posts de juin 2017


Thurston Moore – Rock’n'roll consciousness

Thurston Moore – Rock’n'roll consciousness – 2017

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Comment survivre à 30 ans de Sonic Youth, groupe mythique s’il en est, qui incarne à merveille ce que le « rock » a produit et inspiré de mieux depuis la fin des 80′s? Sans Sonic Youth, quid des Pixies, de Nirvana, du grunge, et j’en passe. Ne reculant devant aucune expérimentation, ne faisant aucune concession, jamais, à la recherche du succès, le groupe aura, avant de se séparer récemment, laissé une oeuvre majeure, imposante, et qui infusera pour longtemps la musique de jeunes d’aujourd’hui et de demain. A presque 60 ans, le pourtant éternel adolescent et ex guitariste de la jeunesse sonique est loin d’avoir remisé ses 6 cordes aux clous. Thurston Moore, après le très réussi « The best day » en 2014 annonce la couleur, se poser en garant de l’héritage de Sonic Youth et, finalement, du rock en tant que tel. Mais attention, pas du rock de papys que sont devenus les Stones et tant d’autres embaumés à jamais dans un passé glorieux dont ils vivent comme d’une rente. Moore a d’autres ambitions, celles de garder la flamme, de prendre toujours et encore des risques et de brandir haut l’étincelle de l’inspiration sans jamais s’embourber dans la nostalgie. Alors? pari réussi?

« Rock’n'roll consciousness » ne comporte que 5 morceaux dont le plus court dure déjà 6 minutes. Chacun est construit comme une odyssée en grande partie instrumentale, bâti sur une rythmique inébranlable dont Steve Shelley, ex batteur de Sonic Youth, est l’artisan par son jeu à la fois puissant et fluide, subtil et varié. Sur cette charpente, les guitares ont la part belle, tissant petit à petit un univers hypnotique que la longueur des chansons ne fait que renforcer. Il est étonnant de constater à quel point ce qui faisait la particularité de Sonic Youth, les dissonances en particulier, les envolées soniques sont ici presque épisodiques. Cet album semble serein, apaisé mais cependant jamais pépère ni ennuyeux. L’inspiration est en effet à chaque fois au rendez-vous, les chansons s’installant sur la longueur donc et tissant un écrin à la voix de Moore qui, douce et soyeuse, y pose de superbes mélodies.

« Exalted » en début d’album pose ce qui sera le son de l’album et la formule générale. Une longue et fantastique introduction de 7 mn durant laquelle la tension monte jusqu’à un solo tranchant et inspiré. Mais tout cela va être concassé, broyé dans un déluge sonore avant que le titre ne connaisse une deuxième naissance avec l’arrivée du chant. Thurston Moore n’a plus rien à prouver, ses chansons sont suffisamment bonnes pour être débarrassées de toute poudre aux yeux.  12 minutes plus tard, « Turn on » nous fait repartir sur un rythme martial et enlevé qui ne faiblira pas durant  un trip de plus de 10 minutes. On retrouve ce son débarrassé de toute graisse, cette mélodie superbe qui prend son temps et les envolées soniques de la fin restent parfaitement maitrisées et se fondent totalement dans l’univers de l’album. La longueur et la complexité de ces deux titres font que l’on va y revenir souvent tant il faudra prendre son temps pour les appréhender totalement. On en ressort avec l’impression d’avoir ouvert de grands espaces, contemplés sous le feuillage de grands arbres qui dessinent de superbes motifs en filtrant la lumière d’été devant nos yeux fermés.

La face B repart sur les mêmes bases avec le très réussi « Cusp » qui reprend la même formule que les morceaux précédents: rythmique de marbre, guitares incisives tissant un mur hypnotique et mélodie inspirée. On ne s’en lasse pas et on enchaîne avec le superbe et apaisé « Smoke of dreams » qui se terminera de la même façon qu’il a commencé non sans avoir laissé un solo de guitare étonnamment serein se développer en son milieu. « Aphrodite » va terminer l’album de manière explosive, ce morceau étant celui qui rappelle le plus Sonic Youth avec des guitares dissonantes, diffractées, concassées dans sa deuxième moitié, un pur plaisir pour mes oreilles.

Alors oui, Thurston Moore est toujours jeune mais sa musique s’est apaisée, a gagné en sérénité, préférant lentement nous enivrer jusqu’au vertige, nous emmener dans un trip complexe dont la qualité n’a rien à envier à ceux de Sonic Youth. Toujours jeune, toujours sonique mais différemment. Un album indispensable de cette année.

