Depeche Mode – Spirit

Depeche Mode – Spirit – 2017

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Des grands groupes à succès britanniques nés dans les années 80 que reste-t-il? The Cure ne vit plus que sur son passé, U2 produit depuis maintenant 20 ans des albums sans intérêt, Morrissey semble avoir perdu la flamme depuis longtemps. Seul New Order tient miraculeusement la route depuis la renaissance « Get ready » en 2001. Et Depeche Mode. Ceux qui furent tant moqués dans les 80’s par les tenants du rock à guitares trop bas du front pour se rendre compte de l’incroyable talent du quatuor devenu depuis trio ont été adoubés définitivement dans le panthéon pop/rock. Après 35 ans d’existence, voici donc « Spirit » le 14ème album du groupe.

On ne peut nier que depuis « Exciter » en 2001, Depeche Mode, sans jamais se départir d’un niveau de qualité  exigeant, semblait cependant être parfois en pilotage automatique, gérant, avec talent, sa notoriété, les albums se succédant et se ressemblant quelque peu. Toutefois il n’y a pas de mauvais album de Depeche Mode, c’est simplement que le groupe a depuis longtemps trouvé son équilibre. Depuis le chef d’oeuvre « Violator » au tournant des 90’s. À la pop ultra synthétique des débuts, le groupe a intégré les guitares et la noirceur du blues pour un résultat unique, identifiable entre mille: le son Depeche Mode.

Si « Spirit » n’échappe pas totalement à ce constat – pas de révolution ici dans l’approche musicale – l’équilibre entre l’électronique, les claviers, les guitares et l’extraordinaire voix du chanteur Dave Gahan y atteignent une maturité, une plénitude, une profondeur impressionnantes. La première moitié du disque vole très haut avec l’immense « Going backwards » placé en ouverture, d’une noirceur majestueuse, qui place d’entrée l’album au niveau des plus grandes réussites du groupe, « The worst crime » sublime ballade tout en ruptures, « Scum » noire et rageuse. Plus loin « Cover me » est une des plus belles chansons jamais produite par Depeche Mode, chantée par un Dave Gahan en apesanteur qui se finira dans un long final instrumental en boucles électroniques rehaussées de guitares slide. Si la deuxième partie du disque, sans être, loin de là, inintéressante, n’atteint pas ces sommets elle comporte pourtant ce qui est peut-être un des deux meilleurs titres avec « So much love« . On y retrouve, plus prononcé, l’héritage des 80′s. Sur un rythme frénétique, mêlant électronique et des sons de guitare qu’on jurerait sortis de chez The Cure, le groupe dégaine un tube imparable. Il faut noter aussi en fin de parcours, le très beau « Fail » dont on se demande bien pourquoi il est chanté par Martin Gore qui n’a pas le talent de Gahan pour transcender, par son interprétation, une chanson. À part ces sommets impeccables on trouvera d’autres titres d’un niveau irréprochable mais ne volant pas à la même altitude. En particulier le très réussi single « Where’s the revolution » qui se bonifie à chaque écoute, le plus classique « You move » et « No more (this is the last time) » qui déroule en toute sérénité.

L’album comporte 3 faces et une 4ème parfaitement lisse ce qui en fait en plus un bel objet mais on se dit quand même qu’il aurait pu être plus resserré, plus court et donc plus homogène si le groupe n’y avait pas inclus l’ennuyeux « Eternal« , le quelque peu lourdaud « Poison heart » et un « Poorman » routinier. Même sans ces morceaux qui en font baisser l’intensité, on tient le meilleur album de Depeche Mode depuis « Ultra » en 1997. Mais qui sait, peut-être faudra-t-il encore du temps avant de les réévaluer, ou pas? Quoiqu’il en soit, peu de groupes peuvent se targuer d’une telle longévité sans sombrer dans la caricature d’eux-mêmes. Conserver un tel niveau après tant d’années est déjà en soi remarquable.

