posts de mars 2017


The Shins – Heartworms

The Shins – Heartworms – 2017

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The Shins, que j’ai découverts avec le fantastique « Wincing the night away » en 2007, album truffé de pépites pop, aux arrangements délicats et ciselés, aux mélodies imparables sort donc son 5ème et nouvel album « Heartworms » après le décevant « Port of morrow » datant de 2012. James Mercer, mélodiste hors pair, a parcouru du chemin ces 10 dernières années, rencontrant le succès d’abord avec The Shins puis collaborant sur les deux albums de Broken Bells avec Danger Mouse. Le travail avec ce dernier a considérablement élargi sa palette sonore, le faisant aujourd’hui s’aventurer sur des terrains qui, s’ils restent indéniablement pop, sont contaminés par des sonorités électroniques. Sa musique si elle y peut-être perdu en subtilité y a gagné en assurance. Pour le meilleur? À voir.

La face A est en dents de scie. Si les singles « Name for you » et « Painting a hole » placés en ouverture sont plutôt enthousiasmants par leur rythme enlevé, leur mélodie accrocheuse, on a quand même l’impression d’un accouchement aux forceps. On ne retrouve pas cette grâce mélodique, cette légèreté à l’oeuvre sur « Wincing the night away« . Écoutez un titre comme « Phantom limb » pour comparer! Cependant la rythmique presque ska de « Name for you » conjuguée à la voix haut perchée de Mercer fonctionne et les riffs répétitifs de « Painting a hole » que soulignent quelques nappes électroniques font taper du pied et finissent par convaincre. Ce n’est pas le cas de « Cherry hearts » dont les arrangements balourds ne relèvent pas une mélodie bien terne ni vraiment de la ritournelle « Fantasy island » tant on a l’impression que Mercer pourrait en sortir des dizaines comme ça de sa musette. Des ficelles plus que de l’inspiration. Il faudra attendre la toute fin de la face avec le très country-folk et débranché « Mildenhall » pour être à nouveau accroché. Le titre déroule sa sérénité comme une route toute droite à travers les plaines. Une première moitié d’album en demi teinte donc mais heureusement le meilleur se situe sur la face B

« Rubber ballz » remonte déjà considérablement le niveau avec un titre 100% The Shins dans l’esprit et le son. Même si on quelque peu surpris par les choeurs très 60′s du début, la chanson, par sa mélodie et ses arrangements plus pop, tient la route. mais c’est sur « Half a million« , le meilleur titre du disque que The Shins confirme son standing. La mélodie est irrésistible, certains passages de guitare semblent tout droit sortis du dernier Ratatat et le refrain se chante à tue-tête. De la pop qui donnent la pêche! Dès lors l’album est lancé est va maintenir un niveau de qualité jusqu’à la fin. Que ce soit avec le décontracté « Dead alive » où la voix de Mercer semble réverbérée à outrance, ou encore sur « Heartworms » le titre à la mélodie encore une fois imparable, où le  refrain s’envole. « So now what » est aussi une grande réussite, Mercer amenant sa voix dans les aigus et le titre dans la stratosphère. L’album se referme en beauté sur « The fear » qui semble être une variation du « Walk on the wild side » de Lou Reed, mais une variation solaire, où les violons disputent à l’harmonica le rôle d’éclairer le titre de l’intérieur.

The Shins vient de réussir ce qu’ils avaient raté avec l’album précédent, le passage à l’âge adulte. « Heartworms » s’il n’est pas un chef d’oeuvre, témoigne d’un talent mélodique intact, malgré quelques baisses de régime et surtout d’une envie d’aller explorer d’autres horizons. L’intention est louable et annonce peut-être de grandes choses à l’avenir quand l’équilibre entre les différents ingrédients sera trouvé.

À écouter: Half a million – Heartworms – Name for you

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Depeche Mode – Spirit

Depeche Mode – Spirit – 2017

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Des grands groupes à succès britanniques nés dans les années 80 que reste-t-il? The Cure ne vit plus que sur son passé, U2 produit depuis maintenant 20 ans des albums sans intérêt, Morrissey semble avoir perdu la flamme depuis longtemps. Seul New Order tient miraculeusement la route depuis la renaissance « Get ready » en 2001. Et Depeche Mode. Ceux qui furent tant moqués dans les 80’s par les tenants du rock à guitares trop bas du front pour se rendre compte de l’incroyable talent du quatuor devenu depuis trio ont été adoubés définitivement dans le panthéon pop/rock. Après 35 ans d’existence, voici donc « Spirit » le 14ème album du groupe.