À écouter: Smoke of dreams – Exalted – Turn on

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alt-J – Relaxer

alt-J – Relaxer – 2017

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J’avoue être passé relativement à côté du premier album « An awesome wave » de alt-J qui fut assez unanimement salué et du coup du deuxième plus décrié et pourtant paradoxalement plus ambitieux. La sortie de ce « Relaxer« , troisième album du trio de Leeds, dont la superbe et étrange pochette est signée par Osamu Sato, un artiste japonais,  a donc été l’occasion de quelques séances de rattrapage avant de me plonger dans cette dernière livraison. À réécouter « An awesome wave« , je comprends ce qui ne m’a pas accroché dans cet album qui témoigne pourtant d’un talent indéniable avec des tubes en or mais quelque peu uniforme et qui peine à susciter véritablement l’émotion. L’archétype du premier album annonciateur de potentielles futures merveilles, en particulier sur le titre « Taro« , à condition d’être dépassé. Le second « This is all yours » est d’une autre ampleur, d’une ambition évidente même si le disque souffre peut-être d’un manque de concision. Le groupe y déploie des arrangements somptueux comme sur « Bloodflood pt II« . C’est peu dire que le groupe est attendu au tournant de ce « Relaxer » qui devrait être l’album de la confirmation … ou pas.

Quelques arpèges de guitare clairs, une basse bien ronde, à peine un soupçon de percussions et l’intro du magnifique « 3WW » nous transporte quelque part dans de vastes étendues sous la voute étoilée. Pas de doute, le groupe a évolué, semble plus adulte, plus sûr de son fait et son univers musical élargit ses frontières et explore une espèce de folk légèrement psychédélique que ne renierait pas les Fleet Foxes. On entend même crépiter les flammes du feu de camp quand au milieu de la chanson, le silence s’installe avant que la voix de la chanteuse Ellie Roswell ne prenne le relais. À ce stade, il s’agit tout simplement de la plus belle chanson enregistrée par le groupe et l’album commence à peine. Si les fans du premier album risquent d’être sacrément déroutés, le single « In cold blood » les ramènera en train plus connu. C’est le titre le plus immédiatement accrocheur de l’album, un des plus rythmés aussi avec des montées en intensité, des cuivres imposants. Il se révèlera qu’il ne sera cependant pas le plus intéressant après plusieurs écoutes, ni le plus complexe mais un excellent sas d’entrée. Car la suite va être époustouflante. À commencer par la reprise magistrale et pourtant méconnaissable du classique des Animals « House of the rising sun » jadis massacrée par notre Johnny national. C’est d’une réinvention plus que d’une reprise dont il s’agit ici. On entend, et ce ne sera pas la dernière fois, les doigts glisser sur les cordes de guitares pour un titre d’une beauté stupéfiante, sans batterie, en suspens du début à la fin. Fantastique. Quel contraste avec les cris de singe qui ouvrent le débridé et presque punk dans l’esprit « Hit me like that snare » dans lequel on chante parfois en japonais, on glisse un hommage à Radiohead ce qui n’a rien d’étonnant tant la chanson fait parfois penser dans ce son presque de bastringue à la place qu’occupe « Electionneering » sur « OK computer« , pour terminer par ces deux lignes qui prouvent que personne ici ne se prend au sérieux « We are dangerous teenagers / Fuck you, I’ll do what I want to do« . Une chanson potache donc mais qui cependant a toute sa place en cette fin de face 1. En effet, l’album ne comporte que 8 titres, 4 par face, alt-J ne rééditant pas l’erreur du trop long 2ème album et c’est la face 2 qui va propulser celui-ci vers les hauteurs.

Rythme lourd de massue, bourdonnement, souffles courts, basse énorme ouvrent « Deadcrush » que le refrain va faire décoller sur des voix qu’on jurerait sorties droit de chez les Bee Gees. Dès lors le titre s’envole, sur des nappes aériennes s’assurant peut-être le succès. C’est le 3ème titre rythmé du disque et ce sera le dernier car à partir de là l’album va opérer un ralentissement sidérant avec trois titres  d’une qualité et d’une beauté peut-être supérieure à « 3WW » et « House of the rising sun » de la face 1. À coup sûr même avec « Adeline » qui fait partie des rares titres qui auraient leur place sur le « OK computer » de Radiohead. La montée en intensité de la chanson est fabuleuse, portée par des vagues sereines de cordes, des choeurs hallucinants de profondeur et une mélodie à se damner. Toujours les frissons après quinze écoutes. Arrive alors le folk dépouillé et encore ralenti de « Last year » sur lequel on entend à nouveau les doigts sur les cordes, puis les voix se multiplient pour une magnifique et longue introduction au coin du feu jusqu’à la très belle deuxième partie chantée par Marika Hackman dont la voix à peine cassée susurre une mélodie  pour une veillée sous la lune. Bruits de pas, de portes qu’on ouvre ou qu’on ferme, bout de mélodie qu’on chante dans sa cuisine introduisent l’exceptionnel « Pleader » qui va clore le disque sans doute enregistré dans une cathédrale tant l’ampleur du son est impressionnante. Les violons lacèrent le titre, les ruptures sont nombreuses, de rythmes, d’ambiances quasi cinématographiques. C’est en choeur que la mélodie est chantée lui donnant un caractère quasi mystique sans jamais être étouffée ni alourdie.

