche. Le titre est plus retors qu’on ne pense au premier abord, possède, comme tout l’album on le verra, la force de l’évidence sans se laisser épuiser. On entre dans le vif du sujet avec le magnifique « Changes » et on comprend de suite que le niveau sera élevé. Cette chanson fait partie de ces titres, rares, qui, sans y toucher, vous envoûtent, vous ramènent sans cesse à eux délicatement tout comme progresse la mélodie quasi parfaite. Le rôle des choeurs se confirme sur les refrains, omniprésents sans être en envahissants. Sans aucun doute un des sommets du disque mais celui-ci comporte-t-il des creux? « Wrong faces » est aussi classieuse que les titres précédents avec ces cordes qui n’hésitent pas à griffer une mélodie encore excellente. Le talent mélodique est d’ailleurs à peu près sans défaut sur l’album et ce n’est pas « Watchu’ doin » qui va amorcer quelques glaciations que ce soit. Les mélodies de Balthazar n’ont besoin d’aucun artifice, quelques cuivres, cordes, choeurs bien placés et toujours inventifs en font ressortir les meilleurs aspects. Avec « Phone number », la comparaison avec Leonard Cohen n’a jamais été aussi évidente que sur cette magnifique chanson de rupture, si dépouillée sur les couplets et qui achève de façon bien mélancolique la face 1 dans laquelle on serait bien en peine de déceler un point faible.

Balthazar avec « Entertainment » en début de face 2, quitte son confort ouaté pour sortir dans une rue animée, on entend presque les Klaxons des voitures, le rythme se fait plus agité, plus complexe et la mélodie bravache. Mais c’est avec le refrain parfait que la chanson trouve son équilibre. Aux ruptures des couplets, il oppose une mélodie somptueuse, rehaussée par des cuivres tranquilles et imposants. « I’m never gonna let you down again » revient dans la veine de la face 1 avec une mélodie irréprochable mais pointe là ce qui constitue peut-être le risque que court Balthazar à l’avenir, à savoir un refrain qui flirte d’un peu trop près avec la facilité, avec la volonté de le faire reprendre en choeur par un public de stade, qui se laisse griser par son propre succès en oubliant d’écrire des chansons: le syndrome Coldplay quoi! Heureusement cette baisse de tension n’est que de courte durée car arrive mon titre préféré de l’album à savoir « Grapefruit ». Très sobre et habité, le titre déroule sur une boucle de percussions, accompagne ses montées par des poussées de cordes, est plus murmuré que chanté convoque des choeurs discrets avant de changer de direction pour repartir vers un final extraordinaire construit autour de deux notes scandées par des cuivres rutilants. Un must. Et que dire du tube implacable « Wrong vibration » qui parvient à faire oublier ses choeurs un peu limites par une mélodie et surtout un refrain absolument irrésistibles. On goûte ensuite aux vertiges orientaux de « Roller coaster » et ses cordes magnifiques avant de se laisser embarquer par la superbe ballade « You’re so real » comme dans un rêve ponctué d’inquiétants bruits d’alarmes. Balthazar ose même le solo de saxophone, attention c’est quand même risqué. « Fever » devrait être un grand succès, grandement mérité,  car Balthazar y conjugue qualité des chansons et des arrangements et donc intégrité artistique avec la capacité de s’adresser potentiellement au plus grand nombre. Une qualité très rare. Ça plait même aux lycaons, c’est dire!

À écouter: Fever – Entertainment – Grapefruit

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