Paul McCartney – Egypt station – 2018
19 septembre, 2018 @ 5:52 Critiques albums 2018

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« When I’m sixty-four » chantait Paul McCartney il y a un siècle. Paulo en a aujourd’hui 76. On ne présente pas Paul McCartney. Il n‘a plus rien à prouver. Sans lui, la pop n’existerait pas. « Abbey Road » des Beatles, album indestructible est certainement ce qu’il a fait de mieux, ce qui s’est fait de mieux. Depuis 1970, Macca mène une carrière solo, même au sein de ses Wings du début, faite de hauts et de bas, constellée de perles mais aussi de titres dont on se demande bien s’il n’aurait pas mieux fallu les garder au frigo. Mais on n’y croyait plus vraiment non plus quand en 2005, il nous a refait le coup du chef d’oeuvre absolu avec l’extraordinaire « Chaos and creation in the backyards », de loin son meilleur album post-Beatles, dont on ne le croyait plus capable, fruit d’une collaboration miraculeuse avec l’immense Nigel Godricht, l’homme qui, à l’instar de George Martin pour les Beatles, fut le 5ème Radiohead. Depuis, McCartney est retombé dans l’insignifiance avec des albums qu’on écoute par politesse puis qu’on range définitivement. Cependant, l’oeil est toujours brillant, l’envie est toujours là, il a gardé cet air éternellement adolescent dans le regard, dans le sourire alors Mc Cartney continue, parce qu’il aime ça, parce que c’est sa passion.
Aujourd’hui voilà qu’un nouvel album pointe son nez, voilà même qu’il est double. Son nom? « Egypt station ». Bon. Comme à chaque fois, j’écoute, d’autant plus qu’il est précédé de rumeurs plutôt positives sans qu’il soit possible de démêler avis sincères et slogans promotionnels. Alors allons-y, prenons le train à « Egypt Station » et voyons si le voyage vaut la peine.
Première crainte, le producteur s’appelle Greg Kurstin, celui d’Adèle, de Sia, de Shakira… pas fait pour rassurer le chaland. Son travail est loin d’être indigne sur cet album mais là où Nigel Godricht il y a 13 ans, magnifiait les chansons, n’en gardant que l’essentiel, poussait McCartney dans ses retranchements, le son est ici juste conventionnel. Et puis une chose frappe immédiatement au fur et à mesure que se déroulent les 16 titres de l’album: la voix. Elle a changé, semble recouverte d’un voile, est parfois chevrotante. Non pas que cela soit gênant, simplement pour la première fois, comme on pensait que cela ne le concernait pas, cela s’entend, il vieillit.
Passée la courte ouverture quasi ambient d’ « Opening station », le premier titre, « I don’t know » est une totale réussite. Dans cette très belle ballade West Coast mid-tempo, Paulo déroule une mélodie impeccable sur lit de piano et prouve qu’il a bien plus que de beaux restes, tout en émotion et sobriété. « Come on to me » qui suit fait retomber le soufflé. Cette espèce de rengaine rock sautillante, genre que McCartney affectionne depuis longtemps, semble bien longue et souffre du coup d’une production balourde et peu inventive. Et quand enfin on croit que ça s’arrête, eh bien ça repart pour un tour. On passe. « Happy with you », sans être renversante, rehausse le niveau. Cette ritournelle est portée par une guitare folk et, l’air de pas y toucher, finit par accrocher. « Who cares » pourrait être du ZZTOP unplugged, tant ce boogie assez banal fait parfois penser aux barbus Texans. Rien de très passionnant même si on ne peut nier le plaisir que semble prendre McCartney à jouer au rockeur. Quel dommage que le single « Fuh you » qui suit soit plombé par une production aussi laide que possible à grands coups de choeurs de stade qui tirent le refrain vers les pires moments de Coldplay. Et pourtant le titre a du potentiel mais.. C’est peut-être sur « Confidante » que la voix de McCartney fait le plus son âge. Mise à nu, sur cette honnête ballade mélancolique, elle hésite, chevrote quelque peu, et en devient touchante. Le violoncelle et les notes de piano aigües ne suffisent pas à faire de « People want peace » un grand titre, mais sa naïveté même et son côté enjoué me le rendent plutôt sympathique, comme échappé d’une autre époque et clin d’oeil involontaire à John Lennon. Mais « Hand in hand » avec ses relents de « Fool on the hill » est d’une autre trempe. Somptueuse ballade dénudée, voix, piano, guitare acoustique et violoncelle, elle exprime ce que McCartney sait faire de mieux. Avec sa mélodie à la fois simple et subtile, elle touche droit au coeur et plane facile au-dessus des titres précédents. Impeccable aussi ce « Dominoes » au registre pop légèrement vintage, aux choeurs fifties, aux claps entrainants et à la mélodie que l’on reprend sans même s’en rendre compte. J’aime beaucoup aussi ce « Back in Brazil » incongru et donc surprenant, qui sur un rythme latino n’est pas sans rappeler le fantastique « Tropicalia » de Beck. Décalé, assumant sa tonalité kitsch, une vraie prise de risques. On a l’impression que Paulo pourrait composer des dizaines de ballades du genre de « Do it now », dont rien ne ressort, où rien ne brille, encore alourdie par une production pachydermique. On s’ennuie. Pas grand-chose à tirer non plus de l’ultra poussif voire lourdingue « Caesar rock » qui confirme que quand Macca veut jouer au rockeur, c’est le rock qui en prend un sale coup en plus de mes oreilles. Retour vers les hauteurs de l’album avec l’ambitieuse « Despite repeated warnings » qui lorgne vers le rock progressif et les 70’s. Chanson à tiroir, ou plutôt à étages, elle commence comme une ballade pour dégoupiller ensuite, à coups de changements de rythmes et d’ambiances successifs, les différentes parties qui la composent. Evitant le gras, le morceau fonctionne parfaitement. On se croit arrivés avec « Station II » miroir de l’instrumental d’ouverture mais voilà que déboule « Hunt you down/Naked/C-link », morceau composé de trois titres enchainés les uns aux autres comme à la grande époque d’Abbey Road. La comparaison vaut pour les titres fondus les uns aux autres, pas pour la qualité intrinsèque de ceux-ci mais rien d’indigne ici. Le rythme se ralentit progressivement, jusqu’à la fin de l’album, des guitares tranchantes et des cuivres rutilants du très réussi et énervé « Hunt you down » au blues instrumental de «C-Link » en passant par le très pop « Naked ». McCartney joue avec les genres, les univers, les tempos et finit son disque en fanfare.
Alors non, on n’embaumera pas encore Paul McCartney, il est bien vivant. Son nouvel album « Egypt station » n’est pas un chef d’oeuvre, il est très inégal, parfois énervant mais comporte suffisamment de réussites pour être digne d’un vrai intérêt. Il aurait mérité d’être élagué de ses branches inutiles, et une production plus à même de mettre en valeur les bonnes chansons. Mais comment en vouloir à Paul McCartney?

A écouter: I don’t know – Hand in hand – Despite repeated warnings

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