On ne peut nier que depuis « Exciter » en 2001, Depeche Mode, sans jamais se départir d’un niveau de qualité  exigeant, semblait cependant être parfois en pilotage automatique, gérant, avec talent, sa notoriété, les albums se succédant et se ressemblant quelque peu. Toutefois il n’y a pas de mauvais album de Depeche Mode, c’est simplement que le groupe a depuis longtemps trouvé son équilibre. Depuis le chef d’oeuvre « Violator » au tournant des 90’s. À la pop ultra synthétique des débuts, le groupe a intégré les guitares et la noirceur du blues pour un résultat unique, identifiable entre mille: le son Depeche Mode.

Si « Spirit » n’échappe pas totalement à ce constat – pas de révolution ici dans l’approche musicale – l’équilibre entre l’électronique, les claviers, les guitares et l’extraordinaire voix du chanteur Dave Gahan y atteignent une maturité, une plénitude, une profondeur impressionnantes. La première moitié du disque vole très haut avec l’immense « Going backwards » placé en ouverture, d’une noirceur majestueuse, qui place d’entrée l’album au niveau des plus grandes réussites du groupe, « The worst crime » sublime ballade tout en ruptures, « Scum » noire et rageuse. Plus loin « Cover me » est une des plus belles chansons jamais produite par Depeche Mode, chantée par un Dave Gahan en apesanteur qui se finira dans un long final instrumental en boucles électroniques rehaussées de guitares slide. Si la deuxième partie du disque, sans être, loin de là, inintéressante, n’atteint pas ces sommets elle comporte pourtant ce qui est peut-être un des deux meilleurs titres avec « So much love« . On y retrouve, plus prononcé, l’héritage des 80′s. Sur un rythme frénétique, mêlant électronique et des sons de guitare qu’on jurerait sortis de chez The Cure, le groupe dégaine un tube imparable. Il faut noter aussi en fin de parcours, le très beau « Fail » dont on se demande bien pourquoi il est chanté par Martin Gore qui n’a pas le talent de Gahan pour transcender, par son interprétation, une chanson. À part ces sommets impeccables on trouvera d’autres titres d’un niveau irréprochable mais ne volant pas à la même altitude. En particulier le très réussi single « Where’s the revolution » qui se bonifie à chaque écoute, le plus classique « You move » et « No more (this is the last time) » qui déroule en toute sérénité.

L’album comporte 3 faces et une 4ème parfaitement lisse ce qui en fait en plus un bel objet mais on se dit quand même qu’il aurait pu être plus resserré, plus court et donc plus homogène si le groupe n’y avait pas inclus l’ennuyeux « Eternal« , le quelque peu lourdaud « Poison heart » et un « Poorman » routinier. Même sans ces morceaux qui en font baisser l’intensité, on tient le meilleur album de Depeche Mode depuis « Ultra » en 1997. Mais qui sait, peut-être faudra-t-il encore du temps avant de les réévaluer, ou pas? Quoiqu’il en soit, peu de groupes peuvent se targuer d’une telle longévité sans sombrer dans la caricature d’eux-mêmes. Conserver un tel niveau après tant d’années est déjà en soi remarquable.

A écouter: Going backwards – So much love – Cover me

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Grandaddy – Last place

Grandaddy – Last place – 2017

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Comment les auteurs de l’extraordinaire et inépuisable « The sophtware slump » de 2000 allaient-ils négocier leur retour? « Sumday » en 2003 avait été une sacrée réussite pop sans atteindre toutefois les sommets de l’album cité plus haut. La réponse est vite faite: « Last place » est un quasi sans faute. On passera donc rapidement sur « Chek injin » au milieu de la face A, rock basique qui, sans être lourd, reste cantonné à la 3ème division, loin des hauteurs où plane habituellement Grandaddy.

