Etienne Daho – Blitz – 2017
24 novembre, 2017 @ 5:02 Critiques albums 2017

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D’inquiétantes sirènes retentissent, puis une voix bilingue prononce ces mots: « Il y a une porte dans le désert, ouvre-la. Tu trouveras ici un autre paradis, un autre monde« . Ainsi débute « Blitz« , par le passage dans un autre univers, le 14ème album de l’immense Etienne Daho, celui qui, en plus de 35 ans de carrière a révolutionné à sa façon la pop d’en France, y digérant son amour de la musique anglaise, depuis les premiers Pink Floyd jusqu’aux Jesus and Mary Chain, sans jamais s’y soumettre et faisant sonner sans concession la langue française aussi bien (mieux?) que l’anglais qui règne pourtant sans partage sur le genre. Non Daho n’a aujourd’hui, à 61 ans, plus rien à prouver. Et pourtant il reste, physiquement et surtout artistiquement bien plus jeune que bien des jeunes déjà vieux parmi nos chanteurs, suivez mon regard. Et il possède ce plus, cette indicible classe qui lui fait transformer en or tout ce qu’il touche, se permettant même, sur une pochette trouble, d’apparaître tel un Marlon Brando mâtiné de Pierre et Gilles.

Alors « Blitz » est-il une bombe ou un pétard mouillé.? Daho a le goût sûr, une culture pop solide et sa maîtrise quasi totale de son art sont à l’origine d’une discographie sans faute. « Blitz« , non seulement ne déroge pas à la règle, mais se situe parmi les pics de sa production. Depuis « Les chansons de l’innocence« , le son s’est fait plus rock. Le disque, très produit, rappelle certains albums des Jesus and Mary Chain, quand les voix des frères Reid, se fondaient dans une brume de guitares sans que jamais, elles ne s’y perdent. Car Daho a trop l’amour des mots et de leurs sons pour les diluer dans un magma sonore. Les guitares sont donc très présentes, mais jamais envahissantes. Elles grondent, elles vrillent, se superposent et forment un écrin parfait pour le chant désormais hyper maîtrisé. Il suffit d’écouter « Les filles du canyon« , titre introductif, pour s’en persuader, cavalcade de western nocturne et fantastique, où de mystérieuses furies  féminines « pourfendent la nuit« , semant la désolation sur leur passage. Dans ce cauchemar éveillé, cinématographique au possible, Daho se hisse au niveau du meilleur de la pop anglaise. L’album démarre fort et ne faiblira quasiment jamais. L’autre motif récurrent est le psychédélisme qui apparait sous différentes formes tout au long du disque, depuis la fumée de la pochette jusqu’aux arrangements, guitares et orgue en tête venus droit des 60′s,  en passant par les thèmes abordés. . On ne compte plus les références aux dérives intérieures ou états seconds, ce sont les:   »célestes vapeurs; esprit ailleurs, flou; insomnie, quaalude, narcolepsie, contorsions cosmiques; poudre blanche, artificielles orgies; … » et bien d’autres qui confirment l’attrait de Daho pour cette musique et en particulier celle de Syd Barrett, premier cerveau des Pink Floyd. Psychédélisme omniprésent donc mais jamais mis en vitrine, simplement comme une composante, une influence parfaitement digérée et mise au service des chansons.

De ces douze chansons de « Blitz« , à peu près rien à jeter. Je suis cependant un peu moins client de « Voodoo voodoo« , de son ambiance rituel nocturne sur mélodie assez banale ainsi que de « Deep end » en duo avec Jade Vincent trop ouvertement estampillé psychédélisme sixties. Ces deux titres aux ambiances voisines, trainent un peu la patte, semblent laborieuses au regard du reste du disque, exceptionnel de qualité. En effet, on ne peut être qu’impressionnés devant cette inspiration sans failles, ces mélodies subtiles, ces arrangements à la classe internationale. Après « Les filles du canyon » déjà citée, « Chambre 29 » place le curseur très haut, pour un titre « chaud et léger » qui s’insinue petit à petit dans l’esprit pour ne plus en sortir, avec ses paroles mystérieuses qui sonnent comme jamais, jusqu’aux choeurs et claviers qui la maintiennent en apesanteur. « Le jardin » accélère le tempo et tape dans le mille: mélodie imparable, hyper accrocheuse, claps, riffs légers. En un mot: tube dans le plus pur Daho style, jardin aux vertus curatives, allégeant les peines et les soucis. « Les baisers rouges » commence par quelques accords dissonants avant qu’une basse liquide nous emmène sur une mer d’un calme absolu, d’une sérénité totale, « toutes voiles ouvertes avant garde » comme un manifeste en figure de proue. Mais on n’est pas revenu de ses joies car « Les cordages de la nuit » est un must et un nouveau tube célébrant la double appartenance franco anglaise de l’artiste. Si un orgue supporte les couplets, ce sont les guitares qui portent un refrain parfait où « le vent nous emporte, les esprits nous escortent » et les mots sonnent à la perfection. On connaissait déjà « Les flocons de l’été » peut-être un tantinet moins aventureux que les précédents titres du disque, dans lequel Daho laboure un terrain déjà connu, celui de la ballade sucrée qu’il sait rendre douce, légère comme du cristal. Mais c’est pour préparer un nouveau sommet avec « L’étincelle« , chef d’oeuvre ample et monumental dans lequel Daho chante de manière parfaite, les infidèles qui dissimulent dans la nuit leurs passions interdites. On ne voit pas qui aujourd’hui en France, peut produire une telle chanson, faite de vagues lentes, de montées de claviers d’une mélancolie absolue. C’est somptueux, du grand art. Ce sont à nouveau tous les plaisirs interdits qui sont célébrés dans « Hôtel des infidèles » aux arrangements de cordes classieux pour le plus gainsbourgien des titres de l’album. Les deux derniers titres vont achever toute velléité de résistance. « Après le blitz » où son introduction trompeuse va laisser place à la tension d’une batterie pilonnant sans relâche mais « régresse l’ombre quand le glaive est battu par l’esprit » chante Daho dans une atmosphère de fin du monde où les guitares en furie partent en vrilles. Il ne reste plus qu’à conclure. C’est chose faite avec « Nocturne« , une des plus belles chansons entendues depuis longtemps, digne du meilleur Léonard Cohen, épurée, rythmée par quelques cymbales discrètes et des pulsations de claviers.

L’annonce du début n’était pas trompeuse, c’est bien un autre paradis que ce « Blitz« . Mais ce n’est pas la fin du parcours, les derniers mots de « Nocturne » le disent: « Nous allons voyager, légers » avec et sans virgule. À ce niveau de qualité, au sommet de la pop, on n’a effectivement pas besoin de s’encombrer ni le corps, ni l’esprit.

À écouter – Les flocons de l’été -

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