Beak> – >>> – 2018
17 octobre, 2018 @ 5:35 Critiques albums 2018

téléchargement

 

Faut-il encore espérer un nouvel album de Portishead? Ce serait le quatrième en 25 ans après 3 chefs d’oeuvres impérissables et 10 ans après  l’incroyable « Third» de 2008. Ne rien espérer évite toute déception d’autant plus que les membres du groupe de Bristol ne sont pas inactifs, en particulier Geoff Barrow et son passionnant groupe alternatif Beak> dont le 3ème album vient de sortir, le premier en 6 ans,  au nom aussi imprononçable que logique « >>> ».

Beak> est un trio dont les têtes pensantes sont donc Geoff Barrow de Portishead et Billy Fuller qui fut bassiste de Robert Plant. Beak>, depuis ses débuts, explore les terres du Krautrock et des rythmes motorik jadis défrichés par les groupes 70’s allemands Can et Neu! combinés à l’expérimentation synthétique. Il en résulte fréquemment une batterie répétitive, hypnotique propre à ce genre musical.

10 morceaux composent ce disque qui va à l’essentiel et truste ma platine depuis pas mal de temps déjà. Si cependant l’introductif « The brazilian » embête un peu par ses descentes de batterie un peu pesantes, les choses sérieuses commencent avec l’excellent et tubesque (dans un monde idéal) « Brean down ». Véritable pépite, le titre est à la fois ultra accessible et intrigue par son étrangeté, ses claviers vrombissants, ses guitares tordues qui se conjuguent dans un final en crescendo. Changement d’ambiance (quoique) avec « Birthday suit » qui me fait penser à « Undenied » sur le deuxième album de Portishead, par sa capacité à évoquer le survol en rase-motte d’une planète inconnue et désolée. Dépouillé à l’extrême, affublé d’une voix qui semble venir de l’au-delà et très synthétique, le titre avance jusqu’à ce qu’un motif de synthé tourbillonnant, redoublé puis triplé l’emmène au fin fond de nulle part. Hypnotique à souhait. Magnifique. « Harvester » du coup apparait plus banal mais plusieurs écoutes dévoilent son aspect intriguant, comme une ballade chantée au milieu du vide intersidéral. C’est alors que débarque le fantastique « Allé sauvage », qui clôt la face A, au nom aussi improbable que le titre est extraordinaire et audacieux. Totalement hypnotique, cet instrumental serait une parfaite B.O. pour un film de SF expérimental. La basse y est caoutchouteuse, les claviers déferlent en vrilles obsédantes pour un trip de 7 minutes et sommet du disque.

C’est avec l’instrumental « Teisco » que démarre la face B, aux sonorités ambient. Quelques notes éparses de claviers s’égrènent sur une basse répétitive et ronde pendant qu’au loin passent des vaisseaux spatiaux. Trop court malheureusement mais on n’a pas le temps de souffler car « King of the castle » secoue nos oreilles par contraste rappelant certaines ambiances tordues de la trilogie berlinoise de Bowie. Et ce n’est pas le motorik pur jus « RSI » qui nous laissera reposer.  Sur cette batterie répétitive endiablée, les nappes de claviers s’envolent comme si la machine nous entrainait au fin fond de l’espace, avec ce titre à l’ambiance toujours aussi futuriste, mais un futurisme vintage. Plus krautrock qu’ »Abbots leigh » et ses dissonances tu meurs. Il s’agit du titre certainement le plus expérimental de l’album mais aussi le plus passionnant et ambitieux. Car du magma désordonné du premier tiers nait une musique étrange et belle comme une longue plainte somptueuse. Avant la fin, le titre retrouvera le chaos du début.  C’est avec la balade « When we fall » que se conclut « >>> » de façon apaisée et magistrale. Sur quelques arpèges de guitares, les violons occupent l’espace et montrent à quel point Beak> sait aussi composer de grandes chansons. Le titre dans son dernier tiers accélère, devient plus électronique, les violons tournoient pour un final en forme d’apothéose.

À n’en pas douter déjà un sommet de l’année 2018 « >>> » réussit le tour de force de proposer une musique totalement originale, voire expérimentale, puisant dans les années 70 sa liberté d’exploration, et en même temps accessible. Chaque écoute, au lieu de l’épuiser, ouvre de nouvelles perspectives, de nouveaux horizons. Sans nul doute le propre des grands disques.

À écouter – Allé sauvage – Brean down – When we fall

Image de prévisualisation YouTube

Image de prévisualisation YouTube

Image de prévisualisation YouTube

-galettesvinyles
rss pas de réponses

Laisser un commentaire

Listecds |
Projet Ouroboros |
Kim Wilde 2017 / MiniKim |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Graines de son
| Lerapetsonevolution
| Clipfr