Pour le reste, on retrouve tout d’abord ce son unique qui est l’essence du groupe, un pied dans un folk bucolique avide de grands espaces, l’autre au contraire pointé vers le ciel. Ici, des rythmes terriens et des guitares au grain légèrement saturé et distordu côtoient des claviers planants, des envolées de cordes et la voix si particulière de Jason Lyttle, douce et pourtant brisée, toujours à la limite du déraillement sans jamais cependant quitter la voie(x). L’album est assez clairement construit autour d’une face A plus pop/rock et rythmée et d’une face B faite de ballades d’un niveau phénoménal.

On est en terrain connu dès un « Way we won’t » hyper accrocheur placé en introduction. La mélodie est implacable, les arrangements d’une sobriété toujours inégalée et il faudra que l’on me dise comment ces types arrivent à utiliser des sons de claviers aussi kitsch joués à un doigt et qui pourtant se fondent parfaitement à l’ensemble. On est donc rassuré, Grandaddy fait du Grandaddy mais comme ils sont les seuls à le faire on ne va pas se plaindre. « Brush with the wild » enchaîne dans la même veine, chanson parfaite pour rouler la vitre ouverte. Même ses quelques facilités dans la mélodie passent sans problème avant qu’ »Evermore » fasse bourdonner les claviers et ronronner ses guitares pour le premier single impeccable de l’album. « The boat is in the barn » fait irrésistiblement penser en particulier sur le refrain au Mercury Rev de « Deserter’s songs« , inutile de dire que c’est un compliment, et conclut un quatuor de tête de pop planante d’une qualité impressionnante. « I don’t wanna live here anymore » ralentit le tempo en fin de face A et annonce une face B bien supérieure encore. Oui le meilleur est à venir.

Toutes les somptueuses chansons de la face B convoquent les frissons à chaque écoute. On passe du mid-tempo de « That’s what ou get for getting’ outta bed » sommet de mélancolie, au chef d’oeuvre « This is the part » 4’26″ de beauté pure, magnifiée par des cordes somptueuses, des choeurs poignants prenant appui sur une rythmique inébranlable. On reconnait un très grand groupe quand on peut dire qu’ils sont les seuls à pouvoir produire ce que l’on entend. Personne d’autre ne pouvait sortir « This is the part » dont « Jed the 4th » n’est qu’une sublime variation pour prolonger le plaisir deux minutes durant. On se dit qu’ils ne pourront pas faire mieux, même aussi bien serait miraculeux, qu’on est déjà remboursé au centuple de l’investissement. Et pourtant, juste derrière, démarre pour 6 mn de beauté suspendue à quelques notes épurées de piano, l’extraordinaire « A lost machine » qui sera traversé de zébrures électroniques, gonflé de claviers toujours aussi bourdonnants puis accompagné pour un final fantastique d’une batterie toujours aussi imperturbable, au terme duquel ne subsisteront que quelques bidouillages électroniques. Il fallait bien, comme après un trip, « Songbird song » pour redescendre de si haut et reprendre pied avec le plancher des vaches, magnifique folk song à peine rehaussée de quelques claviers planants et tournoyants, de blips électroniques. On n’a qu’une envie, remettre le bras au début et en reprendre une louche.

Alors oui « Last place » ne fait en rien évoluer la musique de Grandaddy mais est-ce vraiment nécessaire? Il est la preuve qu’ils n’ont pas encore fait le tour du travail entamé depuis quasi 20 ans, qu’ils sont toujours aussi nécessaires et inimitables.

En écoute : « This is the part »; « A lost machine » et « Way we won’t »

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Ed Sheeran – Divide

Ed Sheeran Divide – 2017

Unknown

 

