posts de février 2017


Aquaserge – Laisse ça être

Aquaserge – Laisse ça être – 2017

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Ce groupe français joue avec les mots et les images, et aussi bien sûr avec les sons comme nous allons voir. « Laisse ça être » peut être la traduction littérale de « Let it be« , « Aquaserge » un évident jeu de mot d’inspiration mi-dada mi-gainsbourienne. Et leur musique? Inclassable, impossible à ranger dans un tiroir avec étiquette et c’est ce qui en fait sa richesse, son originalité permanente. L’album oscille, au gré de ses 8 morceaux, entre le jazz, la musique de films, le rock progressif, utilise des quantités de cuivres, des percussions, des guitares électriques, multiplie les ruptures de tempos, de rythmes, d’ambiances entrainant l’auditeur dans des directions toujours surprenantes. Cependant, l’album est d’un accès très facile, pas besoin d’être un habitué des musiques complexes pour l’apprécier et se laisser entraîner.

Les cuivres de « Tour du monde« , soutenus par des bongos ouvrent le bal. On entend en arrière plan des zébrures de guitares électriques. Le ton est donné, celui du mouvement, du mélange, du déplacement perpétuel, pour amener les morceaux là où on ne les attend pas tout en retombant sur les pattes. « Si tu marches sur tes propres pas c’est que tu as fait le tour du monde » dit le texte succinct.   »Virage sud » n’a rien d’un chant de supporters du kop, plutôt d’une incursion vers une pop psyché des années 60,  et quand la batterie bégaie, ce sont des flutes tournoyantes qui prennent le relais. C’est une affreuse intro prog rock 70′s boursouflée qui lance « Tintin on est bien mon loulou » et continue sur des paroles à la manière de « Course à pied/ Pied à Terre/ Terre de feu... » juste avant le virage à 180° du titre vers une ambiance jazzy lounge. Mais cela ne sera que de courte durée car les riffs prog sont de retour et puis non on change encore de direction. De quoi s’agit-il sur « Si loin si proche« ? De pop? De jazz? On reste cependant justement au carrefour de plusieurs genres sur des paroles énonçant  des oxymores loin/proche; différence/ressemblance. Le titre est apaisant, presque zen, invite à flâner dans la nature accueillante. La face A se termine et on a l’impression d’une perte de repères tellement salutaire dans cette époque de musiques formatées.

En ce début de face B « C’est pas tout mais » égrène des bouts de phrases, plutôt des ponctuations, de ces mots que l’on prononce pour combler les vides de conversations  laborieuses. La basse est ronde et chaude, les cuivres lacèrent l’espace, avant que le titre ralentisse et se termine dans un long suspens. Je passe plus rapidement sur « L’ire est au rendez-vous » et son chant poético médiéval pénible pour m’arrêter sur le magnifique « Charme d’Orient » instrumental aux accents Gainsbouriens pour le son des guitares mais à la tonalité nocturne et onirique, comme une déambulation de nuit dans un monde fantastique. Ambiance que prolonge « Les yeux fermés« , superbe ballade où rêves et fantômes cohabitent et qui clôt un album d’une liberté totale, brassant les références pour un résultat sans concession et pourtant original et accessible. Aquaserge? La question ne se pose même pas!

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Tristesse Contemporaine – Stop and start

Tristesse Contemporaine – Stop and start – 2017

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Ainsi il parait que Tristesse Contemporaine, que je croyais être un groupe français, n’est composé que d’étrangers. Fut un temps où le rock français était complexé par la production anglo-saxonne, ce temps est donc révolu puisque cet immense « Stop and start » aurait pu être conçu par chez nous sans que cela étonne plus que ça. Je ne connaissais le groupe que de nom, je le découvre avec ce 3ème album d’un rock sans concession à la fois ténébreux et branché cependant sur les pulsations cardiaques qui agitent les danseurs qui illustre on ne peut mieux le nom du groupe (quelle trouvaille!) et la pochette magnifique et intrigante, presque surréaliste. C’est du côté de la matrice Joy Division qu’il faut chercher les influences musicales: une batterie à  la fois puissante et sobre comme jouée dans une église, une voix sombre et grave, des guitares et des claviers aussi discrets qu’incisifs. On retrouve aussi très souvent des ambiances croisées chez Jesus and Mary Chain. Cependant le groupe ne se prive pas d’utiliser les sons électroniques s’inscrivant dans une modernité qui lui fait éviter l’écueil de la nostalgie. Les chansons sont donc actuelles, puissantes et profondes, se révélant encore un peu plus à chaque écoute.

