Apparat – LP5 – 2019

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Berlin a toujours été un lieu d’expérimentations musicales depuis que David Bowie et Brian Eno y ont concocté ce qui reste un sommet indépassable qui allait donner le cap pour les décennies à venir, à savoir les albums « Low » et « Heroes ». C’est justement aux fameux studios Hansa popularisés par Bowie que Sasha Ring et le violoncelliste Philipp Timm sont allés élaborer le nouvel album d’Apparat « LP5 ». Depuis plusieurs années maintenant, Sasha Ring tient le fil difficile entre expérimentation et une musique toujours accessible. Nous n’avions pas de nouvelles de lui avec Apparat depuis le fantastique « The devil’s walk » de 2013, condensé foudroyant de tout son savoir-faire dans lequel, déjà, il produisait une musique subtile, en équilibre entre électronique et pop et faisait étalage de son savoir-faire mélodique et de créateur d’atmosphères. Ce « LP5 » est tout aussi fantastique même si plus doux et souvent contemplatif que son prédécesseur. On pense régulièrement à Thom Yorke en l’écoutant ou à Radiohead, particulièrement à l’album « A moon shaped pool » pour l’utilisation incroyable des cordes, pour la voix délicate et fragile de Sasha Ring, pour cette capacité à ne garder que l’essentiel, pour l’émotion, enfin et surtout, que cet album distille tout au long de ses 10 plages. Le travail de production y est, en particulier, de haute volée. Le disque fourmille de bruissements, de craquements, de beats subtils et travaillés à l’extrême, il mêle des guitares ultra travaillées, des synthés envoûtants, des cuivres et des pianos discrets à des sons électroniques, des samples et l’ensemble se superpose pour créer un univers à la fois doux et mélancolique dans lequel il suffit de se laisser dériver.

On ne peut vraiment isoler de titre en particulier tant le voyage est au long cours et nous transporte d’une plage à l’autre. Il débute par le merveilleux « Voi_Do » à la mélodie belle à pleurer et aux arrangement de cordes stupéfiants. Sasha Ring y double sa voix passée à travers un filtre marquant ainsi sa double appartenance au monde des hommes et des machines. Un trombone torturé sous-tend la chanson quand elle s’envole vers des sommets de beauté alors que les doigts crissent sur les cordes d’une guitare. Quelle entrée en matière! Il se poursuit avec l’exceptionnel « Dawan » qui se situe aux confins du jazz, de la pop et de la musique électronique. Encore un titre qui ferait plus que bonne figure sur un album de Radiohead. La batterie et la basse jouent une partition prodigieuse, les arrangements fourmillent de bruits, de choeurs samplés, les synthés font monter l’intensité au service de la mélodie. Non Thom Yorke n’aurait pas fait mieux. « Laminar flow » est porté par un chant, presque une incantation, maintenant en suspension un titre pourtant strié de fissures électroniques. Et ce n’est pas le superbe « Heroist » qui va faire baisser le niveau d’un album jusque là sans fautes. Entrecoupé de pauses, de retours au calme, le morceau porte cependant bien son nom et nous emmène dans une épopée de poche avant de mourir sur une plage. L’interlude instrumental « Means of entry » sert à la fois de clôture de la face 1 et de transition vers « Brandenburg » aux puissantes et majestueuses orchestrations de cordes avant que « Caronte » ne mette tout le monde d’accord. Sommet incontesté du disque, le titre déploie ses beautés multiples magnifiées par les incroyables arrangements de cordes signées Philipp Timm. L’intensité dramatique et émotionnelle du morceau semble n’en plus finir de monter et encore une fois c’est bien l’esprit de Radiohead qui est ici convoqué mais sans que jamais, on ne puisse y voir un plagiat. Le talent de Sasha Ring se suffit à lui-même. « EQ_Break » nous emmène au bord d’une plage extraterrestre au son du flux et du reflux de nappes synthétiques dans un titre contemplatif. Il faudra attendre plus de 5 minutes dans le cinématographique « Outlier » pour voir débarquer une batterie. Jusque-là, le morceau tient en suspens sur une nappe d’orgue synthétique et la voix presqu’emphatique. « In gravitas » part à peu près sur les mêmes bases contemplatives avant d’opérer un virage radical et de terminer l’album sur une cavalcade surprenante pour un disque aussi éloigné des dance floor que possible et qui, du coup, apparait comme un peu moins ouvragée que ce qui la précède. C’est cependant dans le calme d’un spoken words que se termine le titre par ces mots au ton quelque peu prophétique: « Point fingers and objects fall down ».

Brillant, fragile, délicat, ouvragé, mélancolique et profond: tels sont les adjectifs qui peuvent définir le travail d’Apparat sur ce dernier album. Un vrai travail d’orfèvre dont on n’a pas fini d’explorer tous les recoins et les secrets.

À écouter: Dawan – Caronte – Voi_Do

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Bon Iver – Bon Iver – 2011

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Attention, Bon Iver n’est pas une personne mais bien le nom du groupe de Justin Vernon, responsable en 2011 de son deuxième album « Bon Iver« . Après un premier disque adulé, Vernon conserve ici sa formule folk mais en l’étoffant. Autour de sa guitare, se greffent mille et un bruits collés comme autant de textures sonores, des cuivres discrets, une rythmique sobre et chaleureuse pour un disque absolument somptueux de folk fantomatique. La voix de Vernon, si particulière, dans son timbre inimitable, proche de l’islandais Asgeir, est toujours aussi envoûtante. L’album est au final à l’image de sa pochette, un abri pour l’hiver, une cabane perdue au fond de l’immensité qui serait synonyme de survie. Difficile de choisir parmi ces splendeurs alors retenons par exemple l’extraordinaire « Minnesota, WI » ci-dessous:
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