Kevin Morby – Sundowner – 2020

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Voici un peu plus d’un an, Kevin Morby atteignait les plus hauts sommets, de ceux où l’on croise Dylan, Leonard Cohen ou encore Lou Reed avec un album somptueux et bien nommé « Oh my God ». Ce disque, à la puissance émotionnelle incomparable, fait partie de ceux dont on ne se lasse jamais, jamais épuisés par les écoutes successives et qui qui se bonifient en prenant de l’âge. La définition d’un chef d’œuvre en somme. « Oh my God » aux arrangements d’une richesse incomparable, aux chansons d’une qualité inouïe, puisait dans les sources du gospel, du rock voire du jazz pour agrémenter le folk de Morby. « Sundowner », son nouvel album, allait-il rivaliser avec son grand frère étoilé ? La réponse, même si les deux disques empruntent des chemins différents bien que labourant les mêmes terres, est oui, cent fois oui. Quelques écoutes suffisent à se rendre à l’évidence : Kevin Morby fait désormais partie des très grands, il est en train de construire, en artisan, une œuvre qui restera.

Cependant, sur « Sundowner », le régime est plutôt à la diète. Rassurons-nous, je ne parle pas de diète créative, aucune panne de ce côté-là loin s’en faut, mais bien d’une instrumentation resserrée autour des essentiels du folk que Morby depuis ses débuts élève au rang de grand art : la guitare, le piano, la voix. Il s’est donc enfermé, isolé, la pochette résume assez bien l’esprit du disque, pour composer les morceaux de ce nouvel album sur un magnétophone 4 pistes dans une démarche qui ressemble à celle de Bruce Springsteen sur son mythique « Nebraska » (1982). Moins aride que ce dernier cependant, « Sundowner » est d’une sobriété qui sied aux 10 chansons de très haut vol qui le composent et qui n’ont besoin de pas grand-chose pour briller, pour époustoufler par leur beauté et émouvoir l’auditeur admiratif que je suis. Quelques notes d’orgues par ci par là, une batterie qui jamais ne s’impose et se contente de mettre en relief les montées dramatiques, un piano souvent discret mais ô combien essentiel, voilà la recette. Kevin Morby a su délester de toute trace de gras ses chansons merveilleuses. Il s’impose aussi comme un grand interprète, une espèce de Mike Scott (l’immense chanteur des Waterboys) sans la grandiloquence avec juste ce qu’il faut de vibration, de fêlure pour bouleverser. À une époque où les albums aussi bien produits que totalement insipides pullulent, on ne peut que remercier des artistes tels que Kevin Morby qui se soucient peu d’en mettre plein les yeux et y parviennent cependant. On pense à ce titre au grand Bob Dylan lui-même qui avec « Rough and rowdy ways » (2019) a encore touché au sublime.

Rien à jeter donc sur ces deux faces en or. Dès « Valley » le premier titre magnifique à la fin instrumentale somptueuse, le ton est donné, on va voler très haut sans jamais redescendre. « Brother, sister » est un cœur qui bat, « Sundowner » la chanson est un chef d’œuvre absolu digne des plus grands et un bel exemple de la façon dont Morby, avec peu de choses, est capable de parvenir à une intensité émotionnelle impressionnante. « Campfire » est coupée en deux, on entend les flammes crépiter en son milieu et les adjectifs manquent pour qualifier le merveilleux et pourtant très court « Wander » qui clôt une face A absolument parfaite.

La face B, encore plus dépouillée, ne connait aucune baisse de régime que ce soit sur « Don’t underestimate midwest american sun » et sa boite à rythme famélique, sur « A night at the little Los Angeles » bouleversante ballade nocturne onirique ou encore sur la Dylanienne ode funèbre « Jamie » écrite en hommage à un ami décédé et d’une mélancolie implacable. « Velvet highway » installe un climat inquiétant avec ses sourds roulements de tambours, son piano nu et les percussions finale. On achève le voyage avec « Provisions » belle à écouter les yeux fermés.

