Timber Timbre – Sincerely, future pollution

Timber Timbre – Sincerely, future pollution – 2017

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La superbe photo d’un Manhattan nocturne de 1935 illustre à merveille ce que recèle le nouvel album du trio canadien Timber Timbre: une espèce de modernité classique qui marie un folk sombre mais chaleureux à des sonorités plus actuelles comme des claviers assez présents et une électronique discrète. L’excellence des compositions est portée par la voix superbe de Taylor Kirk qui rappelle souvent Stuart Staples des Tindersticks, il y a pire comme comparaison.

C’est des claviers en nappes et une batterie mate qui introduit la magnifique « Velvet globes & spits«  chanson qui ouvre l’album. Cette somptueuse ballade nocturne déroule tranquillement sa perfection sereine sur une pulsation ronde de basse. Quelle ouverture! La suite est déroutante avec ce « Grifting« , espèce de funk au ralenti comme étouffé, dans un registre qui bouscule les genres que n’aurait pas renié David Bowie à qui on pense parfois aux détour d’une inflexion de voix, d’une sonorité étrange. L’étrangeté sied parfaitement à ce disque qui démarre superbement. On reste dans une ambiance légèrement décalée, à la David Lynch, au début du très cinématographique et instrumental « Skin tone » avec ses claviers et ses boucles en spirales. L’album, tout en étant cohérent, explore plusieurs directions, plusieurs couleurs musicales avec brio. « Moments » est dominé par les synthétiseurs, ultra doux et soyeux et très présents depuis le début de l’album et clôt en beauté une face totalement réussie. On y entend même des voix discrètement passées au vocodeur avant que brusquement, en plein milieu, le titre s’oriente vers un rock presque progressif pour un fin aérienne somptueuse, lézardée de solos de guitare en roue libre.

La face B va porter l’album encore plus haut. « Sewer blues » est digne du meilleur Nick Cave, celui des ballades vénéneuses. Mélodie somptueuse, refrain porté par des claviers, zébré de rares traits de guitare le tout sur un rythme métronomique et crépusculaire. Il faut dire à quel point la production de l’album est de grande classe, les arrangements assurant la cohérence, l’ambiance bleu nuit (c’est le titre d’une chanson du disque) perturbée par ces sons de claviers, de percussions, ces bruits étranges qui fourmillent sans jamais être envahissants. « Western questions » assomme définitivement toute résistance et amène l’album encore plus haut. Dans mon monde idéal, cette chanson serait en tête des hits parades pendant qu’Ed Sheeran ferait ses balances avant son concert à la salle polyvalente en ouverture de la fête des vendanges. Tant mieux pour Ed Sheeran, tant pis pour moi. Mélodie en or massif interprétée avec une classe internationale, sobriété absolue avant un final en apothéose: Mais que c’est beau.  Que dire de « Sincerely, future pollution« , bien plus difficile d’accès et vraie étrangeté de l’album? Tout simplement que le risque paie au centuple. Ici, une basse imperturbable est lacérée de claviers qui bourdonnent, les rythmes sont électroniques, résonnent et se répondent. L’atmosphère est d’abord lourde et inquiétante, évoquant un monde sombre peuplé de bestioles rampantes et grouillantes avant de prendre peu à peu de l’altitude, propulsée par une nappe de claviers et c’est à un lent décollage que nous assistons, ébahis par tant de savoir faire. « Bleu nuit » qui alterne des passages flirtant avec le jazz 70′s et un rock progressif, un saxophone doublé d’une voix au vocodeur  me convainc moins mais ce n’est qu’une légère faute dans un album quasi parfait et que l’extraordinaire « Floating cathedral » va conclure. Sur une percussion famélique, on est propulsé dans un lent western, un western de villes fantômes, de coyotes errants, de buissons emportés par le vent dans une rue déserte. C’est absolument magnifique.

Il est temps de reconnaitre à Timber Timbre la place qu’ils méritent, aux côtés de groupes comme Tindersticks, jouant à armes égales avec Nick Cave pour cette capacité à émouvoir avec une classe impressionnante, pour créer des atmosphères desquelles les images surgissent, pour la capacité enfin à marier la tradition des compositions avec des arrangements décalés, surprenants et toujours pertinents. On y retourne!