Témoin l’extraordinaire « Let’s go » qui ouvre l’album avec ses pulsations de basse, une voix dont on sait qu’on va y revenir souvent avant qu’un clavier et des guitares aussi discrètes que sobres propulses le titre vers les sommets. Comment faire beaucoup avec peu, c’est la leçon bien retenue d’une cold wave digérée réduite à l’essentiel. L’inquiétant « Dem roc » propulse l’album sur les pistes de danse avec son phrasé répétitif et ses boucles entêtantes. C’est ensuite l’excellent et presque pop « Girls » qui vient chatouiller nos oreilles avant « Know my name » une espèce de rockab famélique et crade que les Cramps n’auraient pas renié mais qui détonne un peu dans l’ensemble. La face A se termine avec le plus léger « Everyday » qui fait taper du pied, emballé par des riffs étonnamment léchés.

C’est cependant la face B qui emporte l’album encore plus haut. « It doesn’t matter » commence par des bourdonnements et une batterie à contre temps. L’influence Jesus and Mary Chain est manifeste surtout quand les guitares quasi noisy et la voix réverbérée entrent en piste. Le morceau est ténébreux et puissant. Tout comme le fantastique « Stop and start » soutenu par des nappes de claviers, des rythmes presque industriels. Le morceau monte en puissance et en intensité tout en étant très répétitif avant de s’interrompre brusquement. Mais c’est pour laisser la place au gigantesque « No hope » qui est à la fois pop et sautillant et d’une noirceur insondable. 2ème tube avec « Let’s go« ?? On peut toujours rêver! L’album se clôt sur le bien nommé et ultra connoté « Ceremony » qui renvoie bien évidemment au New Order première mouture. Construit autour d’un riff de guitare en boucle, presque psalmodié d’une voix caverneuse, le titre se fait entêtant, monte en intensité avant de disparaître brutalement.

Sans jamais sombrer dans les clichés d’un revival cold wave 80′s, Tristesse Contemporaine vient donc de livrer un album d’une intensité, d’une puissance folles pourtant construit sur des arrangements qui vont à l’essentiel, sans esbroufe mais les chansons qui le composent sont d’un niveau d’ensemble tel qu’elles n’en ont pas besoin.

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Teenage Fanclub – Shadows – 2010

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En 2010 la mélancolie radieuse du Teenage Fanclub faisait merveille sur ce « Baby Lee » irrésistible.

David Bowie – Station to station (réédition vinyle)

David Bowie – Station to station – 1976 (réédition 2017)

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Succès du vinyle aidant, on réédite à tout venant et c’est tant mieux, pour ceux qui, comme moi, reconstituent tant bien que mal leur discographie. Les albums de David Bowie ressortent donc dans leur version d’origine petit à petit. C’est l’occasion pour ceux qui ne le connaitraient pas (il y en a?) de découvrir ou de redécouvrir donc cet album central de 1976, à la fois aboutissement et, comme toujours avec lui, nouveau départ vers d’autres univers dans la carrière de Bowie. Méconnu du grand public, il s’agit là cependant d’un des quatre meilleurs albums de Bowie, un incontournable en ce qui me concerne.

Débarrassé de ses oripeaux Ziggy, après avoir asséné trois albums « Ziggy Stardust; Aladin sane; Diamond dogs » en trois ans et autant de chefs d’oeuvre, Bowie tente et réussit tout. « Station to station » succède à « Young americans » dans lequel Bowie avait pris tous les risques en allant enregistrer son album soul à Philadelphie avec les musiciens du cru. Essai transformé haut la main. Il amorce ici un virage vers les expérimentations entre autres électroniques alors en cours en Europe et en particulier en Allemagne, prend acte du continent Européen en tant que nouvel espace de culture tout en intégrant les éléments soul récemment explorés. Le résultat est époustouflant sur un album de 6 titres (dont une reprise) qui sont autant de sommets et font le lien entre l’album précédent et la fameuse trilogie dite « Berlinoise » qui s’annonce « Low; Heroes; Lodger« . Bowie n’a pas fini de surprendre, toujours là où on ne l’attend pas. Il s’entoure des musiciens impeccables que sont Carlos Alomar, Earl Slick, débauche le pianiste de Springsteen Roy Bittan, pour un album inclassable, aux relents de soul et de funk mais passés à la moulinette d’un rock froid et blanc sur lequel plane, majestueuse, la voix du Roi David.

