alt-J – Relaxer
8 juin, 2017 @ 12:45 Critiques albums 2017

alt-J – Relaxer – 2017

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J’avoue être passé relativement à côté du premier album « An awesome wave » de alt-J qui fut assez unanimement salué et du coup du deuxième plus décrié et pourtant paradoxalement plus ambitieux. La sortie de ce « Relaxer« , troisième album du trio de Leeds, dont la superbe et étrange pochette est signée par Osamu Sato, un artiste japonais,  a donc été l’occasion de quelques séances de rattrapage avant de me plonger dans cette dernière livraison. À réécouter « An awesome wave« , je comprends ce qui ne m’a pas accroché dans cet album qui témoigne pourtant d’un talent indéniable avec des tubes en or mais quelque peu uniforme et qui peine à susciter véritablement l’émotion. L’archétype du premier album annonciateur de potentielles futures merveilles, en particulier sur le titre « Taro« , à condition d’être dépassé. Le second « This is all yours » est d’une autre ampleur, d’une ambition évidente même si le disque souffre peut-être d’un manque de concision. Le groupe y déploie des arrangements somptueux comme sur « Bloodflood pt II« . C’est peu dire que le groupe est attendu au tournant de ce « Relaxer » qui devrait être l’album de la confirmation … ou pas.

Quelques arpèges de guitare clairs, une basse bien ronde, à peine un soupçon de percussions et l’intro du magnifique « 3WW » nous transporte quelque part dans de vastes étendues sous la voute étoilée. Pas de doute, le groupe a évolué, semble plus adulte, plus sûr de son fait et son univers musical élargit ses frontières et explore une espèce de folk légèrement psychédélique que ne renierait pas les Fleet Foxes. On entend même crépiter les flammes du feu de camp quand au milieu de la chanson, le silence s’installe avant que la voix de la chanteuse Ellie Roswell ne prenne le relais. À ce stade, il s’agit tout simplement de la plus belle chanson enregistrée par le groupe et l’album commence à peine. Si les fans du premier album risquent d’être sacrément déroutés, le single « In cold blood » les ramènera en train plus connu. C’est le titre le plus immédiatement accrocheur de l’album, un des plus rythmés aussi avec des montées en intensité, des cuivres imposants. Il se révèlera qu’il ne sera cependant pas le plus intéressant après plusieurs écoutes, ni le plus complexe mais un excellent sas d’entrée. Car la suite va être époustouflante. À commencer par la reprise magistrale et pourtant méconnaissable du classique des Animals « House of the rising sun » jadis massacrée par notre Johnny national. C’est d’une réinvention plus que d’une reprise dont il s’agit ici. On entend, et ce ne sera pas la dernière fois, les doigts glisser sur les cordes de guitares pour un titre d’une beauté stupéfiante, sans batterie, en suspens du début à la fin. Fantastique. Quel contraste avec les cris de singe qui ouvrent le débridé et presque punk dans l’esprit « Hit me like that snare » dans lequel on chante parfois en japonais, on glisse un hommage à Radiohead ce qui n’a rien d’étonnant tant la chanson fait parfois penser dans ce son presque de bastringue à la place qu’occupe « Electionneering » sur « OK computer« , pour terminer par ces deux lignes qui prouvent que personne ici ne se prend au sérieux « We are dangerous teenagers / Fuck you, I’ll do what I want to do« . Une chanson potache donc mais qui cependant a toute sa place en cette fin de face 1. En effet, l’album ne comporte que 8 titres, 4 par face, alt-J ne rééditant pas l’erreur du trop long 2ème album et c’est la face 2 qui va propulser celui-ci vers les hauteurs.

Rythme lourd de massue, bourdonnement, souffles courts, basse énorme ouvrent « Deadcrush » que le refrain va faire décoller sur des voix qu’on jurerait sorties droit de chez les Bee Gees. Dès lors le titre s’envole, sur des nappes aériennes s’assurant peut-être le succès. C’est le 3ème titre rythmé du disque et ce sera le dernier car à partir de là l’album va opérer un ralentissement sidérant avec trois titres  d’une qualité et d’une beauté peut-être supérieure à « 3WW » et « House of the rising sun » de la face 1. À coup sûr même avec « Adeline » qui fait partie des rares titres qui auraient leur place sur le « OK computer » de Radiohead. La montée en intensité de la chanson est fabuleuse, portée par des vagues sereines de cordes, des choeurs hallucinants de profondeur et une mélodie à se damner. Toujours les frissons après quinze écoutes. Arrive alors le folk dépouillé et encore ralenti de « Last year » sur lequel on entend à nouveau les doigts sur les cordes, puis les voix se multiplient pour une magnifique et longue introduction au coin du feu jusqu’à la très belle deuxième partie chantée par Marika Hackman dont la voix à peine cassée susurre une mélodie  pour une veillée sous la lune. Bruits de pas, de portes qu’on ouvre ou qu’on ferme, bout de mélodie qu’on chante dans sa cuisine introduisent l’exceptionnel « Pleader » qui va clore le disque sans doute enregistré dans une cathédrale tant l’ampleur du son est impressionnante. Les violons lacèrent le titre, les ruptures sont nombreuses, de rythmes, d’ambiances quasi cinématographiques. C’est en choeur que la mélodie est chantée lui donnant un caractère quasi mystique sans jamais être étouffée ni alourdie.

Pas de doute, alt-J a franchi un cap, se situant à des années lumières du premier album. Le groupe s’est libéré, de son succès, de son style, s’est affranchi de toutes les contraintes et ouvrant, avec ce très grand disque, des perspectives infinies, même si il laissera sans doute sur le bord du chemin les fans de la première heure.   »Relaxer » devrait donc être leur « OK computer » à eux, le ticket d’entrée vers des territoires inconnus à défricher. Ils en ont le potentiel.

À écouter: Adeline – 3WW – Deadcrush

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