Pas de doute, alt-J a franchi un cap, se situant à des années lumières du premier album. Le groupe s’est libéré, de son succès, de son style, s’est affranchi de toutes les contraintes et ouvrant, avec ce très grand disque, des perspectives infinies, même si il laissera sans doute sur le bord du chemin les fans de la première heure.   »Relaxer » devrait donc être leur « OK computer » à eux, le ticket d’entrée vers des territoires inconnus à défricher. Ils en ont le potentiel.

À écouter: Adeline – 3WW – Deadcrush

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Slowdive – Slowdive

Slowdive – 2017

Slowdive

 

Aurais-je fait une erreur dans mon calendrier car manifestement nous sommes plus proches de 1993 que de 2017? Il suffit de faire la liste de quelques albums sortis récemment ou à sortir sous peu pour perdre nos repères temporels: My Bloody Valentine il y a quelques temps déjà, puis Blur, Lush, Jesus and Mary Chain, bientôt Ride qui effectue son come back et donc Slowdive. Me voici replongé dans mes années d’étudiant quand, au début des 90′s, tous ces groupes donnaient un coup de neuf à la pop anglaise. Noisy pop, shoegaze déferlaient dans nos oreilles, harmonisant le bruit des guitares avec des voix qui se fondaient avec grâce dans des murs de sons élégants, conjuguant mélodies parfaites avec une science rigoureuse de la production. pas de doute, nous voici bien en présence d’un revival avec ce qu’il charrie de nostalgie pour le meilleur et peut-être parfois le pire.

 Slowdive n’a jamais accédé à un succès grand public à l’époque mais le talent de ce groupe fut pourtant incontestable. Ce nouvel et inattendu album est une divine surprise tant il s’avère être une vraie réussite. On est loin ici du come back inutile, cet album semble au contraire la suite logique et inspirée des productions passées du groupe. La formule n’a pas changé: nappes de claviers, voix masculine et féminine alternées ou ensemble, basse ronde et puissante, batterie subtile, mélodies recherchées sur l’ensemble de ces 8 titres au sein desquels on serait bien en peine de trouver un maillon faible alors que les sommets sont légion.

L’album débute en douceur avec le magnifique « Slomo » et ses arpèges de guitare cristalline, ses claviers aériens, sa basse ronde qui tissent un canevas subtil tout au long d’une longue introduction pour un parfait retour à la surface, sans poudre aux yeux ni effets inutiles. Les voix alors se répondent, celle, haut perchée, de Rachel Goswell et celle plus terrienne de Neil Halstead mais toujours comme en retrait, s’effaçant à demi. « Star roving » le titre suivant est une bombe qui aurait eu toute sa place sur l’extraordinaire « Going blank again » le chef d’oeuvre de Ride de 1993. Les claviers et les guitares couplés à une basse New Orderienne  y tissent un mur de son d’une légèreté cotonneuse sur une mélodie imparable et reprend les choses exactement là où le groupe les avait laissées, les voix noyées dans la gaze. Décidément la nostalgie a parfois du bon. C’est à Lush que l’on pense fortement sur le superbe « Don’t know why » à cause de la voix de Rachel démultipliée, de la mélodie accrocheuse, des guitares cristallines encore. « Sugar for the pill » joue l’apaisement et termine la face A de la plus belle des manières, sereine, tranquille sûre de son fait, sans esbroufe aucune. On est comblé.

La face B est du même tonneau et sans doute même supérieure à l’autre côté de la galette. D’abord avec « Everyone knows » qui conjugue nervosité des guitares rythmiques et voix haut perchée toujours aussi éthérée. La chanson sait ralentir pour mieux repartir sans aucune erreur de braquet. « No longer making time » est un bijou de mélodie, qui alterne couplets calmes avec les envolées mélancoliques d’un refrain qui nous immerge totalement dans sa consistance quasi liquide. L’ambitieux « Go get it » joue sur les ruptures de tons, de rythmes, d’ambiances, alternant moments bruitistes et périodes dépouillées. Certainement le titre le plus complexe de l’album. L’album se referme sur une splendeur absolue, meilleur titre du disque, nommée « Falling ashes« . Durant 8 minutes, quelques notes de piano tournent en rond pendant qu’au loin s’entrecroisent des motifs électroniques, une basse à l’économie et un chant d’une beauté stupéfiante. On est en apesanteur, transporté par tant de grâce.

Le retour de Slowdive est donc une réussite totale qui à la fois nous renvoie à une époque révolue sans jamais céder à une nostalgie vaine. Le disque est bien un album de 2017 qui, sans renier le passé, est en prise avec son époque. Allez j’y retourne!

En écoute – Star roving – Sugar for the pill 

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