posts de avril 2017


Xiu Xiu – Forget

Xiu Xiu – Forget – 2017

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« Forget » le 10ème de Xiu Xiu, groupe que je découvre,  est un album paradoxal. Assez épuisant sur la longueur, il est pourtant souvent fascinant quand on prend ses chansons une par une. Entrer dans l’univers de Jamie Stewart, le cerveau du disque, est une épreuve par son atmosphère pesante, synthétique, même si les guitares sont bien présentes, et l’omniprésence de sons et de rythmes industriels qui ne jouent pourtant pas du tout sur le pilonnage. Le chant, qui ressemble par son maniérisme et son aspect lugubre à Scott Walker, est aussi, quand on enchaîne les titres, quelque peu éreintant. Entrer dans « Forget » c’est accepter de s’immerger dans des textures sonores, des ambiances malaisées et malaisantes mais qui, par leur étrangeté même, nous emmènent dans des contrées inexplorées où les idées géniales fourmillent. Il faut peut-être, pour ne pas être découragé, prendre la potion à petites doses à chaque fois, et la rendre plus digeste.

Hip hop agressif au début de « The call » mais vite relayé par cette voix si particulière donc pour un des titres les plus accessibles et accrocheurs du disque habilement placé en introduction. Curieux mélange  qu’une pop synthétique et torturée avec les « clap bitches » aboyés par le rappeur. On plonge dans la torpeur de souterrain de « Queen of the losers » en se demandant bien quelle bête horrible est tapie dans les recoins de cette cathédrale sonore d’outre tombe. La voix se fait caverneuse, l’orgue semble joué depuis les ténèbres, les bruits inquiétants se multiplient pour ce voyage à l’intérieur même d’un cerveau en proie aux angoisses les plus vives. La bande son idéale pour une adaptation cinématographique d’un conte de Poe. Par contraste « Wondering » est une brise sucrée de légèreté, par contraste j’ai bien dit. Le titre a tout du tube indie pop avec son rythme gentiment dansant, ses choeurs aériens, on respire. De là à le chanter sous la douche il y a quand même la ligne droite de Longchamp. L’intro de « Get up » ressemble à du Lou Reed pour quelques secondes avant 4 mn en apnée. Une boite à rythme neurasthénique soutient à peine une mélodie famélique qui tente de se relever  en vain aidée par quelques accords de guitare acoustique. Cependant le final est ahurissant par son ampleur et sa beauté et donc beaucoup trop court. « Hay choco  bananas » qui clôt la face A fait partie de ces titres de l’album qui justement le rendent si difficile. Morceau qui semble durer une éternité, pesant et sans génie. On passe. Une pause s’impose.

« Jenny gogo » en début de face B ne nous rassure pas sur l’état mental de l’artiste :) Trip technoïde brillant zébré de hurlements qu’on imagine poussés par des mutants torturés dans des caves. Vous vouliez vous détendre? C’est raté: Xiu Xiu est là pour vous rappeler à vos côtés sombres. Dans « At last at last » on entend « Born dead/ Night is coming« , c’est dire si on amuse la galerie. « Forget » qui suit est impressionnant. Pendant que les rythmes pilonnent puis retombent puis pilonnent, les claviers rétro et la voix les accompagnent pour des montagnes russes sacrément grisantes. Les cordes, la guitare acoustique de « Petite » sont sublimes sur le « refrain » d’un morceau qu’on est en droit de trouver long et trop maniéré par ailleurs. La chanson est sur le fil du début à la fin, oscillant entre ennui et splendeur, à l’image de l’album. Des carillons ouvrent le dernier morceau « Faith, torn apart« , 8 mn superbes dans leur première partie mais qui vont peu à peu être gagnées par des boursouflures. On croit le titre fini quand reviennent les carillons mais il va falloir s’infliger, une seule fois c’est sûr, on ne m’y reprendra pas, 3 mn d’un mortel commentaire récité sur fond de carillons. Je mets au défi quiconque d’écouter ce titre en entier deux fois de suite.

L’album terminé on sait qu’on ne sera pas prêt tout de suite pour y embarquer une deuxième fois mais il est fort probable que, malgré soi, attiré par des chemins difficiles d’accès mais potentiellement exaltants, on revienne régulièrement mettre le disque sur la platine et y poser, au hasard, le bras articulé.

