Jonathan Wilson – Rare birds – 2018
22 mars, 2018 @ 11:55 Critiques albums 2018

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J’avais déjà remarqué Jonathan Wilson en 2011 lors de la sortie de son premier album « Gentle spirit», tentative très réussie de faire revivre l’esprit d’un certain rock californien des 70’s, celui d’un folk élégiaque élaboré à l’époque par exemple par Crosby, Stills and Nash. Ces derniers temps, Jonathan Wilson multiplie les apparitions. Proche collaborateur de Father John Misty sur son superbe « Pure comedy » et artisan du retour sur disque, il est vrai peu convaincant, en guitariste fan, de Roger Waters. Il était donc temps pour lui de passer la vitesse supérieure et d’essayer de concrétiser toutes les attentes légitimes placées sur son nom. Voici donc «Rare birds » à la pochette fourre-tout et un tantinet mégalo, plus 70’s tu meurs. Car oui c’est encore et toujours principalement vers la décennie 70 que Jonathan Wilson propose de nous emmener mais cette fois-ci la palette va être beaucoup plus large et beaucoup plus passionnante. En effet, Jonathan Wilson prend son envol avec cet album assez magistral, qui même si on y entend nombre de réminiscences très identifiables du tournant des 70’s et des 80’s, lui permet du coup de s’affirmer en tant que compositeur. Et puis il fait tout Jonathan: il écrit, il compose, il produit, joue de multiples instruments et chante. Il est donc temps d’aller à la rencontre de ce double album d’une richesse impressionnante.

Le début de « Trafalgar Square » est trompeur car après quelques dizaines de secondes un peu plan-plan le titre prend un virage qui n’est pas sans évoquer de par son riff sourd et grondant, son orgue très présent, le Deep Purple des 70’s, rejoignant par là la démarche de Black Mountain par exemple. On est étonné par l’évidence de la mélodie, et la maîtrise acquise par Wilson dans la construction et la production. Les synthétiseurs donnent cependant un ton plus 80’s, ce qui donne une idée des influences que l’on va trouver sur le disque. Plusieurs fois, le morceau change d’atmosphère, évolue. On retrouvera au long du disque ces emprunts au rock progressif sans les lourdeurs souvent inhérentes au genre, ce qui en dit long sur la capacité de J. Wilson de rester sur le fil, de prendre le meilleur de chaque  style. « Me » est une ballade impériale, sur laquelle la voix, dont le timbre rappelle de façon surprenante le grand Eliott Smith,  légèrement réverbérée de J. Wilson fait merveille. Si les arrangements sont classiques, ils sont d’une grande richesse instrumentale et  la qualité de la composition emporte le morceau vers une forme de nostalgie en suspension du plus bel effet. Car oui, « Rare birds » est un album comme on n’en fait plus, ambitieux, qui n’a pas peur d’apparaître comme le disque d’un fan qui fait celui qu’il rêverait d’entendre. La chanson se termine par un solo de saxophone assez free avant de laisser la place à l’énormissime « Over the midnight ». Après une longue intro répétitive dominée par des synthétiseurs vaporeux, la voix entre en scène pour la mélodie immédiatement accrocheuse des couplets jusqu’à ce que le refrain propulse le titre vers les sommets. Jonathan Wilson sait désormais transcender ses influences pour proposer une musique très actuelle. Que dire du superbe « There’s a light » qui ressuscite le Springsteen flamboyant de la fin des seventies ? Avec ce titre à la fois lyrique et profondément mélancolique, bourré de choeurs, à la mélodie imparable, qui aurait sa place sur « The river » ou « Darkness on the edge of town », J. Wilson signe une grande chanson dont les dernières secondes opèrent même un virage très Pink Floydien. « Sunset Blvd », portée par un piano mis en avant, est une somptueuse balade pop folk aux magnifiques arrangements de cordes. Encore un titre dont le classicisme n’est en rien un handicap mais au contraire un moyen de tirer le meilleur d’un titre impeccable. L’extraordinaire « Rare birds » qui suit débute par un festival de guitares entrelacées qui lui donne sa tonalité rock mais contrebalancée par l’utilisation de nombreux synthétiseurs. C’est ce subtil équilibre dans les arrangements qui permet à chaque chanson, outre la brillance de la composition, de planer dans la stratosphère. Tout ce que n’a pas un Ed Sheeran par exemple. La capacité de J. Wilson à balancer autant de titres évidents qu’ils semblent être des classiques instantanés est impressionnante. L’oiseau rare du tire, c’est lui, pas de doutes. « 49 hairflips » opère un net ralentissement sur fond de bidouillages synthétiques discrets. Le titre, en suspension, achève le disque 1 et l’auditeur ne peut que se frotter les oreilles devant un tel enchaînement de grands morceaux. Plus lente, la chanson parvient encore cependant à ne jamais ennuyer. Il reste un disque. Wilson pourra-t-il tenir ce rythme sur la longueur d’un double album? Où est la frontière entre ambition et prétention?

« Miriam Montague », loin d’être mauvais, pêche peut-être pour la première fois par une production un peu trop touffue, par un excès de complexité. Mais c’est cependant chercher la petite bête car derrière, « Loving you » calme immédiatement toute velléité de contestation. Sur un rythme soutenu, la longue et superbe intro est assurée par Laraaji, un musicien new âge, dont les vocalises orientalisantes et la cithare introduisent une dimension quasi céleste à ce titre pop pourtant déjà d’une évidence mélodique immédiate. On y entend également des percussions. Même Lana Del Rey, qui passait par là, vient donner un coup de mains, ou plutôt de cordes, vocales. On la retrouve d’ailleurs aux choeurs sur le fantastique « Living with myself », tube instantané, au motif de synthé immédiatement assimilable. On pense plusieurs fois lors de ce morceaux à Genesis ou Peter Gabriel période pop, où les nappes de synthés enveloppent deux guitares qui tricotent leurs somptueux arpèges. L’ambitieuse et imposante intro de « Hard to get over » se profile à l’horizon mêlant une batterie rouleau compresseur et des arrangements de cordes inspirés. Je suis moins convaincu cependant par la voix très Peter Gabriel et une ambiance plus eighties que sur le reste du disque. Cependant, de façon étonnante, le titre est troué en son milieu par un pont instrumental totalement dématérialisé, suspendu, très réussi. Avant que le rouleau compresseur ne reprenne ses droits malheureusement. Passons sur cette relative sortie de route car « Hi Ho to righteous » va réussir le tour de force de me faire aimer un titre country. Mais un titre country enveloppé par les volutes tournoyant d’un Moog, les nappes d’un synthétiseur, des murmures au vocoder  qui le tirent vers la mélancolie. Il ne reste plus qu’à « Mulholland Queen » à conclure de façon sublime ce double album déjà classique. Un piano, une voix qui susurre, des choeurs trafiqués, le tout dans un dépouillement tranquille. Quelques cordes viendront emballer le morceau avant le retour au silence.

On est impressionné par la densité de cet album qui, même sur la longueur, ne faiblit quasiment jamais. On y aura surpris quantité d’influences, de choses dont on se dit qu’on les a déjà entendues ailleurs, autrefois, sans que jamais elles ne viennent prendre le pas. Jonathan Wilson ne les cache pas, bien au contraire mais a su les digérer et proposer un album d’un niveau de qualité époustouflant et moderne. Déjà au Panthéon des grands doubles albums.

 À écouter: Over the midnight – Loving you – There’s a light

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