posts de novembre 2018


Alain Bashung – En amont – 2018

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Pour parler de « En amont », album posthume d’Alain. Bashung, il faut d’abord bien comprendre ce que l’on va y trouver afin de ne pas partir sur un malentendu. Les 11 titres, tous inédits, que l’on découvre ici, ont été écartés par Bashung de la version finale de « Bleu pétrole », dernier album studio du chanteur disparu et datant de 2008. Sa veuve est à l’origine du projet et a fait appel à Edith Fambuena, qui avait travaillé avec Bashung sur « Fantaisie militaire » chef d’oeuvre de 1998. Le titre « En amont » résume bien l’esprit du disque. En amont, cela signifie que ces titres se situent dans la phase préparatoire de « Bleu pétrole » et comme ils en seront écartés, Bashung ne poussera pas jusqu’au bout leur production. Les versions que l’on entend ici ne possèdent donc pas la richesse de la production sonore de l’album, elles sont à l’os, dépouillées, quelques guitares, la voix de Bashung, brute, et de rares ornementations, une basse par ci, des boites à rythmes décharnées par là, un harmonica, quelques choeurs, … les chansons de « En amont » possèdent une structure mais se livrent brutes de décoffrage, telles des work in progress, et elles n’en sont que plus poignantes.
Dès « Immortels », sublime version de la chanson écrite par Dominique A, on se rend compte du gouffre qu’a laissé dans la chanson française la perte du roi Bashung. Son interprétation magnifie ce titre, lui donne la sombre beauté que la version de Dominique A ne possède pas, aussi réussie soit-elle. La voix, imparfaite pourtant, touche au plus profond, semble surgir de l’au-delà, fantôme qui nous hantera toujours. Après ce départ sur les chapeaux de roue, « Ma peau va te plaire » renvoie au Bashung du début des 80’s, période « Play blessures » avec son côté déglingué, de loser magnifique, cabossé qui évoque d’autres souffrances comme celui ici d’une prostituée « qui ne vaut presque rien ». « La mariée des roseaux » qui suit est une splendeur absolue, pourvoyeuse de frissons pour l’éternité, peut-être la plus belle chanson du disque, qui n‘a besoin de rien d’autre que de quelques accords de guitare électrique et de la voix du Parrain pour exploser la concurrence. Il est presque incompréhensible que Bashung ait pu se priver d’une telle chanson. « Elle me dit les mêmes mots » est le produit d’une collaboration avec Daniel Darc, autre fantôme magnifique de la chanson française. Et pour quel résultat!! On est ici dans les grands espaces folk que « Bleu pétrole » a labourés et évoque un autre grand disparu: Johnny Cash. Ce titre exceptionnel termine la première des trois faces que comporte « En amont » qui jusqu’à présent vole à des hauteurs jamais atteintes pour un album de ce genre-là (comparez avec le Johnny pour voir!).
La face B débute avec « Les salines », chanson écrite par Raphaël qui tient ici les rares instruments, résiste à son aspect bricolé. On imagine ce qu’elle aurait pu donner dans une version plus étoffée. « Montevideo », si elle n’atteint pas l’intensité des morceaux précédents reste tout à fait honnête mais « Les arcanes » remonte le niveau de façon saisissante. La voix de Bashung y est ici incroyablement brisée, à la limite de la fausseté et elle ouvre par les mots « Revenu des arcanes/ J’ai ouvert les écluses / Pour une fin en fanfare » pour se terminer par « Tout est là / Rien n’est caché » qui pourraient être le parfait résumé de « En amont ».
Nouvelle collaboration avec Dominique A pour « Seul le chien » en version guitare acoustique / voix au début de la face C. Johnny Cash et ses « American recordings » sont nouveau convoqués dans ce titre absolument magnifique et qui nous fait regretter le grand disque que ces deux-là auraient pu, un jour peut-être, réaliser ensemble. « Les rêves de vétéran » est un blues décharné, à peine égayé par un harmonica sur cette complainte de l’ancien combattant hanté par les horreurs vécues. Blues toujours sur « Un beau déluge » encore plus rugueux, parfois à capella quand la seule guitare électrique se tait, laissant de l’espace à la voix. Le disque se termine par un dernier bijou absolu « Nos âmes à l’abri », chanson crépusculaire en forme de dernière prière pour le salut des âmes. Quelques choeurs aériens, des arpèges de guitare suffisent sur ce titre dont on se demande aussi pourquoi Bashung ne l’a pas retenu à l’époque.
Avec « En amont », tout le monde y trouve son compte. Bashung, même s’il ne le saura jamais, vient de sortir son « Nebraska » à lui à travers cette collection de chansons sublimes qui tiennent avec presque rien, avec la qualité de l’interprétation d’un Bashung inégalable qui a, c’est sûr, son âme à l’abri dans nos coeurs. Merci pour tout surtout quand on pense que c’est un mort qui vient de publier le meilleur disque français de l’année.

