Alain Bashung – En amont – 2018
30 novembre, 2018 @ 5:31 Critiques albums 2018

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Pour parler de « En amont », album posthume d’Alain. Bashung, il faut d’abord bien comprendre ce que l’on va y trouver afin de ne pas partir sur un malentendu. Les 11 titres, tous inédits, que l’on découvre ici, ont été écartés par Bashung de la version finale de « Bleu pétrole », dernier album studio du chanteur disparu et datant de 2008. Sa veuve est à l’origine du projet et a fait appel à Edith Fambuena, qui avait travaillé avec Bashung sur « Fantaisie militaire » chef d’oeuvre de 1998. Le titre « En amont » résume bien l’esprit du disque. En amont, cela signifie que ces titres se situent dans la phase préparatoire de « Bleu pétrole » et comme ils en seront écartés, Bashung ne poussera pas jusqu’au bout leur production. Les versions que l’on entend ici ne possèdent donc pas la richesse de la production sonore de l’album, elles sont à l’os, dépouillées, quelques guitares, la voix de Bashung, brute, et de rares ornementations, une basse par ci, des boites à rythmes décharnées par là, un harmonica, quelques choeurs, … les chansons de « En amont » possèdent une structure mais se livrent brutes de décoffrage, telles des work in progress, et elles n’en sont que plus poignantes.
Dès « Immortels », sublime version de la chanson écrite par Dominique A, on se rend compte du gouffre qu’a laissé dans la chanson française la perte du roi Bashung. Son interprétation magnifie ce titre, lui donne la sombre beauté que la version de Dominique A ne possède pas, aussi réussie soit-elle. La voix, imparfaite pourtant, touche au plus profond, semble surgir de l’au-delà, fantôme qui nous hantera toujours. Après ce départ sur les chapeaux de roue, « Ma peau va te plaire » renvoie au Bashung du début des 80’s, période « Play blessures » avec son côté déglingué, de loser magnifique, cabossé qui évoque d’autres souffrances comme celui ici d’une prostituée « qui ne vaut presque rien ». « La mariée des roseaux » qui suit est une splendeur absolue, pourvoyeuse de frissons pour l’éternité, peut-être la plus belle chanson du disque, qui n‘a besoin de rien d’autre que de quelques accords de guitare électrique et de la voix du Parrain pour exploser la concurrence. Il est presque incompréhensible que Bashung ait pu se priver d’une telle chanson. « Elle me dit les mêmes mots » est le produit d’une collaboration avec Daniel Darc, autre fantôme magnifique de la chanson française. Et pour quel résultat!! On est ici dans les grands espaces folk que « Bleu pétrole » a labourés et évoque un autre grand disparu: Johnny Cash. Ce titre exceptionnel termine la première des trois faces que comporte « En amont » qui jusqu’à présent vole à des hauteurs jamais atteintes pour un album de ce genre-là (comparez avec le Johnny pour voir!).
La face B débute avec « Les salines », chanson écrite par Raphaël qui tient ici les rares instruments, résiste à son aspect bricolé. On imagine ce qu’elle aurait pu donner dans une version plus étoffée. « Montevideo », si elle n’atteint pas l’intensité des morceaux précédents reste tout à fait honnête mais « Les arcanes » remonte le niveau de façon saisissante. La voix de Bashung y est ici incroyablement brisée, à la limite de la fausseté et elle ouvre par les mots « Revenu des arcanes/ J’ai ouvert les écluses / Pour une fin en fanfare » pour se terminer par « Tout est là / Rien n’est caché » qui pourraient être le parfait résumé de « En amont ».
Nouvelle collaboration avec Dominique A pour « Seul le chien » en version guitare acoustique / voix au début de la face C. Johnny Cash et ses « American recordings » sont nouveau convoqués dans ce titre absolument magnifique et qui nous fait regretter le grand disque que ces deux-là auraient pu, un jour peut-être, réaliser ensemble. « Les rêves de vétéran » est un blues décharné, à peine égayé par un harmonica sur cette complainte de l’ancien combattant hanté par les horreurs vécues. Blues toujours sur « Un beau déluge » encore plus rugueux, parfois à capella quand la seule guitare électrique se tait, laissant de l’espace à la voix. Le disque se termine par un dernier bijou absolu « Nos âmes à l’abri », chanson crépusculaire en forme de dernière prière pour le salut des âmes. Quelques choeurs aériens, des arpèges de guitare suffisent sur ce titre dont on se demande aussi pourquoi Bashung ne l’a pas retenu à l’époque.
Avec « En amont », tout le monde y trouve son compte. Bashung, même s’il ne le saura jamais, vient de sortir son « Nebraska » à lui à travers cette collection de chansons sublimes qui tiennent avec presque rien, avec la qualité de l’interprétation d’un Bashung inégalable qui a, c’est sûr, son âme à l’abri dans nos coeurs. Merci pour tout surtout quand on pense que c’est un mort qui vient de publier le meilleur disque français de l’année.

À écouter: Immortels – Nos âmes à l’abri – La mariée des roseaux

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