LA FEMME – MYSTÈRE – 2016
26 janvier, 2017 @ 9:57 Critiques albums 2016

La-Femme-MystereLe premier album de La Femme « Psycho tropical Berlin » avait apporté, en 2013, bien qu’il soit inégal, une bouffée de fraîcheur et de légèreté dans la chanson française rance et de droite des Christophe Maé, Johnny Halliday, M. Pokora, Céline Dion, Renaud, Maître Gims, Stars 80, … ou leurs équivalents de gauche; Saez et consorts, … j’en passe et des meilleures, la liste étant malheureusement longue. Ce premier essai avait cependant les défauts de ses qualités et sombrait parfois dans une pop adolescente trop futile et prévisible.
Mais La Femme a grandi, mûri, et sa palette sonore s’est considérablement élargie et étoffée. La naïveté adolescente n’apparaît plus que par moments, comme dans le texte de « Septembre » pourtant plus retors qu’il n’y parait ou dans « Tatiana », le titre le plus faible de l’album qui contient des réminiscences du désolant « Daniela » des non regrettés Elmer Food Beat. Pour le reste, si la pochette de « Mystère », le nouvel album fera, à n’en pas douter, date, par le renversement du cliché selon lequel les hommes ont le cerveau entre les jambes, ce sont bien, à l’exception près donc, les 15 morceaux qui le constituent qui font événement. Tout en explorant des univers très variés, de la pop française synthétique des 80’s (merci pour tout Etienne Daho), à la surf song façon Pixies en passant par le rock sous influence Velvet, La Femme conserve une cohérence sans faille et bâtit un univers qui lui est propre.
Si le raide et technoïde « Sphinx » placé en introduction ne convainc pas immédiatement, la suite va être de haute volée avec la magnifique et cruelle ballade « Le vide est ton nouveau prénom », soutenue par une guitare acoustique sur laquelle une voix désabusée chante sans regrets la fin d’une histoire d’amour. « Où va le monde? » est un imparable tube surf pop que n’auraient pas renié les Pixies époque « Bossanova ». « Septembre » renoue donc avec une forme de naïveté adolescente mais emporte largement la mise en prenant le recul nécessaire à la nostalgie. Si dans nombre d’album, le ventre est mou, ce n’est pas le cas ici car la série de titres suivants est époustouflante. La déambulation urbaine « SSD » pulse puis le tempo se ralentit pour éradiquer le démon de la solitude dans « Exorciseur » aux bruits de gargouilles inquiétantes. « Elle ne t’aime pas » est magnifique de noirceur légère avant que ne déboule l’immense « Mycose », sommet de l’album. « J’ai une mycose-voila qu’elle se réveille- j’en ai marre … va-t-en je t’en prie mycose tu m’agaces » chante la voix dans un accès sublime de paranoïa avant que le mur de guitares n’emporte tout. Il est encore question de cruauté dans le parfait « Tueur de fleurs » et c’est vers le ciel que regarde le légèrement exotique « Al Warda », où les violons tournent et retournent de façon hypnotique. « Psyzook » et ses rythmes chaloupés porte bien son nom, maintenant sur terre une voix incontrôlable. La face D indique « Le chemin » à suivre, il est sous influence 60’s et parsemé de choeurs féminins avant que l’album ne se referme sur le quasi immobile « Vagues », soit 13 minutes de flux et de reflux d’abord tranquilles avant que l’orage qui menaçait n’éclate sourdement laissant l’auditeur épuisé sur la grève.
« Mystère » fait du bien. Il prouve que la musique de notre pays de France est vivante, inventive, impertinente, ouverte aux influences tout en restant personnelle et originale. Vive La femme donc!

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-galettesvinyles
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