À écouter: Sewer blues – Western questions – Velvet gloves & spit

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Gorillaz – Humanz

Gorillaz – Human – 2017

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Gorillaz fut dans la première décennie des années 2000 une expérience inédite, un chaudron dans lequel le sorcier Damon Albarn concoctait avec un talent incroyable des albums d’une richesse, d’une inventivité prodigieuses et qui en plus ont rencontré le grand public grâce à des titres qui vous sautaient à la figure par leur décontraction et qui sont devenus des classiques: « Clint Eastwood; Dare; Feel good Inc.; On melancholy hill; …« . Les 3 premiers albums de Gorillaz sont un concentré explosif de genres musicaux très variés, qui se marient à la perfection, en particulier sur l’album « Demon days » et, au final, ne ressemblent à rien d’autre qu’à eux-mêmes. Rap, pop, rock, électro, dance music, tout y passait, Gorillaz osait et réussissait (presque) tout. Depuis 7 ans Gorillaz était en sommeil, c’est dire si ce « Humanz » était attendu comme le messie. Cependant Albarn n’a pas chômé ces dernières années entre son travail de producteur, des collaborations variées (dont Tony Allen), le retour réussi de Blur et surtout un album solo absolument fantastique, tout en retenue, mais gorgé de chansons inspirées. Alors ce « Humanz » est-il à la hauteur de nos attentes?

La réponse est claire et nette et ne fait que se confirmer au fur et à mesure des écoutes, c’est non. « Humanz » est une grande déception, à coup sûr le plus mauvais album de Gorillaz de par son aspect foutraque, la faiblesse criante des compositions, la volonté manifeste de coller aux modes (hip hop; r’n'b) alors que jusqu’à présent c’est plutôt Gorillaz qui inspirait les modes mais également par des arrangements tellement peu inspirés et originaux que l’ennui pointe à de très nombreuses reprises tout au long des deux disques et 20 morceaux que comportent « Humanz« . Les très nombreuses collaborations de stars, De La Soul, Grace Jones, Mavis Staple, Benjamin Clementine, Jean Michel Jarre et autres apparaissent plutôt comme un moyen de camoufler la vacuité de l’ensemble plutôt qu’une addition fructueuse de talents.

Mais cependant commençons par mettre en valeur les rares réussites du disque tout en les relativisant car jamais « Humanz » n’atteint , même dans ses meilleurs moments, le niveau des albums précédents. Il faut attendre quasiment la fin de la face B pour trouver avec « Andromeda » un titre qui retienne vraiment l’attention et, ce n’est pas un hasard, où enfin Damon Albarn est au premier rang alors qu’il brillait jusqu’alors par sa relative absence. Sur une grosse basse et un rythme métronomique, rehaussés par quelques choeurs et claviers discrets, le morceau rappelle par certains aspects et notamment sa sobriété l’album solo d’Alban « Everyday robots« , tout comme d’ailleurs, en encore plus dépouillé puisqu’il n’y a ni batterie ni beats, celui qui suit « Busted and blue » honorable mais sans génie.  Il faut aller en fin de face C pour trouver un autre titre intéressant avec « Sex murder party« . Il s’agit d’un titre chanté à trois voix qui lui aussi aurait pu figurer sur l’album solo cité plus haut qui n’a nul de besoin de poudre aux yeux (ou de perlinpinpin) pour tenir debout. On est loin encore une fois des sommets du groupe mais on peut y revenir sans crainte. C’est en début de face D que se trouve le meilleur titre de l’album et seul véritable candidat pour figurer dans un futur best of de Gorillaz, « She’s my collar« , probable tube subtil et vicieux qui s’insinue dans la tête grâce à ses arrangements accrocheurs, sa mélodie pot de colle et dont le niveau est rehaussé par la platitude du reste de l’album.

Car oui, hormis ces trois titres qui surnagent, l’album est un naufrage de raps mille fois entendus « Ascension; Let me out« , lourdingues « Momentz« , de titres qui cherchent à imiter le passé doré du groupe «  »Strobelite » ou d’autres artistes, Tricky pour « Submission » ou la période 80′s de Grace Jones pour « Charger » par exemple mais retombent et pataugent , d’insupportables voix auto tunées « Saturnz barz« . Passons sur l’ennui et la platitude insondables de « Carnival » ou « Hallelujah money« . il faudra aller jusqu’au bout de l’album pour encaisser les claviers dégoulinants de JM Jarre et la phrase ridicule   »On a le pouvoir de s’aimer! OK! » qui ponctue « We got the power » dont le funk énergique et le côté positif auraient mérité un meilleur traitement mais n’est pas Prince qui veut.

Alors voilà, je sais déjà que je vais ranger cet album dans ma discothèque et qu’il risque de ne pas en sortir souvent si ce n’est pour vérifier de temps en temps que je ne me suis pas trompé, que ces chansons ne recèlent pas une richesse cachée au premier abord. Considérons qu’il s’agit d’une erreur de parcours qui ne remet en rien en cause l’immense talent de Damon Albarn. Même le visuel de l’album, assez réussi dans l’absolu, ne surprend plus. Et un album de Gorillaz qui ne surprend jamais ne peut pas être un bon album.

À écouter: She’s my collar – Andromeda – Strobelite

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