À écouter: Immortels – Nos âmes à l’abri – La mariée des roseaux

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Black Mountain – In the future – 2008

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Avec « In the future » et sa très belle pochette en 2008, Black Mountain reste bloqué dans les 70’s puisant ses riffs lourds chez Led Zeppelin, ses claviers chez le Pink Floyd psychédélique des débuts, ses ballades chez les Stones et n’hésite pas, comme sur l’envapé « Bright lights », à balancer un titre de 16 mn comme on n’en fait plus. Mais le groupe sait aussi alterner les moments calmes, presque folk et la voix de la chanteuse, magnifique, apporte toute la douceur nécessaire à cet album en rappelant les trips du Jefferson Airplane de la même période. Curieux titre donc pour un album résolument tourné vers le passé mais qui sait aussi s’en extraire comme sur le merveilleux et hallucinant « Wucan » ci-dessous:
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Black Mountain – Black Mountain – 2005

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En 2005, la pochette mystérieuse et le nom du groupe « Black Mountain » m’attiraient irrésistiblement avec ce premier album éponyme. Ce groupe canadien à deux têtes pensantes, mixtes, puise indéniablement son inspiration dans les 70′s. Si les trois premiers titres sont sous influence Led Zeppelin (ce n’est pas un défaut) avec leur riffs puissants, c’est après que l’album impressionne le plus. Avec le plus pop « No satisfaction » puis avec de longues plages quasi hallucinogènes comme les 7 minutes exceptionnelles de « No hits » ci-dessous chantées à deux voix qui ne laissent aucun doute sur le talent de ses concepteurs:
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Black Lips – Arabia Mountains – 2011

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C’est certainement sur la foi d’une critique (comme souvent) que je me procure en 2011 « Arabia Mountains » le sixième album des Black Lips, groupe pour moi inconnu jusque-là. Je découvre alors 16 titres, quasiment tous largement en-dessous des 3 minutes d’un groupe qui a fait de l’esprit garage un mode de vie. Le rock que joue les Black Lips est à la croisée des Clash, pour les tubes hyper accrocheurs, des Ramones, pour la brièveté et l’urgence, des Cramps, pour le côté foutraque, débridé et rockab de l’entreprise mais aussi parfois des Stranglers première manière quand le ton se fait un peu plus sombre. Voilà un disque que j’aurais adoré en 1984/85, que j’écoute aujourd’hui avec un peu plus de recul, un sourire aux coins des lèvres. « Modern art » en guise d’échantillon ci-dessous:
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The Black Keys – El camino – 2011