Le morceau titre en ouverture écrase toute concurrence tout au long de ses 10 minutes absolument exceptionnelles. Chanson fleuve, à tiroirs, à étages, comme on veut, qui commence par des bruits de train et se termine en cavalcade. « The European cannon is here » et sa déflagration se fait encore entendre aujourd’hui tant « Station to station« , la chanson, est un coup de tonnerre dès le début de l’album. Progressive, car elle évolue régulièrement de changements de rythmes en changements de mélodies, elle ne comporte pourtant pas les lourdeurs des groupes progressifs alors en vogue à l’époque. Le titre est tellement riche que chaque écoute apporte son lot de découvertes, d’émotions nouvelles bien difficiles à décrire. Il faut prendre ce train, monter le volume et goûter à ce classique pop rock sans modération. Puis attaquer un autre monument avec le tube « Golden years » superbe de décontraction ultra maitrisée, emmené par un Bowie  impérial au chant avant de terminer la face avec la ballade en or massif qu’est « Word on a wing« . Jamais jusque là Bowie n’a aussi bien chanté, élargissant sa palette encore plus loin. C’est par un piano guilleret que commence « TVC15 » juste avant que le titre prenne une ampleur impressionnante, la voix comme à bout de souffle. Le riff de « Stay » restera dans toutes les oreilles faisant surfer le titre sur une espèce de funk blanc et froid. Mais la grande performance vocale, et pourtant le niveau aura été impressionnant du début à la fin, est l’interprétation de la ballade triste et seule reprise de l’album « Wild is the wind« . Je ne connais pas la version originale mais il me semble impossible qu’elle soit supérieure à celle de Bowie tant celui-ci est capable de chanter comme un crooner qui jamais ne se prendrait au sérieux puis de monter dans les aigus pour atteindre une émotion à chaque nouvelle écoute.

Il faut se précipiter donc sur ce classique qui est aussi un très bel objet, la pochette tirée du film « The man who fell the earth »  dit bien ce qu’est Bowie par rapport aux autres: un extraterrestre.

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Bonobo – Migrations

Bonobo – Migrations – 2017

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Le nouvel album de Simon Green, alias Bonobo, porte bien son nom. Il nous invite à un voyage sonore quasi exclusivement instrumental, d’une grande douceur, d’une extrême finesse également. Les instruments traditionnels se mêlent impeccablement aux subtils et inventifs arrangements électroniques tout au long de 12 morceaux plus contemplatifs que dansants, même si certains sont plus rythmés que d’autres.

On est séduit d’entrée de jeu par l’inaugural « Migration » dont les pulsations soyeuses viennent accueillir quelques notes de piano décalées puis tout un environnement de bruits, murmures, évoquant une nature charmante avant l’entrée en scène d’une batterie qui apporte son énergie à l’ensemble. Que dire du somptueux « Break apart« , un des rares morceaux chantés? La chanson déroule une mélodie magnifique dans un cocon composé d’arrangements de vents et d’électronique. La mélancolie que distille le morceau touche au coeur sans jamais céder à la facilité pour atteindre un des sommets du disque. Les 7mn 50 de « Outlier » poursuivent dans une veine plus électronique et répétitive qui convainc moins même si le morceau n’est pas sans intérêt mais peine de la comparaison avec ses deux compagnons de la face A. C’est Pete Seeger qui est samplé sur « Grains« , fragile composition hybride basée sur des violons en suspens qui invite à la contemplation. Tout comme « Second sun » qui évoque une dentelle de cristal dont les notes de guitares tintent sur un coussin de violons. Le voyage prend la direction du Maroc sur « Bambro Koyo Ganda »  dans une collaboration avec les musiciens d’Innov Gnawa qui viennent poser leur voix sur un titre qui prend le large vers de grands espaces. Les voix féminines s’entrecroisent sur le plus pop « Surface » qui débute la face C avant le plus anodin « Kerala » mais c’est « No reason » qui emporte la mise haut la main. Chanté par Nick Murphy, anciennement nommé Chet Faker, qui tient presque la comparaison avec Thom Yorke, le titre est certainement le plus accrocheur de l’album. Les cuivres montent en puissance sur le très grand « Ontario« , la guitare sinueuse se promène, le tout sur des arrangements électroniques proches du bourdonnement avant la clôture de l’album avec le monumental « Figures » qui viendra mourir dans le silence après 6 minutes de collages sonores unifiés par une voix répétitive.