Le nouvel album de Ed Sheeran est certainement à l’image de son auteur. En effet, Ed est le type parfait. A la fois gendre idéal et bon pote sur qui l’on peut compter, tout le monde aime Ed Sheeran. Il est d’ailleurs indéniable qu’il a une bonne tête avec ses lunettes qui lui donnent à la fois l’air cool et mature, le bon élève qui ne se prend pas aux sérieux. En plus Ed chante bien, toujours juste, jamais un dérapage, que demande le peuple? Et puis il n’est pas comme tous ces artistes décadents, ah ça non! Ed lui a les deux yeux de la même couleur, il ne s’habille pas en femme, ne se maquille pas, il ne montre pas sa bite pendant ses concerts, je suis sûr qu’il ne se drogue pas et ne boit jamais que modérément mais ça on peut avoir des surprises. Et puis Ed c’est un type sensible, ça s’entend dans sa musique, il sait se faire mélancolique mais bon eh! on se laisse pas abattre alors on accélère le rythme, on chante tous en choeur et ça ira mieux bon sang de bois! Et puis son album ne brutalisera pas vos oreilles, bien au contraire, vous serez comme chez vous, dans un environnement rassurant et confortable. Ed plaira à tout le monde je vous dis, à votre grand tante pourtant hostile à ces musiques de jeunes, à vos parents qui peut-être ont oublié qu’un jour ils ont aimé les disques des Stones, des Clash, des Beatles, de Bowie, des Cure, et j’en passe tant et tant, il plaira à vos voisins, et donc forcément aux programmateurs de FM,  parce que la musique d’Ed est consensuelle, on dirait même que l’adjectif a été inventé pour elle.

Alors faisons un tour dans ce « Divide » promis à tous les succès. On comprends vite, mais c’est logique, qu’on a déjà entendu cet album 1000 fois depuis qu’on écoute de la musique. C’est évidemment là une des principales raisons du consensus cité plus haut. Cette alternance de ballades acoustiques et de titres plus enlevés mais pas trop, aux arrangements ultra classiques, aux mélodies qui prennent exactement le tour que l’on pense qu’elles vont prendre, cette voix au léger grain mais sans personnalité, sans fêlures, d’une perfection lisse, – comparez dans le registre haut Ed Sheeran et Thom Yorke de Radiohead, le verdict est sans appel, mais il est vrai qu’il y a 4 divisions d’écart – ces incursions dans la « world music », mais une world music qui servirait de fond sonore à une promotion de produits exotiques à Géant Casino juste à côté du rayon «  »CD » où trône, en tête de gondole, le nouvel album d’Ed Sheeran. S’il était mort, Paul Simon se retournerait dans sa tombe en entendant « Bibia Be Ye Ye« , pompage de l’inépuisable album « Graceland » de 1986. Mais en plus le pompage s’est arrêté à l’emballage et a oublié ce qui constituait l’âme du chef d’oeuvre de Paul Simon, l’osmose entre les musiciens sud africains et lui. Quant à comparer les interprétations vocales, et la qualité des chansons, … Sur le simili folk irlandais « Nancy Mulligan« , Ed Sheeran est bien plus près de Chris de Burgh que des Pogues ou des Waterboys qui eux, exprimaient l’âme même de cette musique, chacun à leur façon.

« Divide » se déroule ainsi, aussi propre, aussi sécurisant, aussi lisse, aussi ennuyeux qu’une salle d’attente ou qu’un centre commercial. Si un certain consensus en politique est vital pour la paix d’une société, il en va tout autrement en art. Ce dernier, pour avancer, pour exister, pour avoir un sens, doit nous bousculer, nous surprendre, prendre le risque de nous déplaire, ne peut pas être superficiel mais doit s’apprivoiser, se révéler petit à petit, ne pas craindre les gouffres, les brisures, les chutes mais ce ne sera que pour atteindre plus de profondeur et de beauté au final. Cet album ne fera de mal à personne, il est même plus que probable qu’il fera du bien à beaucoup et c’est tant mieux. Je n’ai rien contre Ed Sheeran, je n’ai rien contre son album « Divide« , c’est juste qu’il ne m’intéresse pas mais que les fans outrés admettent que j’ai fait l’effort d’écouter avant de juger :) Et je vais même terminer sur une note positive! Ed Sheeran a du talent! Il le prouve sur la 1ère minute du dernier morceau, quant sur 3 notes de piano, sa voix se fait soudain fébrile sur une mélodie fragile, il touche alors dans le mille. L’instant est fugace car très vite l’assurance reprendra le dessus mais l’instant est là alors tout est possible, il faut peut-être simplement que Ed déboucle sa ceinture et lâche les mains , qu’il perde un peu le contrôle. Il n’est pas obligé de s’habiller en femme,  ni de se maquiller, juste se laisser un peu aller. Ce dernier titre s’appelle « Save myself« . Un appel? Allez je la mets en écoute.

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