« Sundowner » est le disque idéal pour les soirées d’hiver au coin du feu. Indémodable parce que ne se souciant pas des futilités, il a tout du disque de chevet, vers lequel on revient, inlassablement et pour longtemps.

À écouter – Sundowner – Valley – Jamie

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Benjamin Biolay – Grand prix – 2020

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Voici donc « Grand Prix », le nouvel album de Benjamin Biolay après son escapade sud-américaine de « Palermo Hollywood » et « Volver ». Le titre de l’album – « Grand prix » – évoque un album des 90’s du Teenage Fanclub, le groupe écossais à la power pop racée. Plusieurs points communs avec ce dernier réunissent les deux disques. Tout d’abord leur pochette respective arborent l’une et l’autre une voiture de course, même si celle de Biolay est une mise en scène un peu cliché et rétro du milieu de la compétition automobile. Ensuite et surtout, les deux albums proposent une musique carénée pour la recherche de l’efficacité maximum.

Biolay semble avoir pris le parti d’un album pop très produit, sensible à l’air du temps, carrossé pour le succès. On ne peut pas rater l’évidente influence de Metronomy quand on entend ces basses espiègles et caoutchouteuses, ces claviers accrocheurs et des guitares d’une efficacité rare qui sont peut-être la plus grande réussite du disque. Alors oui, nombre de chansons semblent taillées pour la route – on retrouvera d’ailleurs cette métaphore de la voiture fréquemment dans l’album -, pour la vitesse cheveux aux vent ce qui ne va pas, parfois, sans céder à une certaine facilité aux détours d’un refrain un peu pompier ou de nappes de claviers un peu trop présentes. Mais l’ensemble tourne sacrément rond, presque sans un raté, négociant les courbes et les lignes droites comme ces Lotus et ces Brabham évoquées dans « Interlagos », Biolay s’affiche toujours en pole position de la chanson française. On ne peut s’empêcher de penser à Christophe, fou amoureux des belles bagnoles, et à ses « Stand 14 » ou autre « Enzo » dans lesquels il célébrait sa passion pour les courses automobiles et ceux qui les font.

Tout au long de ce « Grand prix », pas une sortie de route, pas même un petit tête-à-queue, la trajectoire est fluide et nette. Jamais sans doute, un album de Biolay n’aura comporté autant de tubes en puissance. Qu’on en juge avec ce « Comment est ta peine » parfait en single mélancolique et entraînant dans la tradition des merveilles de Daho, aux guitares funk irrésistibles et aux clavier tissus du meilleur de la pop anglaise des 80’s et 90’s, ce « Visage pâle » à l’imparable gimmick de clavier, plus loin avec « Comme une voiture volée » au pouvoir d’addiction puissant même si le clavier qui double la voix sur le refrain un petit côté indigeste ou encore « Grand Prix » nouvelle réussite éclatante en hommage aux pilotes qui ont laissé leur vie sur les circuits, « Papillon noir » dont la guitare rythmique fait des merveilles et porte le titre sans effort, « Où est passé la tendresse? » fantastique tube pop Metronomyesque en diable et pour finir « Souviens-toi l’été dernier » plus léger sans doute mais dont la guitare et la basse funk en font une chanson dansante et douce amère. La liste est longue des titres qui impriment directement la zone du plaisir. Biolay sait aussi ralentir le rythme avec l’arrêt aux stands intimiste qu’est « Vendredi 12 » et ses coussins de violons, la superbe « La route » et surtout « La roue tourne » somptueuse évocation sur le temps qui passe de la part d’un artiste bien loin de l’image arrogante dont il est parfois affublé. L’album se termine en douceur après la ligne d’arrivée par « Interlagos », saudade nostalgique des dimanches après-midi devant les grand prix de F1 à la télé.

Biolay, après Daho se positionne désormais en prétendant au titre de futur parrain de la chanson française. On oublie presque qu’il y a déjà presque 20 ans que « Rose Kennedy » est sorti.

Grand disque de pop donc que ce « Grand prix » de haut niveau.

À écouter: Comment est ta peine? – La roue tourne – Visage pâle – Où est passée la tendresse?

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