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En 2011, Dan Auerbach et ses Black Keys décrochent le gros lot avec « Lonely boy« , énorme tube qui ouvre l’album « El camino« . Ce dernier est un condensé de rock vintage, aux chansons accrocheuses et enlevées qui font taper du pied. J’avoue que ce n’est pas complètement ma tasse de thé mais que reprocher à cette entreprise en tous points réussie, à écouter en voiture cheveux au vent? Pas grand-chose en fait si ce n’est peut-être son aspect futile. Mais c’est un disque pour ne pas se prendre la tête, monter le volume et grimper aux rideaux. Dont acte avec ce « Sister » au riff immédiatement reconnaissable et aux airs presque disco ci-dessous:
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Villagers – The art of pretending to swim – 2018

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Je découvre sur le tard Villagers, le projet de l’irlandais à la voix d’or Conor O’Brien, avec ce superbe « The art of pretending to swim », son 4ème album.

Il suffit de poser le disque sur la platine pour que le premier titre de la face 1 nous fasse littéralement fondre. « Again » est son titre et il résume bien l’art de Villagers à savoir une guitare folk qui se mêle à quelques notes d’un piano cristallin avant que la chanson ne s’enlumine de sonorités électroniques et s’envole avec grâce vers des cieux radieux, emportée par la voix délicatement soul de Conor O’Brien qui envoute sur une mélodie sublime. C’est absolument magnifique et met les frissons à chaque nouvelle écoute. D’ailleurs O’Brien, qui fait absolument tout sur ce disque, y énonce sa foi et sa profession de foi d’artiste « I’ve found again / A place in my heart again / for God again / In the form of Art again ». Toute la face 1 sera empreinte de cette spiritualité, de cette profondeur, de cette grâce. Que ce soit dans le magnifique « A trick of the light » et ses cordes qui suit ou dans le très beau « Sweet saviour » à la mélodie impeccable et céleste. La basse noueuse, le piano répétitif, la batterie presque jazz de « Long time waiting » provoquent un incroyable sentiment de surplace où jamais l’on ne s’ennuie avant que des giclées de cuivres propulsent le titre vers l’avant. Les arrangements sont d’une qualité époustouflante, toujours au service de l’émotion. « Fool » qui clôt cette première face parfaite est de ces chansons qu’on semble toujours avoir connu telle leur évidence vous saute à la figure.

C’est sur une boite à rythmes famélique et des boucles de voix soul triturées que s’ouvre la face 2 avec « Love came with all that it brings » dont la mélodie fait un peu penser au « Ghost of Tom Joad » de Springsteen, ce qui est évidemment gage de qualité. Quelques cuivres, un xylophone discret viennent enrichir un titre plus complexe que les précédents, tranchant avec l’évidence de la face 1 mais pas moins intéressant. « Real go-better » est un peu en retrait, il semble un peu moins habité, un peu moins inspiré, comme en pilotage automatique. Ce n’est pas un mauvais titre mais les quelques bidouillages électroniques ne lui apportent pas grand-chose. « Hold me down » est d’une toute autre trempe et n’a besoin que de quelques arpèges de guitare sur un embryon de rythme électronique pour susciter l’émotion. La voix de Conor O’Brien, parfois doublée, y susurre une mélodie délicate et mélancolique. Une flute et quelques violons viendront ensuite apporter une touche bucolique à la chanson. Le dernier titre « Ada », hommage à la mathématicienne Ada Lovelace (je ne fais pas le malin, j’ignorais son existence avant cette chronique) est une pure splendeur. Elle débute comme une chanson folk, avant que des oiseaux électroniques viennent la survoler de leur cris tourbillonnants jusqu’à une longue fin éblouissante de beauté. C’est d’abord une envolée de choeurs et de nappes de claviers qui viennent pour finir s’échouer sur une plage inexplorée. L’album se termine là, et l’on en sort hébété comme après avoir contemplé longuement un paysage grandiose. Jusqu’à se ressaisir et remettre la galette sur la face 1.