A écouter: Going backwards – So much love – Cover me

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Grandaddy – Last place

Grandaddy – Last place – 2017

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Comment les auteurs de l’extraordinaire et inépuisable « The sophtware slump » de 2000 allaient-ils négocier leur retour? « Sumday » en 2003 avait été une sacrée réussite pop sans atteindre toutefois les sommets de l’album cité plus haut. La réponse est vite faite: « Last place » est un quasi sans faute. On passera donc rapidement sur « Chek injin » au milieu de la face A, rock basique qui, sans être lourd, reste cantonné à la 3ème division, loin des hauteurs où plane habituellement Grandaddy.

Pour le reste, on retrouve tout d’abord ce son unique qui est l’essence du groupe, un pied dans un folk bucolique avide de grands espaces, l’autre au contraire pointé vers le ciel. Ici, des rythmes terriens et des guitares au grain légèrement saturé et distordu côtoient des claviers planants, des envolées de cordes et la voix si particulière de Jason Lyttle, douce et pourtant brisée, toujours à la limite du déraillement sans jamais cependant quitter la voie(x). L’album est assez clairement construit autour d’une face A plus pop/rock et rythmée et d’une face B faite de ballades d’un niveau phénoménal.

On est en terrain connu dès un « Way we won’t » hyper accrocheur placé en introduction. La mélodie est implacable, les arrangements d’une sobriété toujours inégalée et il faudra que l’on me dise comment ces types arrivent à utiliser des sons de claviers aussi kitsch joués à un doigt et qui pourtant se fondent parfaitement à l’ensemble. On est donc rassuré, Grandaddy fait du Grandaddy mais comme ils sont les seuls à le faire on ne va pas se plaindre. « Brush with the wild » enchaîne dans la même veine, chanson parfaite pour rouler la vitre ouverte. Même ses quelques facilités dans la mélodie passent sans problème avant qu’ »Evermore » fasse bourdonner les claviers et ronronner ses guitares pour le premier single impeccable de l’album. « The boat is in the barn » fait irrésistiblement penser en particulier sur le refrain au Mercury Rev de « Deserter’s songs« , inutile de dire que c’est un compliment, et conclut un quatuor de tête de pop planante d’une qualité impressionnante. « I don’t wanna live here anymore » ralentit le tempo en fin de face A et annonce une face B bien supérieure encore. Oui le meilleur est à venir.

Toutes les somptueuses chansons de la face B convoquent les frissons à chaque écoute. On passe du mid-tempo de « That’s what ou get for getting’ outta bed » sommet de mélancolie, au chef d’oeuvre « This is the part » 4’26″ de beauté pure, magnifiée par des cordes somptueuses, des choeurs poignants prenant appui sur une rythmique inébranlable. On reconnait un très grand groupe quand on peut dire qu’ils sont les seuls à pouvoir produire ce que l’on entend. Personne d’autre ne pouvait sortir « This is the part » dont « Jed the 4th » n’est qu’une sublime variation pour prolonger le plaisir deux minutes durant. On se dit qu’ils ne pourront pas faire mieux, même aussi bien serait miraculeux, qu’on est déjà remboursé au centuple de l’investissement. Et pourtant, juste derrière, démarre pour 6 mn de beauté suspendue à quelques notes épurées de piano, l’extraordinaire « A lost machine » qui sera traversé de zébrures électroniques, gonflé de claviers toujours aussi bourdonnants puis accompagné pour un final fantastique d’une batterie toujours aussi imperturbable, au terme duquel ne subsisteront que quelques bidouillages électroniques. Il fallait bien, comme après un trip, « Songbird song » pour redescendre de si haut et reprendre pied avec le plancher des vaches, magnifique folk song à peine rehaussée de quelques claviers planants et tournoyants, de blips électroniques. On n’a qu’une envie, remettre le bras au début et en reprendre une louche.

Alors oui « Last place » ne fait en rien évoluer la musique de Grandaddy mais est-ce vraiment nécessaire? Il est la preuve qu’ils n’ont pas encore fait le tour du travail entamé depuis quasi 20 ans, qu’ils sont toujours aussi nécessaires et inimitables.

En écoute : « This is the part »; « A lost machine » et « Way we won’t »

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