À écouter – The call – Wondering – Forget

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Temples – Volcano

Temples – Volcano – 2017

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Il ne faut pas se fier aux emballages. Si la pochette du 2ème album de Temples est hideuse, son contenu est à l’inverse rempli de splendeurs. Après un premier album (à la belle pochette!) prometteur mais inégal, parfois brouillon et un peu trop pompé d’un rock très anglais inspiré des 60′s et aux senteurs psychédéliques, le groupe franchit là plusieurs marches à la fois avec ce « Volcano » de très très haut niveau. La référence pour donner une idée de l’univers foisonnant dans lequel il nous convie se situe du côté du « Currents » de Tame Impala. A savoir une pop moderne, synthétique et solaire, dans laquelle dominent les claviers aériens et souvent aigus posés sur une énorme basse et une batterie mastoc réverbérée à outrance. Autre point commun, la voix haut perchée d’un chanteur en état de grâce. Les guitares, en avant sur le premier album, sont ici utilisées de manière beaucoup plus subtile, variée et efficace, en appoint. Mais à l’inverse de Tame Impala, Temples ne fréquente pas les pistes de danse, préférant cultiver la mélancolie d’une pop pourtant en apesanteur. Des références (Beatles surtout) 60′s trop présentes sur le premier album ne reste que l’essentiel: l’art de la mélodie, la richesse des arrangements, un soupçon de psychédélisme et surtout le goût du risque. Mais pas de grand disque sans grandes chansons. Les 12 qui composent l’album sont au pire très bonnes, au mieux, et c’est la majorité, à classer dans la crème de la pop d’aujourd’hui. Pour situer, je dirais que la moins bonne chanson de « Volcano » est meilleure que la meilleure du dernier album de … Ed Sheeran par exemple :)

La face A est proprement phénoménale. Pas un titre ne serait-ce que simplement bon! Tous les morceaux volent à une altitude himalayenne. L’introduction pachydermique de « Certainty« , déjà un classique, ne laisse pas présager autant de légèreté pour un morceau qui aurait parfaitement sa place sur « Currents » de Tame Impala justement. Mélodie parfaite, choeurs à tomber, claviers intersidéraux pendant que la basse ronronne et que la guitare zèbre l’ensemble de temps en temps. On enchaîne avec « All join in » à l’intro plus électronique avant qu’une espèce d’orgue qu’on imagine joué dans une station spatiale lance le deuxième morceau parfait de l’album. Puis c’est le tour de l’exalté et somptueux « I wanna be your mirror » dans lequel les guitares, jamais envahissantes, dessinent des dentelles sur lesquelles James Bagshaw le chanteur se balade. Mais, incroyable, le meilleur de la face reste à venir! L’intro guitare acoustique/voix de « Oh! the saviour » pourrait durer des plombes qu’on ne s’en lasserait pas et pourtant l’entrée de la batterie puis le fantastique refrain si haut perché vont emmener le titre vers les cimes. Chanson pop parfaite, tube intergalactique, rien à ajouter. Et derrière, arrêtez c’est trop(!), « Born into the sunset » maintient le niveau avec son refrain instrumental et lyrique. Parfait mélange entre conquête de l’espace sonore et la mélancolie collée aux basques, le titre est d’une ampleur que chaque écoute renforce. La face se termine avec sa plus belle chanson, un « Space Oddity » d’aujourd’hui « How would you like to go?« . Mélodie sublime comme enveloppée et portée par une nuée de claviers qui fout les frissons à chaque fois. Seul un très grand groupe peut balancer une face entière d’un tel niveau. Je parie qu’il n’y en aura pas des tonnes des comme ça dans l’année.

Les sirènes de « Open air » ouvrent la face B et c’est encore une énorme claque. Et si c’était le meilleur titre de l’album? On pense encore à Tame Impala sur ce fabuleux morceau d’une pop sautillante où les guitares, en léger retrait, le rendent totalement irrésistible. Le break instrumental et sa boucle électronique achève le travail de façon éblouissante. On est chez les Kinks dans l’intro guitare/voix de « In my pocket », encore un bijou pop ancré sur terre par ses guitares et la tête dans l’espace par ses boucles et la voix plus spatiale que jamais. On pense aux Flaming Lips sur « Celebration » qui marque cependant la première relative baisse de régime du disque tout en restant un très bon titre mais qui n’atteint pas les sommets des 8 premiers. « Mystery of pop » sera peut-être un tube, et ce sera justifié, mais j’adhère cependant moins à cette ritournelle, à ce bonbon trop sucré à la mélodie un peu facile et naïve, à ce clavier un peu bavard qui cède pour la première fois à la kitscherie. On sort du ventre mou de l’album avec « Roman God-like man« , aux guitares bourdonnantes, aux claviers incisifs pour une impeccable tentative presque glam. Des guitares cristallines ouvrent « Strange or be forgotten« , une cavalcade sereine, qui laisse l’album sur les sommets qu’ils nous a habitués à fréquenter.

L’essai du premier album « Sun structures » est transformé dans les plus grandes largeurs. Temples a trouvé sa voie et de ce « Volcano » quasi parfait, ce n’est pas de la lave en fusion qui déborde mais des diamants d’une pop ciselée, toujours inspirée et qui à coup sûr va résister au temps.

A écouter: Oh! the saviour – Open air – How would you like to go?

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