Christine and The Queens – Chris – 2018

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Ce n’est jamais très bon signe quand à sa sortie, un disque fait parler pour tout autre chose que la musique qu’il contient. Avec « Chris » le deuxième album de … Chris, enfin Christine and The Queens pour être plus clair, il faut bien dire qu’on est servis. D’abord avec un plan marketing hyper efficace où Chris, donc, nous explique sa métamorphose médiatisée à outrance – que le changement de nom et de coupe de cheveux illustrent – à grands coups de justifications laborieuses du genre « Je suis une femme phallique tu vois, une femme puissante… » dont on se contrefiche. On y apprend aussi que Chris veut maîtriser le processus créatif, qu’elle a donc produit elle-même l’album. Une bonne idée? Pas sûr.
Côté visuel, l’objet est également « léché ». Pochette griffée, cheveux courts, regard par en-dessous du genre « Tu vas voir ce que tu vas voir! » et clip de « 5 dols » gentiment érotique (et toc), pseudo provoc avec bric à brac SM qui ne choque plus personne.
Bref l’emballage a été soigné, réfléchi, pensé comme pour tout produit qui se respecte. Il y a même une version anglaise assez douteuse pour l’export. Si l’on ajoute à cela une polémique à la noix sur l’utilisation de boucles prises sur Internet que Chris a utilisées, comme si créer n’était pas emprunter, pomper, recycler ce qui a déjà été fait par d’autres, avant, comme si certains découvraient enfin l’eau chaude, on a un tableau complet!
Bref, pour toutes ces raisons, « Chris » est un album dont on parle. Et aussi parce qu’il succède à un succès international, adoubé par Madonna herself, « Chaleur humaine », le multiplatiné premier album. J’avoue ne pas l’avoir écouté depuis longtemps mais il serait faux-cul d’en nier l’originalité et les qualités. Succès mérité.
Chris se retrouve donc devant le toujours difficile exercice du deuxième album ultra attendu, ultra médiatisé, obstacle sur lequel beaucoup se sont cassés les dents. On comprend dès lors un peu mieux tout ce cirque marketing, cette volonté de donner du sens, de théoriser l’album en quelque sorte de peur que celui-ci ne se suffise pas à lui-même, avec le risque que tout ça ne sonne qu’artificiel. Car « Chaleur humaine » s’est présenté avec ses seules chansons et ce sont les chansons qui l’ont fait aimer, reconnaître et exister au-delà de toutes les prévisions. Comme si cette fois-ci, Chris n’avait pas eu suffisamment confiance dans le contenu pour soigner outre mesure le contenant.
Tout ça ne serait finalement pas grave si l’album était à la hauteur. Et c’est là que le bât blesse.
J’ai vu Christine and The Queens en concert il y a un peu plus d’un an. J’en garde le souvenir d’un show hyper rodé, millimétré, ou rien, jamais, ne dépasse. De chorégraphies parfaitement exécutées, parfaitement ennuyeuses, d’une chanteuse qui s’énerve un peu devant le peu de réactions du public douché par le manque de … chaleur humaine. Peut-être était-ce un mauvais concert parmi d’autres bien meilleurs je ne sais pas mais à l’écoute de ce deuxième essai, je ressens à peu près la même chose que ce soir-là. « Chris » fait l’effet d’un disque calibré, pensé, trop pensé, au son ultra synthétique et technologique (bonjour Pro Tools), parfait tue l’amour pour celui qui recherche quelques frissons de plaisir. Les titres s’enchaînent sans que rien ne retienne vraiment l’attention, sans qu’aucun accident, aucune rupture ne vienne briser la monotonie ambiante. On se dit qu’elle aurait justement eu besoin d’un producteur, c’est-à-dire de quelqu’un capable de prendre du recul, de travailler chaque titre pour essayer d’en tirer le meilleur au lieu de les noyer dans une bouillasse lorgnant fortement vers les 80’s et certains relents de funk technoïde sans âme comme dans l’affreuse « Le G », pénible imitation de Michael Jackson période « Bad ».
Même dans sa manière de chanter Chris est souvent irritante avec sa façon de découper les mots n’importe comment jusqu’à être fréquemment incompréhensible sans parler de ce tic qui consiste à répéter les sy-sy-sy-sy-syllabes pour que ça rentre ou encore ces « baby » tellement kitsch qui parsèment ses textes et articulés « bèiiibè ».
Au début de l’album, les tubes s’enchainent mais des tubes bien fades comme « Damn, dis-moi » où l’on mesure le gouffre qui la sépare des Daft Punk ou « La marcheuse » dont le texte aurait mérité écrin sonore moins commun. « Doesn’t Matter (voleur de soleil) » tient son rang mais on est loin des hits de « Chaleur humaine » et le morceau risque d’irriter assez vite. Enfin « 5 dols » dont le son ne diffère en rien des morceaux précédents accroche à peine l’attention.
Par la suite, plus grand-chose à retenir, peut-être un gimmick de clavier-basse sur « Goya!Soda! » mais c’est bien un ennui profond que génèrent « Follarse »; « Machin-chose »; « Bruce est dans le brouillard » voire même la plus délicate mais trop fade « Les yeux mouillés ». Il faut finalement attendre le dernier titre « L’étranger (voleur d’eau) » pour un début de frisson, au détour d’un refrain. C’est bien peu.
Chris semble avoir quelque peu oublié les chansons sur ce deuxième album, préférant tout donner sur l’emballage mais même celui-ci est bien peu attirant, exhibant son process de fabrication avec ce son sans chair, sans personnalité? Un comble pour quelqu’un qui justement fait du corps un thème essentiel de son propos. On est bien passé de la chaleur humaine à la froideur technologique mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Héloïse Letissier, de son vrai nom finalement beaucoup plus sympathique que l’anonyme et désincarné Chris, devra, si elle veut réaliser ses ambitions d’artiste internationale, surfant sur l’air du temps, revendiquant une sexualité « moderne », confectionner un album bien au-delà de la platitude ambiante de ce décevant deuxième disque. J’ignore si elle en est capable et certainement pas toute seule. Espérons que son grand oeuvre ne soit finalement pas déjà derrière elle.

À écouter: 5 dols – La marcheuse – L’étranger (voleur d’eau)

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Benjamin Biolay – La superbe – 2009

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Avec « La superbe« , en 2009, Benjamin Biolay fait définitivement taire les dernières critiques qui lui reprochaient d’être trop ci, pas assez ça, trop frimeur, pas assez chanteur, trop Gainsbourg, trop antipathique, … on s’en fout. « La superbe » l’installe définitivement au sommet, double album hyper ambitieux et magnifique, condensé de tout ce qu’il sait faire, aux mélodies ensorcelantes, aux arrangements qui s’autorisent tout, aux textes souvent bouleversants dans lesquels il se met à nu. Je ne me lasse pas de cette fantastique « Brandt rhapsodie » dans laquelle, en duo avec Jeanne Chéral, à coups de post it, sms et messages griffonnés au coin d’une table, défilent toutes les étapes d’une histoire d’amour. C’est superbe et c’est juste là dessous:
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