Conor O’Brien vient de sortir avec « The art of pretending to swim » un des plus beaux albums de l’année. Si vous ne savez pas quoi offrir à Noël …

À écouter: Again – A trick of the light – Ada

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Frank Black – Teenager of the year – 1994

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Oui Frank Black est bien le « Teenager of the year » en 1994. En 22 titres et avec une facilité déconcertante, il dégoupille cette bombe à multiples fragmentations digne du meilleur des Pixies. Bien plus homogène et constant dans l’inspiration que dans le précédent disque, il virevolte d’un titre à l’autre, sans qu’aucune graisse ne vienne alourdir l’ensemble. Il ne fera jamais mieux par la suite. Un exemple parmi tant d’autres avec « I want to live (in an abstract plain) » ci-dessous:

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Frank Black – Frank Black – 1993

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En 1993, alors que nous pleurons la séparation des Pixies, Charles Thompson alias Black Francis devient Frank Black et publie son premier album solo « Frank Black ». Le disque console tous les fans éplorés des Pixies en 15 titres qui rappellent évidemment l’univers du groupe avec une pop rock qui part dans tous les sens, aux relents 60’s et surf rock (Frank Black y reprend le « Hang on to your ego » des Beach Boys), aux mélodies accrocheuses, alternant les moments calmes et énervés qui ont fait leur succès. Même si l’album « bûcheronne » un peu trop avec une batterie mastoc, même si les titres ne sont pas tous du même tonneau, il faut reconnaître la qualité du disque qui passe encore la rampe 25 ans après. Je succombe toujours à ce « Los Angeles » (prononcer « Loss Angueless ») qui alterne le chaud un peu lourd et la légèreté sublime dans sa deuxième partie ci-dessous:
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The Black Angels – Death songs – 2017

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Rien n’a fondamentalement changé avec cet album de 2017 des Black Angels et intitulé « Death songs« . On retrouve la pochette façon illusion d’optique hallucinogène et ces chansons sombres, souvent torturées puisant dans la source d’un psychédélisme 60′s. Et pourtant petit à petit, comme c’était déjà le cas sur « Phosphene dream« , la musique des Black Angels s’allège, s’épure (c’est un grand mot). Les guitares sont moins prégnantes, moins nombreuses, moins distordues et les mélodies s’en retrouvent comme révélées. Ici, moins de boucan mais encore plus de tension et d’intensité pour ce qui est à mon goût leur meilleur album. On retrouve parfois quelque chose de la fièvre d’Echo & The Bunnymen comme sur cet « Estimate » débranché et pourtant Ô combien puissant ci-dessous:
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The Black Angels – Phosphene dream – 2010

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La recette n’a pas beaucoup changé sur cet album de 2010 des Blacks Angels intitulé « Phosphene dream« , la pochette en témoigne. On y trouve toujours un rock d’inspiration psychédélique, aux guitares superposées que je trouve finalement assez ennuyeux à la longue même si fréquemment, le tempo, l’atmosphère changent au cours d’un même titre. Un exemple de la tonalité du disque avec ce « River of blood » bien envoyé ci-dessous:
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The Black Angels – Directions to see a ghost – 2008

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Et voici que commence la période des groupe en « Black… ». En 2008, les Black Angels d’Austin – Texas sortent « Directions to see a ghost » leur deuxième album. Ayant emprunté leur nom à une chanson barrée du Velvet Underground, on ne peut s’attendre à une musique saine d’esprit. En effet, leur rock psychédélique doit autant au Velvet, au 13th Floor Elevator (d’Austin également) qu’aux Doors. Empilant, torturant, vrillant, difractant les guitares sur une rythmique métronomique et lourde, le groupe vise à la transe. La voix caverneuse et incantatoire du chanteur renforce cette ambiance noire à souhait. On est loin de la Lambada donc! J’ai du mal j’avoue à rentrer en transe avec cette musique qui, sur la longueur, est assez pénible même si les architectures soniques du groupe sont parfois passionnantes. un exemple avec « Doves » ci-dessous:
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