The Last Detail – The Last Detail – 2018

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La pop song est un art à la fois presque futile, une ritournelle de rien du tout qui reste en tête, et d’une complexité relevant de l’orfèvrerie tant il est difficile de n’être ni mièvre, ni pompier, ni quelconque quand on se lance dans l’exercice mais d’émouvoir sans pathos, sans torrent de larmes, viser au plus juste, pour provoquer le frisson. Toute entreprise de cet ordre se mesure instantanément à l’aune des maîtres indépassables du genre puisqu’ils en sont les inventeurs, à savoir les intouchables Beatles et Beach Boys. Ceux-là ont édifiés des cathédrales sonores si riches, si complexes et pourtant si immédiatement reconnaissables et accrocheuses pour l’éternité, qu’il faudrait être fou pour relever le défi.

Je ne connaissais ni le français Mehdi Zannad, cerveau de l’entreprise The Last Detail ni l’américaine Erin Moran, venue prêter sa superbe voix toute de douceur. Mais la lecture des notes de pochette fait apparaître les noms d’Olivier Marguerit dont l’album « À terre! » sort ces jours-ci , à la guitare, et celui de Julien Barbagallo, batteur, excusez du peu, de Tame Impala, qui vient frapper sur ses futs sur deux titres de l’album. Cet album donc «The Last Detail » rassemble en 13 titres une tentative plus qu’estimable de livrer un album de pop, explorant plusieurs directions dans ce genre qui demande tellement de précision.

On entre dans l’album par le très court mais hyper accrocheur « Softly (part 1) » dont le part 2 se retrouvera en version instrumentale vers la fin du disque. En à peine plus d’une minute, le décor est planté: finesse mélodique, légèreté qui nous amène vers le fantastique « Fun fair ». Ici tout est plus-que-parfait, la mélodie est sublime et mélancolique à souhait, les cordes enrobent le tout dans un écrin de velours, les choeurs montent aux cieux et le piano mène le bal. Un classique pop instantané qui supporte les dizaines d’écoutes. Si « You’re not mine » est un peu plus terre à terre, il n’en est pas moins magnifique, tout en finesse, et jongle entre les nappes de claviers aériens, les choeurs suaves. La voix d’Erin fait des merveilles, tranquille et sereine et portant cependant un fond de tristesse insondable. L’équilibre pop parfait entre le savoir-faire des arrangements mettant en valeur l’émotion du morceau. De la sacrée belle ouvrage. On est à l’école Mc Cartney avec « Trust your body », belle et délicate ballade à deux voix et ce sont des arpèges cristallines de guitares qui ouvrent « Take my hand » avant d’accueillir des violons pour un titre irréprochable. Et le disque déroule ainsi les titres les uns après les autres sans fausses notes, maintenant une qualité de composition impressionnante et des arrangements toujours justes qu’ils soient dépouillés ou très orchestrés. Il suffit d’écouter le très beau « Fairweather friend » qui met en valeur la voix d’Erin ou l’extraordinaire « Lazy » qui convoque les sixties des Mama’s and Papas, à la limite du kitsch sans jamais n’y mettre ne serait-ce que le bout d’un orteil. « Talk to me » susurre à notre oreille sa délicate mélodie sur une boite à rythmes simplette, « Die cast » est une ritournelle qui laisse poindre au loin une trompette et c’est du côté du « Tusk » de chez Fleetwood Mac que Zannad est allé confectionner son « Tears », qui sur une guitare inhabituellement « sale » superpose les voix et les choeurs alors que la batterie se pose là. Mais c’est à un Fleetwood Mac sous acides que nous avons à faire au vu du clavier allumé de la fin. « Places » nous emmène haut avec ses choeurs aériens et ses claps  et l’album se clôt sur « Photographs » que n’auraient pas renié les deux compères de Air, superbe ballade apaisée sur coussins d’air.

« The Last Detail » est un disque qui, sous des abords faciles, semble anecdotique, il n’en est rien. Il possède la qualité des grands disques pop que de vous ferrer mine de rien. Mais le piège est tellement luxueux qu’on ne veut plus s’en échapper.

À écouter : Fun fair – Lazy – You’re not mine

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Blur – Think tank – 2003

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En 2003, Damon Albarn a compris depuis un certain temps qu’après le cataclysme « Kid A« , on ne peut plus faire encore et encore de la brit pop à guitares comme l’a fait Blur dans les 90′s, se prendre le chou avec les bas du front d’Oasis pour alimenter les gazettes sous peine de devenir stérile. Et puis Albarn a déjà pris la poudre d’escampette avec Gorillaz et son formidable premier album. Alors il prend les commandes de Blur et voici ce « Think tank » à prendre au pied de la lettre tel le bouillonnant et passionnant laboratoire d’idées qu’il est. Des boucles, des musiciens marocains, du sax jazz et surtout un million d’idées originales qui font feu de tous bois et constituent le meilleur album de Blur haut la main. Le groupe atteint enfin l’âge adulte et tourne la page d’une décennie de singles à succès il est vrai mais qui n’atteignent jamais l’ampleur de ce disque nouveau. Damon Albarn a déjà commencé sa deuxième carrière, se libérant de Blur dont ce sera le dernier album avant bien longtemps. La meilleure décision qu’il ait prise! Jetez une oreille sur ce fantastique « Jets » ci-dessous qui ose même sur sa fin une sortie jazz pour vérifier à quelles hauteurs se situe l’objet, bien au-dessus de toutes les « Song 2 » d’antan.

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