Cet album ne mettra pas le feu à la piste de danse mais pourrait bien ouvrir grand les fenêtres de votre esprit, pour peu que l’on accepte de s’y plonger, de s’y perdre, de se laisser dériver dans ses méandres. Pas une once de graisse ici, tout est fragile et délicat et ça fait du bien.

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Foxygen – Hang

Foxygen – Hang – 2017

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Voilà un album sacrément ambitieux! Pas par sa longueur, il ne comporte que 8 titres, 4 par face, mais déjà par les impressionnantes sections de cuivres, de cordes et de bois convoquées. Pas moins de 40 musiciens oeuvrent ici en plus des 4 membres du groupe qui s’était révélé en 2013 avec le formidable « We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic » dans lequel ils entreprenaient de revisiter les années 60/70. Foxygen se paie donc une super production en Technicolor pour ce 3ème album « Hang« . Le cinéma est d’ailleurs omniprésent tout au long du disque, évoquant tour à tour, la comédie musicale ou encore le mélodrame.

C’est cependant par l’excellent et radieux « Follow the leader » que débute l »album à grands renforts de cuivres très 70′s. Le titre, hyper orchestré, ne sombre jamais dans la lourdeur ni l’emphase, ce qui ne sera pas toujours le cas tout au long du disque. Un début fracassant donc avant « Avalon » (rien à voir avec Roxy Music) et son ambiance cabaret 30′s qui terminerait sa course à Broadway dans les 50′s. L’ambiance est toujours aussi gaie, le tempo s’accélère le temps d’une sarabande, les choeurs sont parfois un peu pesants mais le coeur est léger. Le niveau monte de quelques degrés pour un des meilleurs titres à savoir « Mrs Adams » dans lequel le chanteur Sam France fait des merveilles passant de l’apaisement à l’énergie la plus brute. Les montées de cordes et de cuivres sont fantastiques, et on se croirait revenus à la grande époque des Stones sur la fin du morceau. J’ai plus de réserves sur le pourtant très ambitieux « America » mais qui n’évite pas l’indigestion en particulier dans la première partie du morceau avant de s’alléger, de trouver son rythme de croisière et de nous enchanter sur la fin.

C’est Dylan qui est convoqué sur « On lankershim« , mais un Dylan symphonique pour un morceau de facture plus classique, aux arrangements beaucoup plus légers, qui renvoient directement aux 70′s. « Upon a hill » commence comme du Divine Comedy, hyper classe, aux arrangements superbes d’une mélodie léchée puis accélère curieusement pour finir encore une fois comme la bande son d’une comédie musicale. Ce n’est pas la première fois que le groupe, sur cet album, opère des virages radicaux en plein milieu d’un morceau, pour un résultat surprenant  mais pas toujours plaisant pour l’auditeur que je suis. Aucune faute de goût par contre sur l’impressionnant « Trauma« . Le ton se fait mélancolique, mais une mélancolie sur grand écran, lyrique et somptueuse où les cordes et les cuivres se répondent par grandes envolées jusqu’à ce qu’un solo de guitare grandiose enveloppe le tout. C’est par le grandiloquent « Rise up » et ses roulements de tambours que se termine le disque. Un titre en trois vagues successives, qui après un départ un peu trop emphatique, s’apaise avant un final tonitruant tout de cordes, de cuivres et de guitares poussées au maximum.

Ambitieux donc que ce « Hang« . Foxygen se donne les moyens de son ambition qui aurait fait flop sans la force et la complexité des compositions. L’album n’évite pas toujours le gras mais ne s’y vautre jamais trop longtemps. Une belle bouffée de Foxygen (facile mais j’ai pas pu résister).

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