David Bowie – Blackstar
26 janvier, 2017 @ 10:49 Critiques albums 2016

David Bowie – Blackstar – 2016

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Je vais essayer de faire comme si. Comme si David Bowie ne m’accompagnait pas depuis mes 15 ans, comme si David Bowie était un artiste comme les autres, comme si beaucoup des chansons de David Bowie ne me transportaient pas, comme si « Blackstar » n’était pas un testament préparé de longue date, comme si David Bowie n’était pas mort ce matin.
« Blackstar » vient de sortir donc, attention je ne parle pas de l’autre étoile noire qui ne m’intéresse pas et qui, par contraste, affiche toute sa vulgarité tapageuse de promotion, de stratégie marketing, de pseudo philosophie (on croit rêver!). Ici, de commerce, de promotion, il n’y a pas. Zéro communication, zéro apparition, zéro interview. Bowie a disparu depuis plus de 10 ans maintenant. Dans ce monde ultramédiatisé, sa dématérialisation fascine, dans tout ce vain tapage, il a choisi le silence, ultime personnage toujours en phase avec son époque. Il y a 3 ans, l’album « The next day » prenait tout le monde par surprise. Un album qui cependant regardait dans le rétroviseur à l’image de sa pochette en abîme, un album de très bonne tenue mais qui innovait finalement peu. Bowie gérait sa légende sans se fourvoyer, allant jusqu’à signer la poignante « Where are we now? » et ouvrant en fin d’album de nouvelles portes avec la ténébreuse « Heat« .
On le sait aujourd’hui mais Bowie ne pouvait pas se contenter d’être moyen avec « Blackstar », la sortie se devait d’être à la hauteur de sa carrière. Alors « Blackstar » est-il à la hauteur? La réponse est oui, malgré quelques rares réserves car les sommets de l’album sont déjà parmi les pics de sa discographie. Inespéré. « Something happened on the day he died ».
Qui peut se permettre d’envoyer un single tel que « Blackstar » en éclaireur? Une chanson de 10 mn, qui en contient 3, qui mêle rythmes déstructurés, bips électroniques, saxophone en liberté, chant mystique, puis qui revient en son milieu à une somptueuse pop song apaisée, … Depuis combien de temps Bowie n’avait-il pas tracé une route aussi inédite? Certainement depuis le fabuleux « Outside » de 1995. Le résultat est stupéfiant, le titre gagne en profondeur à chaque écoute au fur et à mesure que je l’apprivoise, se révélant diamant noir. Mais la suite va atteindre d’autres sommets.
« ‘Tis a Pity She Was a Whore » est le Bowie que j’adore. Des instruments en furie sur lesquels Bowie place une mélodie complexe dont il a le secret depuis « Low » et « Heroes« . Je pense à « Beauty and the beast » pour l’ambiance froide presque industrielle. Très grand morceau.
Le titre suivant est déjà un classique. « Lazarus » débute comme du Cure période « Pornography » mais strié d’éclairs de saxo et de guitares. La voix splendide vient alors poser une mélodie intemporelle, d’une beauté et d’une mélancolie qui font frissonner. « Look up here I’m in heaven« : tout est dit.
Encore plus difficile à apprivoiser « Sue (or in a season of crime) nécessite plusieurs écoutes pour s’y frayer un chemin. Cependant le jeu en vaut la chandelle. Nous avons à faire ici à la face la plus expérimentale de l’album qui rappelle les aspects les plus ardus de « Outside« . Les musiciens partent en vrilles et loopings, calmés seulement par la voix, phare dans la tempête. Des arrangements parfois pesants par instants sont la limite du titre.
La voix inimitable et haut perchée survole la cold wave de « Girls love me » et sa rythmique implacable tout en répétant des paroles mystérieuses: « Where the fuck did mondays go? » Le titre est plus accessible mais comporte cette part d’étrangeté qui semble être le propre de l’album.
La belle introduction apaisée au piano et à la guitare de « Dollar days« , soutenues par un saxo renvoie irrésistiblement au Roxy Music d’ »Avalon » et promettent ce que la suite du morceau ne tient pas. C’est le titre faible de l’album selon moi, le plus conventionnel aussi, sur lequel l’ennui pointe son nez. On pardonne car « Blackstar » va se terminer de la plus belle des manières, par « I can’t give everything away » où Bowie avec une interprétation superbe de détachement navigue sur une basse ronde et élastique soutenue, quelques zébrures d’harmonica et de saxo (encore), pour le morceau le plus enjoué de l’album. « Je ne peux pas tout abandonner ».
Nous tenons le meilleur album de Bowie depuis « Outside » en 1995, où il retrouve le goût du risque, de l’expérimentation et trace à nouveau des pistes comme seuls, parmi les artistes reconnus, Radiohead le fait encore. Cela n’empêche pas quelques boursouflures mais l’album tutoie parfois de tels sommets que cela n’est pas un problème. Il n’y a d’ailleurs aucun problème, David Bowie n’est pas mort, la preuve il vient de sortir son nouvel album intitulé « Blackstar » il y a 3 jours.

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